Comme chaque année, et conformément à la tradition, les Tunisiens ont attendu l’annonce officielle du Mufti de la République pour connaître la date de l’Aïd Esseghir, marquant la fin du mois de Ramadan.
Dans une allocution donnée dans la soirée de jeudi 19 mars 2026, le Mufti, Hichem Ben Mahmoud, a confirmé que le croissant lunaire a été observé, annonçant ainsi la fin du mois sacré. Fidèle à une habitude désormais bien ancrée, l’allocution a également été marquée par une salutation au président de la République.
En conséquence, l’Aïd Esseghir sera célébré en Tunisie le vendredi 20 mars 2026, une date qui coïncide cette année avec la fête de l’Indépendance, offrant aux Tunisiens une double occasion de célébration.
À cette occasion, la rédaction adresse à ses lectrices et lecteurs ses vœux de santé, de joie et de bonheur.
Aïdkom Mabrouk











3 commentaires
Salah tataouine
Il pleut ce matin sur le désert. Sur Tataouine, sur les pierres de Ḍū al-Shahīdī, sur les cercles qu’il sculpte comme une promesse que tout revient. Il pleut rarement dans le Sud tunisien. Ceux qui savent disent que la pluie, là-bas, est un signe. Une bénédiction. Une mémoire qui s’écrit en gouttes sur le sable.
Nous sommes le 20 mars 2026. La Tunisie fête son indépendance. 69 ans. Presque un homme. Et en ce jour doublement sacré – l’Aïd el-Fitr qui scelle le Ramadan, l’anniversaire de la liberté arrachée – il pleut sur le désert.
Comme si le ciel lui-même voulait laver les peines, arroser les racines, rappeler que tout commence par une goutte, un mot, une volonté.
L’HOMME QUI A DIT « NON »
Il y a 69 ans, un homme debout dans un costume strict, une cicatrice sur la joue et une rage dans le ventre, a dit non. Non à la tutelle. Non au protectorat. Non à l’idée que les Tunisiens seraient éternellement des sujets dans leur propre pays.
Habib Bourguiba n’était pas un homme de chuchotements. Il était l’éclair. Celui qui déchire le ciel d’un coup sec. Celui qui n’attend pas que l’orage passe, mais qui avance dedans, tête haute, les pieds dans la boue et le regard vers l’horizon.
Il a crié. Et la Tunisie a répondu.
Le 20 mars 1956, le pays est devenu le sien. Non pas par le hasard, mais par la volonté. Par des années de prisons, d’exils, de discours qui portaient plus loin que les armes. Bourguiba a construit. Il a arraché les voiles de la fatalité. Il a dit aux femmes : « Vous êtes nos égales. » Il a dit aux jeunes : « L’école est votre arme. » Il a dit au monde : « La Tunisie existe. »
L’ÉCLAIR AU DÉSERT
Ce matin, en ce vendredi de pluie, je pense à cet homme. Je pense à ce qu’il aurait vu s’il avait pu, d’un regard, traverser les décennies.
Il aurait vu la Tunisie indépendante, certes. Mais aussi la Tunisie endettée, fatiguée, démocratique malgré tout, qui tient debout comme on tient un café brûlant dans une main qui tremble.
Il aurait vu Maaloula brûlé, Haïfa bombardé, la Caspienne en sang. Il aurait vu le détroit d’Ormuz brandi comme une menace, les 20 millions de barils par jour suspendus à un fil. Il aurait vu les caporaux du Golfe campés près des jardins suspendus, regardant la Perse avec des yeux de méfiance millénaire.
Mais il aurait vu aussi autre chose. Il aurait vu Pékin tendre la main. Il aurait vu l’Iran et l’Arabie saoudite se serrer la main sur un papier griffonné. Il aurait vu la Chine construire des ponts là où d’autres semaient du sel.
Bourguiba, lui-même, croyait au dialogue. Il croyait que la raison finit toujours par l’emporter sur la passion, que l’école est plus forte que la caserne, que la diplomatie est une forme supérieure de combat.
Il aurait aimé cette idée : la réconciliation à la chinoise. Le remède venu de loin. L’accord de Pékin qui tient, trois ans après, malgré les bombes. Parce que construire est plus difficile que détruire, et que ceux qui construisent méritent qu’on parle d’eux.
ILS ONT CONSTRUIT ET PRÉSERVÉ
En cette journée d’Aïd et d’indépendance, alors que la pluie tombe sur Tataouine et que le sculpteur Ḍū al-Shahīdī taille ses cercles dans la pierre, je veux que l’histoire retienne ceci :
Ils ont construit et préservé.
Bourguiba a construit une nation avec presque rien : une volonté, une voix, une conviction que la Tunisie méritait mieux que l’ombre.
La Chine construit aujourd’hui des corridors là où il y avait des murs. Elle tisse des routes de soie, elle fait asseoir les ennemis à la même table, elle rappelle que le commerce nourrit la paix et que la paix est la seule infrastructure qui vaille.
Les Tunisiens, dans leur fragilité démocratique, construisent chaque jour un pays malgré la dette, les tempêtes, les incertitudes. Ils préservent ce que Bourguiba leur a légué : la liberté de dire, de choisir, de tomber et de se relever.
CE QUE NOUS ÉCRIRONS
Il y a ceux qui chuchotent aux oreilles des Romains : « Pourquoi vous ne venez pas pendant qu’ils sont ailleurs ? Venez détruire. »
Et il y a ceux qui crient, haut et fort : « Asseyez-vous. La table est assez grande. Le train a assez de places. Construisons ensemble. »
En ce 20 mars 2026, nous choisissons le camp de ceux qui crient. Le camp de Bourguiba. Le camp de ceux qui ne renoncent pas à l’idée que le monde peut être meilleur.
Il pleut sur le désert. C’est rare. C’est précieux. C’est peut-être un signe.
Que la pluie arrose les racines de la réconciliation.
Que le train de la paix continue d’avancer, lentement, mais sûrement.
Que la Tunisie tienne, fière et debout, comme Bourguiba l’a voulue.
Que la Cerise (24 301 pour ceux qui savent) tienne, elle aussi, comme un fruit offert à ceux qui attendent.
Et que nous, petits scribes de ce temps, nous écrivions enfin :
« Ils sont venus de loin. Ils ont construit. Ils ont préservé. Et le monde, malgré tout, a continué. »
Bonne Aïd à tous. Bonne fête de l’Indépendance à la Tunisie éternelle.
Habib Bourguiba, où que vous soyez, sachez que l’éclair n’a pas faibli. La pluie tombe sur le désert. Et la Tunisie est toujours debout.
Hannibal
70 ans d’indépendance ça se fête !
La pluie au Sud c’est fabuleux mais les incantations ne vont pas faire avancer la Tunisie, ni les pays Arabes. Il faut du concret, du pragmatisme et des visionnaire comme l’a été Habib Bourguiba : si les dirigeants arabes avaient suivi son conseil à Ariha, il y aurait eu la paix au Proche Orient.
Il n’y a qu’une seule chose qui intéresse La Chine, l’argent (un comble pour des communistes) et son économie. Elle tisse sa toile de captation de ressources et de marchés.
Une troisième voie est possible pour les pays arabes, un marché unique. Malheureusement, aucune chance avec les dirigeants actuels.
Nous restons donc dans la m…. 🙁
Fares
عيدكم مبارك.