Le ministère de la Jeunesse et des Sports muscle son jeu. Réuni vendredi 5 septembre avec des responsables sécuritaires, la Fédération tunisienne de football et la Ligue professionnelle, le ministre Sadok Mourali a annoncé une série de mesures destinées à « tourner la page des violences » dans les stades.
L’objectif de cette réunion était de réviser la réglementation disciplinaire, avec un durcissement des sanctions pouvant aller jusqu’au retrait de points, la création d’équipes de coordination sur le terrain réunissant arbitres, délégués et forces de l’ordre, ainsi qu’un appel à la responsabilité des clubs comme des médias pour apaiser le climat.
« Les fauteurs de troubles doivent savoir qu’ils seront sanctionnés », a insisté le ministre, promettant que ces mesures s’appliqueront aussi bien aux terrains de football qu’aux salles de handball et de basket.
Mais cette initiative gouvernementale intervient alors que le Parlement planche lui aussi sur la question. Le 15 juillet, 26 députés proches du régime ont déposé une proposition de loi prévoyant des peines allant jusqu’à vingt ans de prison pour des supporters accusés de violences ou simplement porteurs d’objets jugés « dangereux ». Un texte présenté comme sécuritaire, mais dénoncé par ses détracteurs comme une tentative de museler des gradins historiquement frondeurs.
« Ce projet n’est qu’une politique de terreur méthodique », tranche l’avocat Sami Ben Ghazi, estimant que l’objectif est moins de protéger les stades que de neutraliser un espace de contestation populaire. Le secrétaire général d’Attayar, Nabil Hajji, dénonce pour sa part une « justice à deux vitesses », rappelant l’affaire Omar Laâbidi, ce supporter du Club africain mort en 2018 après une intervention policière, dont les auteurs n’ont écopé que de peines avec sursis.
La juxtaposition des initiatives illustrerait surtout une rupture de coordination entre exécutif et législatif : d’un côté, le ministère cherche à encadrer et prévenir la violence par des outils disciplinaires et organisationnels ; de l’autre, le Parlement mise sur la peur et la dissuasion carcérale. Deux approches parallèles, mais qui soulèvent la même question : s’agit-il vraiment de protéger les stades ou de neutraliser un espace de contestation sociale ?
S.H










