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Tout cela manque de sérieux, monsieur le président !

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    Le double-mandat des membres de la commission de réconciliation pénale a pris fin vendredi 10 novembre. Nommés par décret pour une période de six mois, renouvelable une fois, les membres de cette commission devaient ramener aux caisses de l’État plusieurs milliards de dinars. Le président de la République s’est même aventuré à avancer le chiffre de 13,5 milliards de dinars, se basant sur le rapport très approximatif (et largement fallacieux) de feu Abdelfattah Amor.

    Bien avant la création officielle de cette commission, plusieurs voix (dont Business News) ont indiqué preuves à l’appui que le montant est fantasmagorique et que Kaïs Saïed n’obtiendra jamais ce montant. Le chef de l’État a balayé d’un revers toutes les critiques et a avancé dans son projet avec d’excellentes œillères.

    Six mois après sa création, la commission n’a rien ramené. Neuf mois après sa création, la commission n’a rien ramené. Douze mois après sa création, la commission n’a rien dit sur ce qu’elle a ramené.

    Le 10 novembre, date de la fin de mission des membres de la commission, le président de la République reçoit sa ministre de la Justice et lui parle d’un projet de loi pour réviser le décret relatif à la commission pénale. « Alors qu\’en 2011, le montant offert était de plusieurs milliards, aujourd\’hui, certains proposent quelques dizaines de millions. Un individu a même proposé une somme de trente mille dinars, alors que le montant fixé par la commission dépasse quatre millions de dinars. Ni l\’offre présentée, ni le montant défini ne sont jugés adéquats », avoue le chef de l’État, précisant que « celui qui souhaite recourir à la conciliation de manière sincère aura des portes ouvertes, mais ceux qui pensent échapper à la responsabilité auront à faire face à la justice ».

    Concomitamment, on a enregistré l’arrestation de plusieurs hommes d’affaires, dont certains ont pris attache avec la commission pour négocier avec elle. La suspicion de racket est ressentie à des kilomètres.

    L’attitude du chef de l’État dans ce dossier (et bien d’autres) reflète un grand manque de sérieux.

    Sur un plan technique tout d’abord, il n’y a pas lieu de préparer un projet de loi pour réviser le décret relatif à la commission pénale. Celle-ci peut continuer son travail normalement, le mandat de six mois renouvelables une fois ne touche que ses membres et non la commission elle-même (article 8). Il suffit donc de nommer de nouveaux membres et d’assurer une passation entre les anciens et les nouveaux.

    Sur le fond, le président parle de montants fixés par la commission et d’autres proposés par les intéressés, mais il juge les deux montants inadéquats. Inadéquats, selon quoi ? Sur la base de quelle expertise ? Si le chef de l’État a sa propre estimation de ce que doit exiger la commission et de ce que doivent payer les « corrompus », pourquoi ne l’a-t-il pas fournie au moment de la publication du décret il y a un an ? Pourquoi a-t-il attendu le dernier jour pour parler de son estimation ? Et pourquoi a-t-il attendu le dernier jour pour parler de révision du décret, alors que c’est lui-même qui a estimé la durée du mandat des membres de la commission ? Pourquoi a-t-il renié sa promesse de ménager les hommes d’affaires qui se dirigeront vers la commission et les a-t-il jetés en prison ?

    Sans rapport sérieux et approfondi sous la main, sans expertises réelles et factuelles sous les yeux, Kaïs Saïed navigue à vue dans cette affaire. Il est parti d’un mensonge proféré en 2011, il s’est imaginé un chiffre et a bâti toute sa politique de réconciliation dessus. Rejetant les critiques sérieuses mettant en doute ses fantasmes, n’obéissant qu’à ces derniers, il s’est fâché quand sa commission ne lui a pas ramené ce qu’il voulait. Pour montrer que c’est lui le chef et que ses désirs doivent être des ordres, il a jeté en prison les personnes qui refusaient de se soumettre à ses fantasmes. Il agit comme un enfant gâté qui fait une crise devant ses parents qui lui ont refusé un jouet dans un supermarché.

     Tout cela reflète un grand manque de sérieux. Kaïs Saïed ne peut pas délester de gré ou de force les hommes d’affaires de leurs fortunes, juste en décrétant tout seul dans son coin, que cette fortune est mal acquise. Ces hommes d’affaires ont le droit de se défendre, leur présomption d’innocence doit prévaloir sur tout le reste. Si l’État a des preuves de leur malversation et une estimation des sommes qu’ils auraient détournées, il n’a qu’à les présenter. L’État ne peut pas jeter en prison des personnes, théoriquement innocentes jusqu’à preuve du contraire, juste parce que le président de la République a décrété que telle personne est corrompue et que telle autre est coupable. La culpabilité des uns et l’innocence des autres se fait sur la base d’expertises et de preuves et non sur la base d’un rapport rédigé à la hâte par des personnes sous la pression de la révolution.

    Le manque de sérieux de Kaïs Saïed dans l’affaire de la commission de réconciliation n’a rien de nouveau, ni d’exclusif. Dans quasiment tous les dossiers sous sa gestion, on observe un manque de sérieux flagrant. Les exemples sont très nombreux.

    Dans l’organigramme de l’État, on observe plusieurs vacances de postes, parfois très importants, comme le ministère de l’Industrie ou le ministère de l’Economie et de la Planification. Gabès, Béja, le Kef, Tunis et Sfax sont sans gouverneurs depuis des mois. Idem pour plusieurs de nos ambassades. La présidence de la République, elle-même, n’a toujours pas de chef de cabinet depuis près de deux ans.

    Quand un dossier est directement géré par le président de la République, on sait qu’il est mal géré. Rien de ce qu’il a entrepris depuis son putsch n’a été parfait. Pas même sa propre constitution, qu’il a rédigée tout seul, qu’il a publié avec beaucoup de fautes et qu’il a du mal à respecter.

    Ceci est un constat et non une critique.

    Aucune institution au monde ne peut être gérée ainsi pendant longtemps, encore moins un pays.

    Les avertissements intérieurs et extérieurs de ce qui se passe en Tunisie se multiplient depuis des mois. Les agences de notation ont dégradé dangereusement la note souveraine rendant notre pays carrément spéculatif !

    Balayant comme d’habitude toutes les critiques sérieuses, Kaïs Saïed continue à n’écouter que ses fantasmes et à nourrir la population de rêves irréalisables.

     

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