Avec la tragédie qui se déroule en Palestine, beaucoup de Tunisiens, cultivés, progressistes, croyant en les valeurs humanistes et universalistes portées par l’Occident, sont tombés de très haut.
Sur différents plateaux européens ou américains, on s’étonne que tous ces peuples qualifiés d’arabes se soient mis à être en colère contre leurs pays, pourtant si tolérants et respectueux des droits humains. C’est que la fracture est très profonde et que l’incompréhension est le maître mot, entre deux mondes, deux récits irréconciliables.
Le ressentiment de ces peuples est motivé par différents facteurs. Mais revenons à ces Tunisiens qui ressentent une véritable désillusion et passent par une remise en question de ce qui a fait d’eux ce qu’ils sont. Très imprégnés par les valeurs occidentales, ils sont généralement francophones et francophiles. Ils éprouvent une fascination pour la culture française et occidentale dans ce qu’elle porte de plus noble comme principes. Et voilà que les bombes déferlent sur Gaza et ses habitants, pour la majorité des civils et pour la moitié des enfants, avec la complicité de ces Occidentaux.
L’emballement médiatique qui a suivi, la déshumanisation des victimes gazaouies, la complaisance face aux crimes de guerre commis et aux violations de toutes les valeurs et les droits humains, ont fini par susciter une secousse ontologique chez certains de nos concitoyens. Le réveil a été bien douloureux. « …Envolés les résidus de complexes de colonisée et la fascination pour les Occidentaux… la démocratie, l’universalisme, les droits de l’Homme… qui a priori n’ont jamais été pensés pour nous… », c’est ainsi que s’est exclamé une jeune femme sur les réseaux sociaux. Cette petite phrase a exprimé le même malaise que ressentaient plusieurs Tunisiens.
Si certains ont ouvert les yeux sur la réalité d’un monde, guidé par la loi du plus fort enrobée dans l’hypocrite hora de l’universalité des droits humains, d’autres en sont toujours à quémander les bonnes grâces des complices d’un génocide. Même si l’époque de la colonisation effective est révolue, une mentalité de colonisé persiste chez nous. Cette mentalité est devenue vraiment visible au moment où une extermination ethnique se déroule sous les yeux du monde. On le voit quand certains auteurs ou intellectuels, par conviction ou par opportunisme, régurgitent le même récit occidental tout en rajoutant des couches pour paraître plus crédibles.
« Voyez, je suis d’origine arabe, mais je suis comme vous. Je suis un gentil arabe, adoubez-moi. Vous m’êtes supérieurs, mais acceptez-moi comme l’un des vôtres… », voilà ce qui tourne dans ma tête quand je les écoute ou je les lis. C’est comme si leurs courbettes se matérialisaient à travers leurs paroles ou mots. On le sent ce complexe du colonisé qui aimerait bien se défaire de son identité en la rendant anecdotique, et ce n’est pas très beau. Le colonisé dans l’esprit se croit toujours inférieur de par sa culture et ses origines, alors il imite l’objet de sa fascination et va même dans la surenchère, parcequ’il le croit supérieur. Ce complexe du colonisé est transmissible d’une génération à l’autre. Et puisqu’il a intégré cette division entre civilisés et arriérés, entre ceux qui soumettaient et ceux qui étaient soumis, il n’aura de cesse de reproduite le schéma d’asservissement inconsciemment.
Alors, on l’a vu depuis le début du massacre en Palestine, lorsque l’Occident s’est défait sans complexe de ses valeurs, certains de nos concitoyens ont en fait de même. Ils se sont mis à justifier ce qui se passe et à invoquer le récit de la légitime défense et des boucliers humains. Ils ont exfiltré toute contextualisation. Ils ont traité de sauvages ceux qui expriment leur colère face à l’injustice et leur désillusion envers la France. Se départir de ce complexe du colonisé ne semble pas aisé, même quand est question d’une boucherie, d’une honte pour l’humanité entière au-delà des appartenances, des dogmes ou des origines.










