Par Louai Chebbi*
Texte traduit de l’arabe par la rédaction
En 2021, la Tunisie a entamé des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir un prêt de 1,9 milliard de dollars à des taux d’intérêt faibles. À l’époque, les autorités considéraient les directives du FMI comme socialement inacceptables, mais le gouvernement tunisien s’y est conformé partiellement jusqu’en novembre 2022, avant de suspendre complètement les négociations début 2023.
Quelles étaient ces directives jugées alors socialement inacceptables ?
- Maîtriser la masse salariale de la fonction publique en gelant ou en rationalisant les augmentations.
- Réduire les subventions, notamment sur l’énergie et les produits de première nécessité, tout en prévoyant des compensations ciblées pour les populations les plus vulnérables.
- Améliorer la collecte fiscale en intégrant le secteur informel dans le système fiscal.
- Renforcer la transparence des entreprises publiques et publier régulièrement leurs données financières.
- Maintenir un taux directeur élevé pour contrôler l’inflation.
Après avoir fermement rejeté ces directives « venues de l’étranger » et jugé qu’elles ne servaient pas les intérêts sociaux (ce qui était effectivement le cas), la politique des autorités a été la suivante :
- Il ne s’est pas seulement agi de geler les augmentations salariales dans les secteurs public et privé, mais aussi de bloquer les recrutements dans la fonction publique depuis trois ans. Le régime prévoit désormais de poursuivre cette politique, en supprimant des postes pour cibler ceux qu’il ne considère pas « patriotes ».
- La réduction des subventions a atteint des niveaux sévères, entraînant la pénurie de produits de première nécessité tels que la farine, le pain, le sucre, l’huile, le riz, le café et les médicaments. Dans le secteur de l’énergie, le prix de l’essence a continué de monter malgré la baisse du prix du baril de pétrole et la dépréciation du dollar. La facture d’électricité a augmenté presque chaque année, pour un total cumulé de 50%, en plus des fréquentes coupures de courant pendant l’été.
- La collecte fiscale ne s’est pas améliorée et le secteur informel n’a pas été intégré. Parallèlement, la pression fiscale a augmenté via des contributions sociales plus élevées et des changements de taux de TVA dans des secteurs vitaux : transport de 12% à 18%, certains produits alimentaires de 6% à 12%.
- Le taux directeur de la Banque centrale est resté élevé par rapport au taux d’inflation, alourdissant le coût des crédits à la consommation au profit des profits bancaires.
- La transparence a complètement disparu depuis 2021 : le ministère des Finances a cessé de publier les rapports mensuels sur la dette publique, sans doute pour masquer l’ampleur de l’endettement croissant.
En réalité, ce régime ne s’est pas contenté de recourir massivement aux banques locales (augmentant ainsi leurs profits), mais a également contracté des prêts étrangers très coûteux. Après avoir refusé le prêt de 1,9 milliard de dollars du FMI, la Tunisie a emprunté 1,7 milliard de dollars à la Banque africaine d’import-export, avec des taux d’intérêt dépassant 11% sur certaines tranches (sans oublier les prêts contractés auprès de l’Arabie Saoudite et de l’Algérie, qui ont dépassé 1,2 milliard de dollars depuis 2022). Cela a fait passer le ratio de la dette publique de 55% en 2015 à plus de 83% en 2025.
L’objectif des politiques de ce régime n’a jamais été de servir le citoyen ou même de mettre en œuvre un plan d’austérité responsable. Il s’agissait et il s’agit toujours de rembourser des dettes lourdes par des dettes encore plus lourdes, ce qui semble convenir à « Ommek Sannefa », qui n’en espérait pas tant.
*Louai Chebbi, président de l’organisation Alert










