« L’impact réel sur l’économie tunisienne reste limité et surtout psychologique. Il faut adopter une stratégie globale pour sécuriser les devises, soutenir les PME et relancer les exportations », affirme Chekib Ben Mustapha, membre du bureau exécutif de la Conect et expert économique, au micro de Wassim Ben Larbi dans Expresso sur Express FM, lundi 30 mars 2026. Cette analyse intervient après la publication, jeudi 26 mars 2026, de la circulaire n°2026-04 de la Banque centrale de Tunisie (BCT), resserrant le financement des produits non prioritaires.
Une mesure à impact limité sur l’économie
Selon M. Mustapha, « si la circulaire a un écho politique et symbolique, son impact réel sur l’économie tunisienne reste limité. Cette mesure concerne principalement des produits qui ne représentent qu’une faible part de nos importations totales. D’un point de vue économique, son effet sera très faible ».
L’expert a insisté sur le fait que, si l’intention de la BCT est de réguler certaines importations, les PME et entreprises de taille moyenne se trouvent particulièrement « pénalisées ». « La principale source de financement pour ces entreprises, notamment par l’usage des chèques, est désormais restreinte. Cela limite leur capacité à financer leurs opérations quotidiennes et risque de freiner leur activité, voire d’en stopper certaines », a-t-il expliqué.
Une priorité pour l’exportation et la production nationale
Chekib Ben Mustapha souligne que le véritable levier pour améliorer la balance commerciale et renforcer l’économie reste le « soutien aux exportations et le développement de la production nationale. Pour réduire durablement le déficit commercial, il faut encourager les exportations et améliorer la compétitivité des entreprises tunisiennes sur les marchés internationaux ».
Il a également mis en lumière le rôle des industries locales, notamment dans le secteur de la cosmétique et des spiritueux, rappelant que « l’industrie nationale a su couvrir une part importante des besoins du marché intérieur, limitant ainsi la dépendance à certaines importations ».
Un effet psychologique plus que financier
L’expert a décrit la circulaire comme ayant un « effet surtout psychologique et politique, plutôt qu’économique. Sur le plan politique, elle montre que des mesures sont prises. Mais du point de vue économique, l’impact est marginal par rapport au volume total des importations ».
Il a également alerté sur le fait que « la poursuite des tensions géopolitiques et la hausse des prix du pétrole pourraient entraîner une augmentation du coût des importations, accentuant la pression sur les finances publiques et sur le pouvoir d’achat des citoyens ».
Vers une approche globale de l’économie
Pour Chekib Ben Mustapha, « l’adoption d’une stratégie économique globale est indispensable. Il ne suffit pas de réguler certaines importations ; il faut reconstruire des mécanismes efficaces de financement pour les PME, sécuriser les réserves de devises et relancer les exportations. C’est la seule manière d’assurer la stabilité économique à long terme ».
Ce que prévoit la circulaire BCT n°2026-04
La circulaire, publiée le jeudi 26 mars 2026, impose aux importateurs de constituer une couverture intégrale sur leurs fonds propres pour toute opération concernant les produits non prioritaires, qu’il s’agisse de crédits documentaires, remises documentaires, virements ou traites.
Les produits concernés sont très variés. Dans l’alimentation et les boissons : fruits et légumes frais ou préparés (bananes, kiwis, avocats, mangues, ananas…), noix et graines (amandes, pistaches, noix de cajou…), fromages à pâte persillée ou râpés, miel naturel, pâtes, céréales et confiseries, ainsi que boissons alcoolisées et non alcoolisées (vins, spiritueux, bières, eaux minérales et aromatisées).
Du côté de l’hygiène et des cosmétiques : shampoings, laques, produits pour manucure et pédicure, dentifrices, déodorants, savons et lessives, ainsi que tout type de maquillage.
Pour l’équipement domestique et l’ameublement : réfrigérateurs, machines à laver, fours, micro-ondes, chauffe-eau, sèche-cheveux, climatiseurs, mobilier, literie, tapis et rideaux. Certains articles de construction et abrasifs sont également inclus.
Les articles de papeterie et de loisirs font aussi partie de la liste : stylos, cahiers, carnets, enveloppes, jouets, puzzles, tricycles et trottinettes, ainsi que yachts et bateaux de plaisance.
La circulaire prévoit cependant des exceptions, notamment pour les importations dans le cadre de marchés publics, celles engagées avant la publication, les entreprises industrielles avec fiche technique spéciale et le régime de perfectionnement actif sur présentation d’autorisation douanière.
Cette mesure s’inscrit dans le cadre des efforts de régulation du commerce extérieur et de préservation des réserves de change, et entre en vigueur immédiatement.
I.N.










