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Restrictions de la BCT sur les importations : la Conect alerte sur des dérives économiques et sanitaires

Par Nadya Jennene

Intervenant lundi 6 avril 2026 sur les ondes de Express FM, le président de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect), Aslan Berjeb, a vivement critiqué la récente circulaire de la Banque centrale de Tunisie (BCT) relative au financement des importations de produits dits « non prioritaires ». Une mesure qu’il a jugé lourde de conséquences pour plusieurs secteurs stratégiques, notamment la santé et les industries à forte valeur ajoutée.

Cette circulaire impose aux importateurs de financer intégralement, sur leurs fonds propres, les opérations portant sur des biens considérés comme non essentiels, excluant de facto tout recours au crédit bancaire. Selon la BCT, cette disposition vise à rationaliser les flux d’importation et à préserver les réserves en devises dans un contexte macroéconomique contraint.

Le périmètre des produits concernés est particulièrement large. Il inclut notamment des denrées alimentaires (fruits, fromages, miel, boissons), des produits d’hygiène et de cosmétique (shampoings, dentifrices, maquillage), ainsi que des équipements domestiques (électroménager, mobilier, climatiseurs), certains matériaux de construction, ou encore des articles de loisirs. 

Des dérogations sont toutefois prévues pour les marchés publics, les opérations antérieures à la circulaire, les industries disposant de fiches techniques validées, ainsi que pour les régimes de perfectionnement actif.

Pour la Conect, cette classification administrative pose de sérieux problèmes d’interprétation et d’application sur le terrain. Lors de son intervention, Aslan Berjeb a mis en lumière des cas concrets illustrant les effets pervers de cette approche normative, déconnectée des réalités sectorielles.

Il a notamment évoqué la situation d’une entreprise tunisienne spécialisée dans l’importation de soutiens-gorge médicaux destinés aux femmes atteintes de cancer, en provenance d’Autriche. Ces dispositifs, essentiels dans le parcours post-opératoire de certaines patientes, sont aujourd’hui assimilés, dans la nomenclature de la BCT, à de la lingerie classique, et donc classés comme produits non prioritaires. « La responsable de cette entreprise se trouve aujourd’hui contrainte d’envisager la fermeture », a déploré Aslan Berjeb, dénonçant une lecture purement administrative qui ignore la dimension médicale de ces produits.

Le secteur des dermo-cosmétiques est également concerné. Alors même que les autorités sanitaires multiplient les campagnes de sensibilisation contre les cancers de la peau, certaines crèmes à visée thérapeutique ou préventive figurent sur la liste des produits non prioritaires. Une incohérence qui, selon Aslan Berjeb, illustre l’absence de concertation intersectorielle dans l’élaboration de la mesure.

Sur le plan procédural, le président de l’organisation patronale a pointé un déficit de dialogue entre les autorités publiques et les acteurs économiques. La décision a été prise dans un cadre restreint, associant principalement la Banque centrale, le ministère du Commerce et celui de l’Économie, sans consultation approfondie des professionnels concernés. «Les entreprises qui opèrent sur le terrain disposent d’une expertise fine des chaînes d’approvisionnement et des besoins réels du marché. Leur exclusion du processus décisionnel constitue une faille majeure », a indiqué, Aslan Berjeb. 

Au-delà des problématiques sectorielles, il a mis en garde contre les implications macroéconomiques de cette circulaire. En contraignant les importateurs à mobiliser leurs fonds propres, la mesure risque de fragiliser particulièrement les petites et moyennes entreprises (PME). Ces structures, souvent confrontées à des contraintes de trésorerie, pourraient être évincées du marché au profit de grands groupes disposant de capacités financières plus importantes.

Rappelant qu’une disposition similaire avait été introduite en 2017 avant d’être abandonnée en 2019, Aslan Berjeb a signalé que le contexte actuel était encore plus fragile, notamment en raison des répercussions économiques de la pandémie de Covid-19 et des perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement mondiales. 

La circulaire de la BCT a, rappelons-le, suscité de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique et des milieux économiques. 

Plusieurs ont assimilé la circulaire à une logique de contrainte excessive pesant sur les opérateurs économiques, au risque d’accentuer les déséquilibres existants, alertant notamment sur un possible phénomène de concentration du marché, favorable aux acteurs disposant de fortes capacités financières.

N.J

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Commentaire

  1. Khaled abidi

    Répondre
    6 avril 2026 | 14h44

    Mais Mr ils ont stoppé les importations non nécessaires, alors que l’exemple des soutiens gorge spécial cancer de sein sont nécessaires pour la santé donc ils ne font pas partie de cette exclusion

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