Le ministre de l’Environnement, Habib Abid, a reconnu, lors de son audition parlementaire du samedi 8 novembre 2025, que près de 8.000 hectares du golfe de Gabès étaient contaminés par le phosphogypse, un déchet issu de la production d’acide phosphorique. Ce déversement a provoqué une dégradation importante des écosystèmes marins. Le ministre a insisté sur la nécessité d’arrêter définitivement le rejet de cette substance dans la mer, tout en évoquant la volonté du ministère de s’inspirer de l’expérience de dépollution du site de Taparura, à Sfax.
Dans ce cadre, le ministère prévoit une étude technique pour drainer 9.000 hectares du fond marin afin d’améliorer la qualité des eaux et de restaurer l’équilibre écologique du golfe. Habib Abid a également assuré que le suivi du dossier se fait directement sous la supervision du président de la République et que les projets récemment engagés seront accélérés pour répondre à l’urgence environnementale.
Situation jugée catastrophique
Plusieurs députés ont qualifié la situation à Gabès de « catastrophique », soulignant les conséquences sanitaires et sociales subies par la population. Ils ont appelé à une intervention immédiate, à la réactivation de la direction régionale de l’Environnement et à une meilleure transparence dans la gestion des projets écologiques de la région. Les élus ont enfin plaidé pour la mise en œuvre du principe de justice environnementale, afin que les habitants de Gabès bénéficient pleinement de leur droit à un environnement sain et durable.
Le président de la République, Kaïs Saïed, a reçu, samedi 8 novembre 2025, au Palais de Carthage, l’ingénieur en pétrochimie Ali Ben Hammoud, diplômé de l’Université de Shanghai des Industries Chimiques, pour évoquer la situation environnementale à Gabès. Kaïs Saïed a salué le parcours de l’ingénieur et affirmé qu’il avait répondu « sans hésitation » à l’appel visant à s’engager dans la résolution du dossier environnemental de la région.
Tensions sociales et incidents scolaires
Cette audition intervient dans un contexte de tension sociale et environnementale : depuis plusieurs semaines, les habitants de Gabès se plaignent d’émanations de gaz suffocantes provenant du Groupe chimique tunisien (GCT), affectant l’ensemble de la population.
Les enfants ont été particulièrement touchés, notamment au collège de Chatt Essalem, confronté à plusieurs incidents. La protection civile a dû intervenir pour secourir les élèves affectés, dont certains se sont évanouis et ont été transférés à l’hôpital pour recevoir les soins nécessaires.
La population a multiplié les manifestations, la plus récente ayant eu lieu lors de la grève générale régionale du 21 octobre 2025, où entre 40.000 et 45.000 citoyens se sont rassemblés devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) à Gabès. Les manifestants ont réclamé un air sain, dénoncé les atteintes à la santé publique et appelé au démantèlement des unités polluantes.
Valorisation du phosphogypse et sécurité sanitaire
La ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Fatma Thabet Chiboub, avait souligné, le 12 mars 2025, lors d’une séance plénière à l’Assemblée des représentants du peuple, que des études scientifiques ont confirmé l’absence de matières radioactives dans le phosphogypse.
Elle avait précisé que cette substance industrielle pouvait être valorisée plutôt que rejetée en mer, ajoutant que le ministère de la Santé avait validé la levée de l’interdiction sur le phosphogypse après avoir réalisé toutes les analyses nécessaires, prouvant ainsi qu’il ne représente aucun danger pour la santé publique.
La ministre avait également indiqué que le processus de valorisation débutera dès que le phosphogypse sera retiré de la liste des matières dangereuses. Le Groupe chimique tunisien mènera des études et projets sur une période maximale de cinq ans, avec pour objectif de développer des solutions respectueuses de l’environnement et bénéfiques pour les différentes régions du pays.
I.N.














