Visiter les principaux sites archéologiques tunisiens coûtera nettement plus cher. L’État a décidé de relever sensiblement les droits d’entrée aux musées et monuments historiques, avec des hausses pouvant dépasser le double, voire le triple des tarifs appliqués jusqu’ici. Mais ces augmentations ne concernent pas tous les visiteurs : la nouvelle grille, entrée en vigueur en avril 2026, cible principalement les touristes et visiteurs étrangers, tandis que les Tunisiens et résidents continuent de bénéficier de prix inchangés.
Cette révision marque un nouveau cap dans la politique de tarification du patrimoine en Tunisie. En effet, un arrêté conjoint de la ministre des Finances et de la ministre des Affaires culturelles, daté du vendredi 27 mars 2026 et publié au Journal officiel de la République tunisienne (Jort n°34) du mardi 31 mars 2026, fixe ces nouveaux droits d’entrée aux musées, monuments historiques et sites archéologiques. Le texte introduit une hausse significative des tarifs à partir du 1er avril 2026, suivie d’une nouvelle augmentation au 1er janvier 2027, rompant ainsi avec la grille en vigueur depuis l’arrêté du lundi 10 avril 2023.
Des hausses marquées dès 2026, accentuées en 2027
La principale évolution concerne les visiteurs soumis aux tarifs standards, notamment les touristes. Les droits d’entrée connaissent une augmentation nette, parfois multipliée par plus de deux.
Ainsi, pour les sites classés en catégorie A, le tarif passe de treize dinars en 2023 à trente dinars à partir du 1er avril 2026 (soit une hausse de plus de 130%), puis à 45 dinars à compter du 1er janvier 2027 (près de +250% par rapport à 2023).
Même tendance pour la catégorie B, dont le prix évolue de douze dinars à vingt dinars (+66%), puis trente dinars en 2027 (+150%).
Les autres catégories enregistrent des ajustements plus modérés ou restent inchangées :
- Catégorie C : dix dinars
- Catégorie D : huit dinars
- Catégorie E : cinq dinars
Autre nouveauté, l’introduction d’un billet combiné permettant l’accès au musée national du Bardo et aux sites archéologiques de Carthage, fixé à 45 dinars en 2026 et 70 dinars en 2027, alors qu’aucune formule de ce type n’existait dans la réglementation de 2023.
Vers une augmentation automatique à partir de 2028
Le nouvel arrêté instaure également un mécanisme d’augmentation progressive : à partir du 1er janvier 2028, les tarifs seront relevés de 5% par an, avec arrondi au dinar supérieur.
Par ailleurs, plusieurs sites majeurs — Carthage, Kairouan ainsi que l’amphithéâtre et le musée d’El Jem — seront reclassés en catégorie A à partir de cette même date, ce qui entraînera mécaniquement une hausse de leur prix d’accès.
Des tarifs préférentiels maintenus pour les Tunisiens et résidents
Contrairement aux tarifs standards, les droits d’entrée applicables aux Tunisiens, aux étrangers résidant en Tunisie et aux visiteurs maghrébins restent globalement inchangés par rapport à 2023.
Ils sont fixés comme suit :
- Carthage : neuf dinars
- Musée du Bardo, El Jem, Kairouan : huit dinars
- Catégories C et D : cinq dinars
- Catégorie E : quatre dinars
Dans les faits, cette hausse cible principalement les visiteurs étrangers non-résidents, les tarifs appliqués aux Tunisiens et aux résidents étant restés inchangés.
Conditions plus exigeantes pour les professionnels du tourisme
Le texte durcit également les conditions d’accès aux réductions accordées aux agences de voyages. Alors que l’arrêté de 2023 fixait un seuil annuel de 10.000 dinars pour bénéficier d’une remise de 10%, celui de 2026 relève ce seuil à 20.000 dinars à partir d’avril 2026, puis à 30.000 dinars dès 2027.
Gratuité et tarifs réduits : peu de changements
Les dispositifs sociaux sont, dans l’ensemble, reconduits. L’accès reste gratuit pour plusieurs catégories, notamment les personnes handicapées, les blessés de la révolution, les forces de sécurité ou encore les agents du ministère de la Culture.
La gratuité demeure également applicable pour tous les Tunisiens et résidents :
- le premier dimanche de chaque mois,
- les jours fériés,
- le 18 avril (journée mondiale des sites),
- le 18 mai (journée mondiale des musées).
Le tarif réduit à deux dinars est maintenu pour les élèves, étudiants tunisiens et stagiaires en formation professionnelle, les étudiants étrangers en visite individuelle munis d’une carte internationale, les enfants de moins de douze ans accompagnant des visiteurs munis de billets d’entrée, ainsi que pour les jeunes titulaires de la « carte jeune » et les groupes associatifs ou éducatifs de moins de trente personnes dans le cadre de visites programmées.
Une légère évolution est toutefois introduite concernant les réductions de 50% : les bénéficiaires incluent toujours les membres du corps enseignant, les journalistes tunisiens titulaires d’une carte professionnelle et les Tunisiens âgés, mais l’âge ouvrant droit à cet avantage passe désormais de soixante ans en 2023 à 62 ans dans le nouveau texte.
Un changement de logique tarifaire
En abrogeant explicitement l’arrêté du 10 avril 2023, le nouveau dispositif marque un tournant dans la gestion économique du patrimoine culturel. La forte hausse des tarifs standards, combinée à l’introduction d’un mécanisme d’augmentation annuelle, traduit une orientation vers une valorisation accrue des sites et une recherche de recettes supplémentaires.
Dans le même temps, le maintien des tarifs préférentiels pour les Tunisiens et les résidents témoigne d’un équilibre recherché entre impératifs financiers et accessibilité culturelle.
Tableau comparatif des principaux tarifs
| Catégorie / Billet | 2023 | 2026 (à partir du 1er avril) | 2027 (à partir du 1er janvier) |
| Catégorie A | 13 DT | 30 DT | 45 DT |
| Catégorie B | 12 DT | 20 DT | 30 DT |
| Catégorie C | 10 DT | 10 DT | 10 DT |
| Catégorie D | 8 DT | 8 DT | 8 DT |
| Catégorie E | 5 DT | 5 DT | 5 DT |
| Billet Bardo + Carthage | — | 45 DT | 70 DT |
I.N.











3 commentaires
Francois St-Jean
Totalement en accord avec toi. Je suis résidant temporaire et c’est inconcevable que nous n’avons aucune explication ou historique sur les sites. À lire numérique, on pourrait facilement créé un code qr au laser sur une plaque. Encore une fois, la vision du developpement touristique est tres limité. Elle se contente à augmenter les prix avec un service déficient. Je reçois amis et famîle tout au long de l’année. L’expérience touristique sera négative selon moi. Et on ne commence pas à discuter que Tunis est une décharge à ciel ouvert…j’en aurai à dire aussi sur l’image de tunis qui reste imprégné dans leur mémoire à ces touristes et amis.
HatemC
On assiste à un véritable paradoxe … d’un côté, une augmentation drastique des tarifs pour les étrangers, et de l’autre, une expérience de visite qui semble stagner dans le temps.
Payer 30 ou 45 dinars (environ 10-14 euros) aligne la Tunisie sur des standards européens, mais le service ne suit pas toujours :
Signalétique défaillante …
Sur de nombreux sites, les panneaux sont soit inexistants, soit illisibles, laissant le visiteur errer sans comprendre l’histoire des pierres qu’il contemple.
Absence de scénarisation
Aujourd’hui, dans beaucoup de sites tunisiens :
– Peu ou pas de storytelling
– Signalétique pauvre
– Aucune immersion (son, lumière, reconstitution)
– Guides parfois absents ou non formés
– Musées figés (vitrines + objets = modèle des années 70)
Résultat :
On visite… mais on ne vit pas une expérience
Comparaison implicite (et cruelle)
Dans le monde :
Un musée moderne = expérience immersive
Exemple :
– projections 3D
– reconstitutions historiques
– parcours narratif
– réalité augmentée
Le visiteur paie pour comprendre + ressentir, pas juste voir.
Le paradoxe tunisien
“On augmente les prix… sans augmenter la valeur perçue”
Ce qu’il faudrait faire (avant d’augmenter les prix)
Scénariser les sites
– raconter Carthage comme une civilisation vivante
– expliquer les batailles, les personnages, les mythes
Créer de l’immersion
– sons, lumières, projections nocturnes
– reconstitutions (type Puy du Fou)
Digitaliser
– audioguides intelligents
– réalité augmentée (voir la ville antique reconstruite)
Former les guides
– passer de “commentaire scolaire” → “récit captivant”
Créer des parcours
– route des Phéniciens
– route romaine
– Tunisie antique vs islamique
Et surtout developper Le Confort de Base …
L’article et les critiques récentes pointent souvent du doigt l’absence d’infrastructures de base (toilettes propres, zones d’ombre, cafétérias dignes de ce nom) … HC
Mohamed Mabrouk
Quand on se presente a un site, c’est soit trop tard soit trop tot. Le poste de gardien est un faux poste pour toucher une rente et faire un autre travail. Les directeurs ne daignent pas descendre de leurs confortables bureaux pour controler. C’est moins fatiguant de parapher des augmentations de tarifs. L’elite lettrée, qui s’est avérée etre des lobbies, a peur de la prison et se tait.
Les ambassadeurs de USA et Italie inaugurent les belles réalisations. Eux reconnaissent l’effort fourni, sans nous en vouloir pour notre anti-sionisme. Bismillah machallah