Une conférence de presse s’est tenue mardi 11 novembre 2025 au siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), dans un contexte de tensions accrues entre les autorités et plusieurs organisations de la société civile. Les interventions des représentants du SNJT, de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) et de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) ont fait état d’une inquiétude profonde face aux suspensions d’associations, aux poursuites judiciaires et aux pressions visant à réduire au silence les voix dissidentes.
Un climat de répression qui s’intensifie
Le président du SNJT, Zied Dabbar, a réaffirmé le soutien du syndicat aux journalistes et aux militants, y compris « à ceux des médias publics qui continuent de travailler malgré les pressions ».
Il a dénoncé « un retour à la diabolisation du travail syndical et civil » et adressé, à l’occasion de son anniversaire, une pensée à la journaliste Chadha Haj Mbarek, détenue dans l’affaire Instalingo. Arrêtée en 2021 et condamnée à cinq ans de prison, elle est maintenue en détention malgré une décision initiale ordonnant sa libération, la poursuite ayant fait appel. Zied Dabbar a également rendu hommage aux détenus politiques en grève de la faim, estimant que « la bataille est longue, mais nous la mènerons jusqu’au bout ».
Soutien aux détenus et dénonciation d’un « retour en arrière »
Pour sa part, le président de la LTDH, Bassem Trifi, a affirmé qu’« il ne s’agit pas d’une alerte isolée, mais d’une séquence politique cohérente visant à étouffer la société civile ». Selon lui, « la diabolisation des militants et l’usage judiciaire contre les associations s’inscrivent dans un processus qui a commencé avec la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature, puis les arrestations de politiciens et de défenseurs des droits, et aujourd’hui la suspension d’organisations ».
Il a dénoncé des décisions « politiques et non judiciaires » concernant des structures comme le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), l’ATFD, Mnemty ou encore Nawaat. « Toutes les associations ont fourni les documents demandés, mais elles se retrouvent suspendues sans explication. La société civile dérange parce qu’elle met à nu les injustices, les violences, les inégalités. Ce climat fait peur et rappelle des périodes que nous espérions closes », a-t-il insisté, saluant « celles et ceux qui continuent à résister ».
ATFD : des centres fermés, des vies mises en danger
La représentante de l’ATFD a rappelé que l’association avait déjà subi des poursuites dans le passé, mais que la suspension actuelle entraîne des conséquences directes sur les femmes qu’elle accompagne.
L’ATFD a été contrainte de fermer temporairement ses centres d’écoute et d’orientation pour les femmes victimes de violence à Tunis, Sfax, Sousse et Kairouan après l’ordre de suspension du 24 octobre 2025. « Ces centres existent parce que des femmes viennent demander aide et protection. Les fermer revient à les abandonner. Même sous Ben Ali, des femmes nous étaient orientées pour être prises en charge. Aujourd’hui, nous devons les renvoyer vers des structures qui ne disposent pas de nos compétences », a-t-elle regretté. Elle a ajouté : « Je n’ai plus foi en la justice. Beaucoup de juges cèdent à la pression. C’est un système entier qui se verrouille. Seule la solidarité peut encore tenir. »

Une stratégie politique pour étouffer la société civile
Ces prises de parole interviennent alors que le directeur de cabinet de la cheffe du gouvernement, Moncef Hamdi, est récemment intervenu en plénière pour affirmer que la Présidence du gouvernement « se limite à appliquer la politique de l’État définie par le président de la République », tout en assurant que le rôle de la société civile est « noble ». Il a toutefois attribué les sanctions visant certaines associations à la seule justice. Or, plusieurs organisations rappellent que les démarches de suspension ont été initiées et suivies par la Kasbah, créant une ambiguïté persistante sur la responsabilité politique de ces décisions.
Les participants ont conclu en appelant à renforcer les réseaux de soutien, l’assistance juridique et la coordination entre associations et défenseurs des libertés. « Nous avons déjà traversé des périodes sombres. Nous continuerons à lutter. »
M.B.Z












