Le tabac fait plus de huit millions de décès chaque année selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette épidémie représente l’une des plus grandes menaces pour la santé publique et la plus grande cause évitable de mortalité. Plusieurs pays ont entrepris des efforts pour lutter contre le tabagisme et réduire son incidence tant sur la santé des populations et leurs revenus que sur l’environnement. Selon l’OMS, en plus des maladies et des pertes économiques liées au tabac, le tabagisme est responsable de de la destruction de 600 millions d’arbres, 200 000 hectares de terres, de la perte de 22 milliards de tonnes d’eau et de l’émission de 84 millions de tonnes de CO2. Il contribue, aussi, à la pauvreté en détournant les dépenses des ménages des besoins essentiels, tels que la nourriture et le logement.
La Suède est, sans doute, un bel exemple, de ce qu’est la lutte réussie contre ce fléau. D’après les dernières estimations disponibles, le taux de tabagisme a drastiquement diminué dans le pays sur les quinze dernières années passant de 15% à 5,6%. Selon le site SmokeFreeSweden, si la Suède a réussi à devancer les objectifs de l’Europe en termes de lutte contre le tabagisme ; « une génération sans tabac d’ici à 2040 », c’est grâce aux mesures déployées pour appuyer les consommateurs de tabac dans leur parcours de sevrage. En plus des politiques de restrictions et de sensibilisation aux risques, le pays a fait le choix de fournir la population consommatrice de tabac en produits de tabac alternatifs moins nocifs. Résultats : la Suède présente les taux les plus bas en Europe en termes de maladies liées au tabac. La moyenne de personnes souffrant de cancer dans ce pays scandinave est de -41% que la moyenne européenne. Le taux de décès des suites d’un cancer en Suède a, lui, régressé de 38%.
En Tunisie, nous sommes encore bien loin, mais si les efforts engagés pour la lutte antitabac viennent à se consolider, le pays pourrait devenir le premier pays sans fumée en Afrique.
Une récente étude de l’OMS (des estimations calculées sur la base de chiffres collectés en 2018), indique que la prévalence du tabagisme chez les personnes âgées de quinze ans et plus était de 24.6% en 2020. Le taux de prévalence brute de personnes fumeuses âgées de plus de quinze ans était de 20.9% en 2020. Le pays comptait, selon la même source, 2,2 millions d’utilisateurs de tabac dont 1,7 millions de fumeurs.
Selon la même étude, ces chiffres devraient, tout de même, baisser. L’OMS prévoit « une diminution probable de la prévalence d’utilisation du tabac, mais inférieure à 30% ». Pour que les objectifs fixés en termes de réduction de la prévalence du tabagisme soient atteints, les pays, la Tunisie entre autres, devraient s’engager pleinement dans la mise en œuvre des dispositions de la Convention cadre pour la lutte antitabac (CCLAT). Un traité international sur la santé publique que la Tunisie a ratifié depuis 2010.
En effet, les efforts entrepris par la Tunisie dans le cadre de la CCLAT demeurent insuffisants. Plus de 13,200 Tunisiens meurent chaque année des suites de maladies liées au tabac, soit 20% de tous les décès du pays. Le tabagisme coûte, également, à la Tunisie deux milliards de dinars chaque année, soit 1,8% de son PIB en 2019. Si le pays s’aligne davantage aux dispositions de la CCLAT, cela devrait éviter 55.500 décès et 5,7 milliards de TND
de dépenses de santé et de pertes économiques d’ici 2035. Pour ce faire, la Tunisie devrait, selon le rapport du ministère de la Santé « Argumentation en faveur de l’investissement dans la mise en œuvre de la CCLAT en Tunisie », s’employer à appliquer plusieurs recommandations :
- Augmenter la taxation du tabac afin de rendre les produits du tabac moins abordables (article 6 de la CCLAT)
- Mettre en place et appliquer des interdictions de fumer dans tous les lieux publics pour protéger la population de la fumée du tabac (article 8 de la CCLAT)
- Exiger que les produits du tabac et les emballages portent de grands avertissements sanitaires illustrant les effets nocifs de l’usage du tabac (article 11 de la CCLAT)
- Emballage neutre obligatoire de tous les produits du tabac (directives de mise en œuvre de l’article 11 de la CCLAT et article 13)
- Promouvoir et renforcer la sensibilisation du public aux problèmes de lutte antitabac et aux méfaits du tabagisme grâce à des campagnes médiatiques (article 12 de la CCLAT)
- Promulguer et appliquer une interdiction complète de toutes les formes de publicité, de promotion et de parrainage du tabac (article 13 de la CCLAT)
- Soutenir la réduction de la dépendance au tabac et le sevrage tabagique: Offrir des conseils de sevrage au niveau des centres de soins primaires (article 14 de la CCLAT)
Ces recommandations sont déjà appliquées, certaines moins rigoureusement que d’autres. Mais il existe bien d’autres méthodes qui ont prouvé leur efficacité dans d’autres pays, la Suède notamment qui, comme indiqué ci-dessous, a généralisé les produits alternatifs moins nocifs. D’autres pays ont adopté la même approche. La Nouvelle-Zélande, à titre d’exemple, où le ministère de la Santé s’est prononcé en 2017 en faveur des produits de vapotage. L’utilisation de ces dispositifs devraient, selon le gouvernement néozélandais, contribuer à la réalisation des objectifs du plan d’action « Smokefree 2025 ».
Le Japon, aussi, est allé dans une approche similaire en optant pour les produits de tabac chauffé, sur la base des résultats de plusieurs recherches scientifiques sur les méfaits du tabac classique. En effet, il a été démontré que ce sont les substances chimiques qui se libèrent lors de la combustion des cigarettes qui rendent le tabagisme si nocif. Le processus de combustion produit de la fumée qui contient plus de 6.000 substances chimiques, dont une centaine sont classées comme causes ou causes potentielles de maladies liées au tabagisme.
L’adoption de ces produits a eu des résultats significatifs sur la lutte antitabac au Japon. Selon les chiffres officiels, durant la première année, 98% des fumeurs se sont convertis aux produits de tabac chauffé. Depuis 2014, avec la généralisation des produits de tabac chauffé dans le pays a, d’ailleurs, contribué à la chute des ventes de cigarettes classiques. Selon les derniers chiffres disponibles, entre 2015 et 2019, les ventes de tabac combustible a diminué de 34%.
Nous noterons qu’aucune étude scientifique n’a pu prouver jusqu’aujourd’hui et sans le moindre doute si ces produits sont réellement moins nocifs pour la santé que le tabac classique. Cependant, selon plusieurs témoignages, des utilisateurs des produits alternatifs au tabac – vape et tabac chauffé – attestent de l’efficacité de ces produits dans le sevrage tabagique. Plusieurs ont pu diminuer drastiquement la consommation de la cigarette classique ou arrêter carrément.
Nadya Jennene










