Une nouvelle fois, la PDG de la Télévision nationale se fait publiquement humilier par un haut responsable de l’État. Après le président de la République le 4 août dernier, c’est au tour du ministre des Sports, Kamel Deguich, de sermonner Awatef Daly dans ses locaux, jeudi 17 août.
Exactement comme le chef de l’État, le ministre des Sports s’est immiscé dans la ligne éditoriale de la télévision publique et ses choix de programmation.
Le ministre, présidant une table de réunion et plaçant la PDG à sa gauche, comme s’il était son supérieur hiérarchique, demande à la Télévision publique de diffuser les matchs de foot du championnat national.
M. Deguich prend le relais de la Fédération tunisienne de football (FTF) qui, la veille, a publié un communiqué pour la même requête.
En se prononçant sur le sujet, le ministre s’immisce doublement dans une affaire qui n’entre pas dans ses prérogatives, si l’on suit les lois modernes du football, tels que régis par la Fifa.
La diffusion, ou pas, de matchs par la télévision publique est du regard exclusif de la chaîne. Ni la FTF, ni le ministère des Sports, n’ont le droit d’obliger une chaîne à diffuser tel ou autre match. Une chaîne de télévision a ses équilibres financiers et c’est à elle, et elle seule, de faire ses choix de programmation.
Pour ce qui est du droit de diffusion, ceux-ci appartiennent exclusivement à la FTF qui a l’obligation de faire un appel d’offres, ouvert à toutes les chaînes, qu’elles soient publiques ou privées, nationales ou internationales, et c’est le plus offrant qui obtient les droits de diffusion. Les revenus du marché reviennent ensuite aux clubs.
Le fait que la FTF accorde ses droits à la chaîne publique, dans un marché de gré à gré, ou que le ministère des Sports s’immisce dans l’octroi des droits de diffusion est une violation des lois de la concurrence et une violation des droits de la FTF et, donc, des clubs de football.
Le ministre vit, visiblement, dans une autre époque où les droits étaient bradés et octroyés aux chaînes publiques, sous prétexte que le public a le droit de regarder ces matchs.
En accordant ce droit au public de regarder gratuitement les matchs, on viole les droits des clubs à obtenir les ressources financières suffisantes pour subvenir à leurs besoins.
Le public a le droit de voir les matchs, certes, mais il n’a pas à les regarder gratuitement, comme le veut le ministre, car il prive ainsi la FTF et les clubs de ressources précieuses. Des ressources essentielles pour la formation des jeunes sportifs.
Si la FTF n’a pas émis d’appel d’offres ou n’a pas réussi à convaincre une chaîne internationale pour acquérir ces droits, le ministre n’a pas à venir à son secours. C’est une affaire entre la FTF et les clubs et ces derniers se doivent de sanctionner leur fédération pour ses manquements à ses obligations.
Naturellement, la Télévision publique peut acquérir les droits de diffusion, mais il faut qu’elle obtienne ces droits suite à un appel d’offres transparent et qu’elle ait les moyens pour cela. On doute fort que le budget de la Télévision nationale tunisienne les possède. Auquel cas, c’est au ministère des Sports de payer ces droits de diffusion et on doute fort que Kamel Deguiche accepte de mettre la main à la poche pour payer la Télévision nationale et ainsi payer la FTF, les clubs et les sportifs.
Il y a un nouvel écosystème économique dans le monde et celui-ci a bénéficié à l’ensemble du sport et des sportifs. En s’immisçant dans les affaires de la FTF et de la Télé nationale, le ministre des Sports montre qu’il ignore superbement cet écosystème et les règles régissant le monde médiatique.
N.B.










