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Circulaire de la BCT — Rawdha Boukadida banalise l’impact sur les petits importateurs : « Qu’ils paient cash »

Par Nadya Jennene

Dans une intervention qui se voulait rassurante mais qui, à bien des égards, a surtout révélé les limites d’une vision technocratique déconnectée, Rawdha Boukadida, directrice générale des opérations de change à la Banque centrale de Tunisie, s’est exprimée mardi 31 mars 2026 sur les ondes d’Express FM, dans l’émission Expresso. L’objectif affiché : défendre la nouvelle circulaire de la BCT, présentée comme une simple « mesure technique » destinée à préserver les réserves en devises. Le résultat, lui, laisse perplexe.

Derrière le vernis prudentiel, la circulaire introduit en réalité une mécanique bien plus problématique : une sélection implicite entre importateurs. Autrement dit, une politique qui, sous couvert de rationalisation, favorise les acteurs les plus puissants — ceux capables de mobiliser du cash — au détriment des petites et moyennes entreprises, déjà fragilisées par un environnement économique contraignant.

Et c’est précisément là que le discours de Rawdha Boukadida bascule dans une forme de simplisme déroutant. « Ceux qui disposent de cash, qu’ils se présentent », a-t-elle affirmé avec désinvolture. Comme si, dans une économie sous tension, marquée par des difficultés d’accès au financement, la liquidité était une évidence largement partagée. Comme si les entreprises tunisiennes, notamment les plus modestes, pouvaient aisément puiser dans des réserves financières inexistantes.

Plus surprenant encore, l’argumentaire mobilisé pour justifier cette orientation repose sur une expérience passée pour le moins contestée. La responsable évoque ainsi des évaluations réalisées en 2019, selon lesquelles une mesure similaire aurait permis de faire chuter les importations de produits jugés non essentiels de 20% à 6%. Une lecture pour le moins sélective de la réalité : cette politique, déjà expérimentée en 2017, avait été abandonnée, précisément faute de résultats durables et face à ses effets pervers sur le tissu économique.

Car ce que la directrice générale omet soigneusement de souligner, c’est le coût réel de ce type de dispositif. En restreignant l’accès aux devises pour certains opérateurs, on ne supprime pas la demande : on la déplace, on la déforme, et surtout, on la renchérit. Le risque est alors double : concentration du marché entre les mains de quelques acteurs dominants et apparition de pénuries sur certains produits, mécaniquement accompagnées d’une hausse des prix.

Interrogée sur ces conséquences pourtant prévisibles — notamment le risque de monopole et de cherté — Rawdha Boukadida a livré une réponse pour le moins contradictoire. Elle reconnaît que ce scénario « pourrait être envisagé », avant de le balayer aussitôt, au motif que « plusieurs entreprises disposent de liquidités et de ressources ». Une affirmation qui relève davantage de l’incantation que de l’analyse économique.

Le décalage devient encore plus frappant lorsqu’elle suggère, presque naïvement : « Pourquoi ne pas aller dans le paiement au comptant ? Cela permettrait de mieux négocier avec les fournisseurs ». Une recommandation qui, dans l’absolu, pourrait relever du bon sens… si elle ne faisait abstraction d’une réalité essentielle : le recours au crédit n’est pas un choix de confort, mais une nécessité structurelle pour la majorité des entreprises. 

En filigrane, ce discours révèle une méconnaissance inquiétante du fonctionnement réel du tissu économique tunisien. Exiger des importateurs qu’ils financent leurs opérations au comptant revient, de facto, à exclure une large partie d’entre eux du marché. C’est instaurer une barrière à l’entrée déguisée, qui ne dit pas son nom.

Pire, cette approche soulève une question de fond : peut-on piloter une économie par des mesures restrictives, sans transparence sur leurs objectifs, ni évaluation rigoureuse de leurs impacts ? En ressuscitant une politique ancienne, déjà jugée inefficace, la Banque centrale semble céder à une forme de facilité administrative, au détriment d’une réflexion stratégique de long terme. 

Au lieu d’apporter des réponses structurelles aux déséquilibres extérieurs, cette circulaire risque surtout d’en accentuer les symptômes : distorsions de concurrence, tensions sur les prix, marginalisation des petits opérateurs. Et ce, dans un silence quasi total sur les critères de sélection implicites qu’elle introduit.

N.J

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