Dans la nuit du jeudi 20 novembre à vendredi 21 novembre 2025 (à partir de 1h30, heure tunisienne), le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a remis à New York ses Prix internationaux de la liberté de la presse. Parmi les personnalités distinguées cette année, figure l’avocate et chroniqueuse tunisienne Sonia Dahmani, actuellement emprisonnée.
Le CPJ a salué une « défenseure audacieuse des droits de l’Homme et des libertés civiles », rappelant que son arrestation en 2024 pour avoir dénoncé le racisme avait suscité une large attention internationale. Son parcours et son incarcération font d’elle, selon l’organisation, « un symbole de l’espace rétrécissant accordé à la dissidence dans un pays autrefois considéré comme un phare de la liberté des médias ».
Une figure de la parole libre derrière les barreaux
Sonia Dahmani purge aujourd’hui une peine de cinquante mois pour plusieurs charges dites « anti-État ». Elle a été condamnée dans trois affaires distinctes, toutes liées à des interventions médiatiques à la télévision ou à la radio. Deux autres dossiers, toujours en cours, pourraient théoriquement entraîner jusqu’à vingt ans de prison supplémentaires.
Lors de la cérémonie, le CPJ a réaffirmé poursuivre son plaidoyer pour sa libération, soulignant que sa voix demeure essentielle au débat public tunisien « malgré la répression ».
Une édition marquée par des trajectoires brisées mais résilientes
Aux côtés de Sonia Dahmani, le CPJ a distingué trois autres lauréats dont les parcours témoignent, eux aussi, des pressions croissantes exercées contre la presse dans le monde.
Dong Yuyu, Chine
Journaliste et éditorialiste de renom, Dong Yuyu est détenu depuis sa condamnation à sept ans de prison pour espionnage, après une arrestation survenue en 2022 lors d’un déjeuner avec un diplomate japonais. Connu pour ses analyses en faveur de réformes et de l’État de droit, il attend toujours la décision de la Haute Cour de Pékin, un délai considéré comme anormalement long.
Elvira del Pilar Nole et Juan Carlos Tito, Équateur
Pendant plus de vingt ans, le couple a animé Radio Selva, unique média indépendant de la petite ville de Baeza. Leurs enquêtes sur les réseaux criminels liés au trafic de drogue leur ont valu des menaces de mort et les ont contraints à l’exil. Depuis le Canada, ils poursuivent néanmoins leur couverture de l’actualité locale, malgré l’escalade de violence qui frappe les journalistes en Équateur.
Bolot Temirov, Kirghizistan
Journaliste d’investigation emblématique d’Asie centrale, Bolot Temirov dirige depuis l’exil son média anticorruption Temirov Live, ciblé de longue date par les autorités kirghizes. Battu en 2020, expulsé en 2022, il continue à publier des enquêtes mettant en cause de hauts responsables, tandis que plusieurs membres de son équipe, dont son épouse, ont été arrêtés et condamnés.
Sonia Dahmani, une reconnaissance qui dépasse les murs de sa cellule
En réunissant ces parcours, le CPJ a voulu mettre en lumière des voix muselées ou forcées à l’exil, mais qui n’ont jamais cessé de témoigner. La distinction attribuée à Sonia Dahmani résonne particulièrement cette année : elle récompense une femme dont la détermination à défendre les libertés publiques s’exprime aujourd’hui derrière les barreaux, mais continue d’inspirer au-delà des frontières tunisiennes.
Pour le CPJ, ces lauréats incarnent « le courage de raconter, même lorsque raconter coûte la liberté ».
M.B.Z










