Par Abdelwaheb Ben Moussa
Le débat sur l’unification de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS) vient de franchir une nouvelle étape médiatique. Présentée comme la « rime riche » de la réforme de la protection sociale en Tunisie, cette fusion est désormais érigée en condition sine qua non de la viabilité de notre modèle de solidarité. Pourtant, au-delà de l’effet d’annonce, l’examen des prérequis techniques et financiers soulève une question de fond : sommes-nous prêts pour le « Big Bang » social du Plan de développement 2026-2030 ?
L’implacable arithmétique du déficit
Le constat est sans appel : avec un trou combiné qui devrait frôler les 2,5 milliards de dinars en 2025 (soit près de 1,5 % du PIB), notre système de sécurité sociale est en état d’urgence absolue. Cette dualité entre un secteur public en perfusion et un secteur privé sous tension est le vestige d’une économie compartimentée totalement déconnectée des réalités actuelles. Aujourd’hui, le ratio de dépendance s’est effondré à deux actifs pour un retraité, rendant les réformes paramétriques passées dérisoires face à l’ampleur du choc démographique.
Unifier les caisses, c’est briser les plafonds de verre institutionnels et permettre au capital humain de circuler librement entre le public et le privé sans que la complexité du transfert de droits ne vienne sanctionner l’audace ou l’ambition. La clé de voûte de cet édifice n’est pas juridique, elle est numérique : la généralisation de l’Identifiant Social Unique (ISU). Sans cette donnée consolidée, parler de « Compte Carrière Unique » relève de la simple incantation.

La convergence vers la caisse unique 2030
L’apurement du passif : le préalable non négociable
Pour les observateurs du secteur financier et bancaire, l’enjeu est double : liquidité et solvabilité. Cependant, une fusion précipitée sans un apurement préalable par l’État des dettes croisées — rappelons que les dettes inter-caisses envers la CNAM avoisinent les 8 milliards de dinars — serait une erreur stratégique majeure. Le secteur privé ne saurait être le bailleur de fonds d’un passif accumulé par des décennies de gestion centralisée du secteur public.
L’objectif doit être la création d’un investisseur institutionnel de premier plan. Une caisse consolidée, dotée d’une gestion d’actifs centralisée et d’un back-office automatisé, permettrait de stabiliser le marché financier et de financer les grands projets d’infrastructure du pays. En centralisant la gouvernance, nous passons d’une gestion de crise à une gestion de performance.
La technologie comme moteur de consentement
Le scepticisme ambiant ne sera levé que par la « preuve par le service ». Le déploiement d’une plateforme digitale souveraine de simulation de retraite est ici l’arme fatale contre l’angoisse sociale. En offrant à chaque citoyen la possibilité de visualiser la fusion de ses droits sur un seul écran, on substitue la transparence à l’incertitude.
L’intelligence artificielle doit ici servir « l’algorithme de la solidarité ». Au-delà du gadget, l’IA permet de piloter les réserves en temps réel et d’anticiper les risques actuariels. La technologie devient alors le garant du contrat social, rendant la gestion des fonds de retraite imperméable aux arbitrages politiques de court terme.
L’impératif de souveraineté
En définitive, l’unification de la CNSS et de la CNRPS est un acte de souveraineté numérique et sociale. À l’horizon 2030, la réussite de ce chantier sera le baromètre de notre capacité à moderniser l’État sans sacrifier la justice sociale. Le moment est venu de transformer ce pilier théorique en une réalité tangible : une seule caisse, un seul identifiant, et une protection garantie pour tous. Car dans la compétition mondiale qui s’annonce, la robustesse de notre socle social sera notre première ligne de défense économique.
BIO EXPRESS
Abdelwaheb Ben Moussa – Ingénieur en informatique / Cadre dans une banque publique
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.











11 commentaires
jamel.tazarki
K) Un climat de liberté économique « réprimé » :
k1) La Tunisie connaît un décrochage historique dans les classements mondiaux. En 2026, l’Indice de liberté économique classe le pays au 156ème rang mondial, qualifiant son économie de « réprimée ».
K2) Insécurité juridique : Les entreprises font face à un environnement de plus en plus instable et incertain.
K3) Corruption et népotisme : Ces obstacles structurels continuent de freiner l’initiative des jeunes et des femmes, particulièrement dans les régions intérieures.
L) Le décrochage de l’investissement privé
l1) Les experts alertent sur une « atonie de l’investissement ». Bien que le gouvernement affiche des ambitions de croissance (3,3 % pour 2026), les analystes internationaux comme le FMI sont plus réservés, tablant plutôt sur 2,1 %.
l2) Manque de confiance : La concentration des pouvoirs et l’affaiblissement de la gouvernance démocratique nuisent à la confiance des investisseurs nationaux.
l3) Isolement économique : Allianz décrit la Tunisie comme une « économie isolée », dont le risque global reste élevé malgré quelques améliorations de façade.
M) Pression fiscale et « Poly-crise »
m1) Pour combler les déficits des caisses sociales et du budget de l’État, la Loi de finances 2026 multiplie les taxes sur les secteurs productifs (banques à 4 %, entreprises à 3 %) et sur la consommation (tabac, téléphone, redevances sur les achats).
m2) Fuite des cerveaux et du cash : Cette pression, couplée à un climat politique tendu, accélère la fuite des capitaux et le découragement des porteurs de projets.
m3) Incertitude structurelle : Certains économistes parlent d’une probabilité de défaut de paiement si des réformes profondes ne sont pas engagées pour libérer l’économie de son carcan actuel
N) Quel espoir pour l’initiative privée ?
n1) Malgré ce tableau sombre, certains secteurs résistent. Les entreprises tournées vers l’exportation (notamment vers la France) et celles bénéficiant des nouveaux soutiens aux PME gardent un certain dynamisme. Pour 2026, l’État tente d’ailleurs d’attirer 4 milliards de dinars d’Investissements Directs Étrangers (IDE).
n2) Cependantla stabilité actuelle ressemble à un « déclin lent » faute d’un horizon politique clair qui redonnerait de l’air à l’initiative privée.
O) L’Agriculture : Entre résilience et urgence climatique
o1) C’est le secteur le plus vital mais aussi le plus fragile. En 2026, l’agriculture tunisienne est à la croisée des chemins.
02) Performance paradoxale : Malgré sept années de sécheresse, le secteur a enregistré une croissance de 12,3 % fin 2025. L’huile d’olive reste le pilier des exportations, mais les rendements céréaliers demeurent inférieurs de 25 à 28 % à la moyenne.
o3) Impasse foncière et financière : Le morcellement des terres freine la rentabilité. En 2026, les professionnels réclament une refonte du système foncier et des mécanismes de crédit pour soutenir l’investissement agricole, qui a pourtant atteint 515 millions de dinars en 2025.
04) Risque majeur : Le stress hydrique est tel que les réserves des barrages n’étaient qu’à 37,7 % en février 2026. Sans une modernisation technologique massive (irrigation intelligente), le secteur ne pourra plus nourrir la population.
jamel.tazarki
P) Le Numérique : Levier de modernisation bridé
p1) Le numérique est considéré comme le moteur de la « nouvelle Tunisie », mais il se heurte à la lourdeur bureaucratique.
p2) Ambition étatique : L’État a lancé 192 projets pour numériser totalement l’administration d’ici fin 2026. Le plan de développement 2026-2030 a même été élaboré à l’aide de l’intelligence artificielle pour plus d’objectivité.
p3) Agrotech en essor : Un écosystème de startups émerge pour réinventer l’agriculture (capteurs, imagerie satellite). La Tunisie offre désormais des avantages allant jusqu’à 50 % pour les projets technologiques liés à l’agriculture intelligente.
p4) Obstacles : La bureaucratie reste le frein principal. Créer une entreprise nécessite encore 9 procédures en moyenne, contre 5 dans les pays développés
Q) L’Industrie : Vers une montée en gamme forcée
q1) L’industrie tunisienne, historiquement basée sur la sous-traitance à faible valeur ajoutée (textile, câblage), doit se transformer pour survivre.
q2) Attractivité sectorielle : L’industrie a capté la plus grande part des 3,5 milliards de dinars d’investissements étrangers en 2025. Les secteurs mécaniques et électriques ont progressé de 7,8 % début 2026.
q3) Nouvelles taxes : La pression fiscale de 2026 (contribution de 3 % sur les bénéfices) pèse lourdement sur les industriels. Beaucoup craignent que cela ne décourage l’investissement nécessaire pour monter en gamme.
q4) Enjeu stratégique : La Tunisie cherche à se positionner comme un hub euro-africain compétitif, en misant sur sa main-d’œuvre qualifiée, mais elle reste classée parmi les pays les plus risqués du continent pour les entreprises en 2026.
R) De quoi la Tunisie socio-économique a besoin urgemment?
r1) Le déblocage politique : Le catalyseur de confiance pour libérer l’investissement
r1.1) Sans une réforme politique garantissant la sécurité juridique et la transparence, l’investissement privé restera « étouffé ».
r1.2) Investissement : La confiance est le premier carburant de l’économie. Actuellement, l’investissement privé est à l’arrêt car les acteurs craignent l’instabilité et la pression fiscale.
r1.3) Emploi : C’est ce même investissement qui doit créer les emplois nécessaires pour absorber les 16 % de chômeurs (et bien plus chez les jeunes).
r2) Une révolution agricole (dessalement, nouvelles techniques) Une urgence de survie pour la sécurité alimentaire
r2.1) Avec une population qui continue de croître face à des ressources en eau qui s’épuisent (barrages à seulement 37,7 % début 2026), l’agriculture ne peut plus être gérée « à l’ancienne ».
r2.2) Souveraineté : L’enjeu est de réduire la dépendance aux céréales importées (plus de 60 %) pour ne plus subir les chocs des prix mondiaux.
r2.3) Technologie : Le passage à une agriculture de précision (AgroTech) est indispensable pour produire plus avec moins d’eau
r3) Une intégration massive de l’informel pour sauver les caisses sociales (CNSS/CNRPS)
r3.1) Les caisses de sécurité sociale (CNSS et CNRPS) ne pourront pas être sauvées par de simples taxes sur les banques ou le tabac.
r3.2) Assainissement : Près de 40 % de l’économie échappe aujourd’hui aux cotisations. Intégrer l’informel permettrait d’élargir la base des cotisants sans écraser davantage les salariés du secteur formel.
r3.3) Solidarité : C’est le seul moyen de garantir que la CNAM (Assurance Maladie) retrouve sa liquidité pour rembourser les soins des citoyens sans délais de plusieurs mois.
r4) En somme, la Tunisie est à un point de bascule. Si ces trois leviers ne sont pas actionnés de front, le pays risque de rester dans une gestion de crise permanente plutôt que de s’engager dans un véritable développement.
jamel.tazarki
T) statistiques macroéconomiques trop imprécises :
t1) je me suis basé sur les statistiques macroéconomiques souvent imprécises de l’INS pour analyser la Tunisie socio-économique.
t2) Toute étude socio-économique fondée sur des statistiques imprécises est inefficace. La première priorité de la Tunisie socio-économique doit donc être celle d’amélioration de la qualité des statistiques macroéconomiques. – Des statistiques solides et transparentes sont en effet la clé d’une prise de décision efficace.
t3) Des statistiques fiables sont la boussole de toute politique publique. Si l’instrument de mesure est faussé, la direction prise le sera aussi.
t4) L’INS (Institut National de la Statistique) en Tunisie est aujourd’hui vivement critiqué, tant par les universitaires que par les partenaires internationaux,
t5) L’INS a du mal à mesurer la part réelle de l’économie informelle (estimée entre 40 et 60 % du PIB selon les sources). Si on ne mesure pas précisément cette masse monétaire et humaine, on ne peut pas calibrer les réformes de la CNSS.
t6) La définition du « chômeur » : Les critères du BIT (Bureau International du Travail) utilisés par l’INS excluent souvent ceux qui ont abandonné toute recherche ou qui survivent de petits boulots précaires, ce qui masque la gravité de l’exclusion sociale.
t7) Le retard de mise à jour des données
t7.1) Pour piloter une économie en crise, il faut des données en temps réel.
t7.2) Le recensement : Le retard du recensement général de la population (initialement prévu pour 2024) empêche d’avoir une vision claire de la démographie réelle et de la structure des ménages. Sans cela, les calculs sur la croissance démographique et les besoins alimentaires de 2040 restent des estimations que l’État ne peut ni confirmer ni infirmer.
t7.3) PIB et Inflation : Les révisions fréquentes des chiffres de croissance créent une instabilité pour les investisseurs privés qui ne savent plus sur quelle base calculer leur rentabilité.
t8) L’indépendance de la statistique
t8.1) La qualité des données dépend aussi de l’indépendance institutionnelle.
t8.2) Dans un climat politique tendu, la crainte d’une manipulation des chiffres à des fins de propagande (pour minimiser l’inflation ou le déficit) est réelle.
t8.3) Améliorer la qualité des statistiques, c’est redonner de l’autonomie financière et technique à l’INS et permettre un audit externe par des organismes indépendants ou la société civile.
t9) La conséquence de l’imprécision
t9.1) Sans statistiques solides Les négociations avec le FMI ou la Banque Mondiale échouent car les chiffres ne sont pas jugés crédibles.
t9.2) Sans statistiques solides L’initiative privée est découragée par l’absence d’études de marché fiables.
t9.3) Sans statistiques solides La planification agricole devient impossible, car on ignore les stocks réels et les capacités de consommation.
t9.4) Actuellement, les données sont éparpillées entre la CNSS, le fisc, la douane et l’INS, et elles ne se recoupent souvent pas.
jamel.tazarki
Je réécris la dernière phrase : Il faut cesser d’utiliser ce prétexte absurde selon lequel la CNSS souffrirait uniquement d’un « déséquilibre démographique », pour masquer un taux de chômage qui s’élève à 16 %, voire 20 %, si l’on tient compte des non-inscrits aux bureaux de travail.
jamel.tazarki
Errata dans a1) : Le CNRPS (organisme public) devrait afficher un déficit de 1,13 milliard de dinars en 2025. Il souffre d’un taux de chômage de plus de 16 % : il y a moins de deux cotisants pour un retraité, alors qu’il en faudrait trois pour atteindre l’équilibre.
–>
– l’unification pourrait améliorer la gestion administrative, mais elle ne résoudra le problème de financement de la CNRPS que si l’État parvient parallèlement à réintégrer le secteur informel et à réduire le chômage pour élargir la base des cotisants.
– Le chômage est le « péché originel » qui assèche les caisses. Sans cotisants, même la meilleure organisation administrative ne peut pas inventer d’argent.
-Le chômage tue le financement de la santé. Bien que la CNAM affiche un excédent théorique (+760 millions de dinars prévus en 2025), elle est en crise de liquidité réelle.
⁻ Le chômage est le moteur du déficit. Sans une reprise de la croissance (prévue à seulement 2,1 % en 2026) et une création d’emplois formels, les taxes sur les banques ou le tabac ne seront que des « pansements » sur une plaie ouverte.
– Avec plus de 16% de chômeurs, pretendre encore que la CNSS « souffre d’un déséquilibre démographique » n’est qu’un prétexte facile pour les politiciens.
– Fazit : la Tunisie est mal gérée sur les plans socio-économique, politique, judiciaire et culturel, et nous continuons dans cette direction. Il n’y a pas de débat socio-économique en Tunisie. Les Tunisiens ont peur de participer à la vie socio-économique et culturelle de leur pays, peur de prononcer un mot de trop sans mauvaise intention et de se retrouver derrière les barreaux pour cinq, dix, vingt ou même cinquante ans.
masquer un taux de chômage qui s’élève à 16 %, voire 20 %, si l’on tient compte des non-inscrits aux bureaux de travail.
jamel.tazarki
A) Un « mariage de deux pauvres »!
a1) Contrairement à l’idée que le privé pourrait éponger les dettes du public, les deux caisses affichent des déficits alarmants :
– CNRPS (Public) : Son déficit devrait atteindre 1,13 milliard de dinars en 2025. Elle souffre d’un déséquilibre démographique critique : moins de deux cotisants pour un retraité, alors qu’il en faudrait trois pour atteindre l’équilibre.
– CNSS (Privé) : Son déficit est encore plus profond, avec plus de 1,4 milliard de dinars attendus en 2025. Le secteur privé est massivement touché par le chômage et le travail informel, ce qui limite les cotisations.
B) Les arguments en faveur de l’unification
Certains experts préconisent la création d’une Caisse unique de retraite (souvent appelée « Caisse de Pension »). Les avantages espérés seraient :
– Optimisation des coûts : Réduction des frais de gestion administrative et unification des systèmes d’information.
-ä Solidarité nationale : Mettre fin à la séparation entre régimes pour une meilleure péréquation des ressources à l’échelle de tout le pays.
– Transparence vis-à-vis de la CNAM : Actuellement, la CNSS et la CNRPS « siphonnent » les liquidités de la CNAM (Assurance Maladie) pour payer les pensions de retraite, créant une crise de paiement auprès des pharmaciens et hôpitaux. Une caisse unique pourrait clarifier ces transferts.
B) Pourquoi cela ne suffirait pas seul ?
b1) La fusion n’est pas une solution miracle si elle n’est pas accompagnée de réformes de fond :
b2) Le problème du recouvrement : Le déficit global combiné dépassera les 2,5 milliards de dinars en 2025. Fusionner deux entités déficitaires ne crée pas de nouvelles recettes.
b3) Le poids de l’informel : Tant que le secteur privé tunisien compte une part importante de travail non déclaré, la base de cotisants restera trop faible pour soutenir les retraités, qu’ils soient du public ou du privé.
b4) La parafiscalité : Des pistes sont évoquées pour que les entreprises paient directement leurs cotisations à la CNAM ou pour introduire de nouvelles taxes (TVA sociale) afin de diversifier les sources de financement au-delà des seuls salaires.
Fazit: l’unification pourrait améliorer la gestion administrative, mais elle ne résoudra le problème de financement de la CNRPS que si l’État parvient parallèlement à réintégrer le secteur informel et à réduire le chômage pour élargir la base des cotisants.
jamel.tazarki
C) Le chômage est le « péché originel » qui assèche les caisses. Sans cotisants, même la meilleure organisation administrative ne peut pas inventer d’argent:
c1) Le chômage (environ 16 % au niveau national fin 2025, mais bien plus élevé chez les diplômés) crée un manque à gagner colossal pour la CNSS et la CNRPS.
c1.1) Le cercle vicieux : Moins d’emplois signifie moins de cotisations. Pour compenser, l’État a dû instaurer dans la Loi de Finances 2026 de nouvelles taxes (redevances sur les bénéfices des banques à 4 %, sur le tabac, et même sur les tickets de caisse des grands magasins) pour tenter de renflouer les caisses sans augmenter les charges sur les salaires déjà fragiles.
c1.1) Lutte contre l’informel : Le chômage pousse aussi vers le secteur informel (environ 40 % de l’économie), où personne ne cotise. Le gouvernement tente de réintégrer ces travailleurs via des amnisties sociales ou des incitations à l’auto-entrepreneuriat prévues pour 2026
c2) 2. Impact critique sur la santé (CNAM), en effet le chômage tue le financement de la santé. Bien que la CNAM affiche un excédent théorique (+760 millions de dinars prévus en 2025), elle est en crise de liquidité réelle.
c2.1) Pourquoi ? Parce que ses fonds servent à payer les retraites des caisses déficitaires (CNRPS/CNSS). Résultat : les délais de remboursement pour les assurés sont passés de 21 jours à parfois plus de 6 mois.
c2.2) Conséquence pour le citoyen : Le chômage réduit le pouvoir d’achat, et les retards de la CNAM obligent les Tunisiens à payer de leur poche (23 % du budget familial moyen est désormais consacré à la santé), créant une barrière d’accès aux soins pour les plus fragiles
c3) Les dispositifs d’aide au chômage (IPE et Fonds 2025). Le système tente de s’adapter, mais le volume de chômeurs rend la tâche titanesque :
c3.1) Nouveau Fonds d’Assurance Chômage (2025) : La Tunisie a validé la création d’un fonds dédié aux travailleurs licenciés pour raisons économiques. Il est financé par une cotisation de 0,5 % sur les salaires et une taxe sur les jeux et le tabac.
c3.2) Incitation à l’embauche 2026 : Pour casser la dynamique du chômage, l’État prendra en charge 100 % des cotisations patronales (CNSS) la première année pour tout recrutement de jeune diplômé dès le 1er janvier 2026
c4) En synthèse : Le chômage est le moteur du déficit. Sans une reprise de la croissance (prévue à seulement 2,1 % en 2026) et une création d’emplois formels, les taxes sur les banques ou le tabac ne seront que des « pansements » sur une plaie ouverte.
jamel.tazarki
D) Incitation à l’emploi : Exonération pour les jeunes diplômés.
d1) le chômage est le moteur du déficit des caisses sociales. La Loi de Finances 2026 en Tunisie tente d’agir sur deux fronts : trouver de l’argent là où il y en a (taxes) et inciter les entreprises à embaucher pour recréer une base de cotisants.
d2) Pour encourager le recrutement dans le secteur privé et réduire le chômage des diplômés du supérieur, l’État a instauré un mécanisme de prise en charge dégressive des cotisations patronales à la CNSS sur 5 ans
d2.2) Le principe : Pour tout nouveau recrutement d’un diplômé de l’enseignement supérieur à partir du 1er janvier 2026, l’État paie la part patronale à la place de l’entreprise selon ce barème :
Année 1 : 100 % de prise en charge par l’État.
Année 2 : 80 %.
Année 3 : 60 %.
Année 4 : 40 %.
Année 5 : 20 %.
– Conditions : Le dispositif concerne les nouveaux recrutements effectués dans le secteur privé par les entreprises soumises au Code de la Sécurité Sociale. L’objectif est de rendre le coût d’un jeune cadre quasi nul en charges sociales la première année pour l’employeur
E) Nouvelles taxes 2026 : Renflouer les caisses sociales. Face à l’urgence, le gouvernement a diversifié les sources de financement pour ne plus dépendre uniquement des salaires:
e1) Secteur financier et grandes entreprises :
– e1,1) Banques et Assurances : Instauration d’une contribution de 4 % sur les bénéfices (avec un minimum de 10 000 dinars) pour soutenir les caisses sociales.
– e1,2) Impôt sur les sociétés : Une contribution sociale de 3 % sur les bénéfices des entreprises pour l’année 2026.
e2) Consommation et services :
– e2.1) Redevance sur les achats : Une taxe de 1,5 dinar sur les factures d’achat supérieures à 50 dinars dans les grandes surfaces, et 2 dinars au-delà de 100 dinars.
– e2.2) Téléphonie : Une taxe de 100 millimes sur chaque recharge téléphonique de 5 dinars ou plus.
– e2.3) Tabac et Jeux : Renforcement des taxes sur les cigarettes et les concours pour alimenter les fonds de protection sociale.
e3) Patrimoine et Immobilier :
e3,1) Droit d’enregistrement : Le droit fixe sur les dons immobiliers entre époux ou parents passe de 100 à 200 dinars, dont 50 % sont reversés directement aux caisses sociales.
e3.2) Contribution Sociale Solidaire (CSS) : Maintenue avec une retenue de 0,5 % sur les salaires des personnes physiques pour l’année 2026
Fazit: Ces mesures montrent que l’État cherche désespérément à compenser le manque à gagner dû au chômage par une taxation de la consommation et des secteurs les plus rentables (banques, télécoms)!
F) Rappel historique:
f1) En 1956, la Tunisie comptait 3,3 millions d’habitants ; en 2022, elle compte 11 à 13 millions d’habitants, et d’après mes calculs statistiques, la Tunisie aura 28 millions d’habitants en 2045. Où allons-nous, et quelles seront les conséquences pour l’environnement ?
f2) – La récolte céréalière tunisienne n’a pas cessé d’augmenter, mais la quantité de grain par Tunisien n’a pas cessé de se réduire, à cause de la poussée démographique. Un grand pourcentage de l’accroissement annuel du revenu national est absorbé par l’accroissement de la population, ce qui absorbe une grande partie de nos fonds et freine le développement économique et social.
f3) L’équilibre à long terme entre croissance démographique et approvisionnement alimentaire est Indispensable. Il faut s’attendre à ce que le taux annuel de croissance de la production alimentaire par habitant en Tunisie continue de baisser.
f4) La croissance démographique doit diminuer afin de stabiliser la population tunisienne autour de 10 millions d’habitants. En effet, à un état stationnaire de la productivité, il nous faut aussi un état stationnaire de la croissance démographique
jamel.tazarki
G) La croissance démographique
g1) Le « Piège Malthusien » et la sécurité alimentaire
g1.1) la Tunisie produit environ 15 à 20 millions de quintaux de céréales les bonnes années, mais ses besoins dépassent les 30 millions.
g1.2) Conséquence : Avec une population en croissance continue (même si elle en ralentissement) la dépendance aux importations deviendrait totale. Dans un marché mondial instable, cela menacerait directement la souveraineté nationale.
g1.3) Frein au développement l’État dépense énormément dans la Caisse de Compensation pour subventionner le pain et l’huile. Plus il y a de bouches à nourrir, plus ce budget « consommation » empêche le budget « investissement » (écoles, hôpitaux, usines)
g2) Conséquences environnementales : Le stress hydrique, C’est le point le plus critique pour la Tunisie d’ici 2040.
g2.1) Pénurie d’eau : La Tunisie est déjà sous le seuil de pauvreté hydrique (moins de 400 m³ par habitant/an). À 28 millions, ce chiffre tomberait à un niveau de pénurie absolue.
g2.2) Dégradation des sols : L’urbanisation sauvage pour loger cette population grignoterait les terres agricoles fertiles (le littoral et le Nord), réduisant encore la capacité de production locale.
Fazit: Ainsi se pose une question fondamentale : celle de la capacité de charge d’un territoire aux ressources limitées comme la Tunisie. Si mes projections à 28 millions d’habitants se réalisaient, la Tunisie ferait face à un basculement systémique.
H) L’État stationnaire : Un défi sociétal
Je discute encore le point « f4 » ci-dessus: « La croissance démographique doit diminuer afin de stabiliser la population tunisienne autour de 10 millions d’habitants. »
–>
h1) L’idée de stabiliser la population autour de 10 millions (état stationnaire) est une théorie économique classique (Stuart Mill) pour préserver la qualité de vie. Cependant, la Tunisie vit une situation particulière :
h1.1) Transition démographique réelle : Les données de l’INS montrent toutefois une baisse de la fécondité, avec une moyenne de 1,7 à 2 enfants par femme en 2024. Or, la population tunisienne est encore en croissance, même si elle est relativement lente. Il est en effet mathématiquement absurde de prétendre que la fécondité est inférieure à deux enfants par famille, alors que la population tunisienne est encore en croissance, même si celle-ci est relativement lente. De plus, mesurer la croissance démographique à partir de la fécondité par femme est trop approximatif.
I) La Tunisie se trouve dans une impasse socio-économique et étouffe dans une dictature qui démoralise l’initiative privée.
i1) c’est ce que de nombreux observateurs appellent la « dormance économique » de la Tunisie en 2026. Le sentiment d’étouffement est alimenté par un paradoxe : alors que certains indicateurs macroéconomiques semblent se stabiliser, le climat politique et la liberté d’entreprendre se dégradent, pénalisant l’investissement privé.
La suite est pour ce soir, dont voici les thèmes :
– 1. Un climat de liberté économique « réprimé.
– 2. Le décrochage de l’investissement privé
– 3. Pression fiscale et « Poly-crise »
– 4. Quel espoir pour l’initiative privée ?
– 5. L’Agriculture : Entre résilience et urgence climatique
– 6. Le Numérique : Levier de modernisation bridé
– 7. L’Industrie : Vers une montée en gamme forcée
– 8 Le déblocage politique : Le catalyseur de confiance
– 9 La révolution agricole : Une urgence de survie
– 10 L’intégration de l’informel : Le salut de la protection sociale
– 11 L’indépendance de la statistique
– 12 Le défi humain : La « fuite des cerveaux » technologiques
– Le secteur privé comme « vache à lait »
Mhammed Ben Hassine
Fusionner deux entités défaillante structurellement cré une autre plus défaillante,
Ça la politique envers ses 2 entités sera la même pour le nouveau née
Rationnel
Cet article traite d’un vrai problème, le déficit structurel de nos caisses sociales, mais passe complètement à côté de la cause racine.
Fusionner la CNSS et la CNRPS, c’est réarranger les chaises sur le Titanic. Le vrai débat, celui qu’on refuse de tenir, c’est démographique : selon les statistiques de l’INS, le taux de fécondité tunisien tombera en dessous de 1 en 2026 (voir le dernier bulleting de l’INS: https://www.ins.tn/en/publication/statistics-monthly-bulletin-october-2025) . La Tunisie a enregistré l’une des baisses les plus rapides au monde, plus rapide que le Japon et la Coree du Sud, plus rapide que l’Europe du Sud.
Or tout système de retraite par répartition repose sur un postulat simple : les actifs d’aujourd’hui financent les retraités d’aujourd’hui. Avec un taux de fécondité inférieur à 1, ce postulat s’effondre mathématiquement. Aucune unification institutionnelle, aucun identifiant social unique, aucune IA actuarielle ne peut compenser l’absence de générations futures.
Le ratio de dépendance actuel, 2 actifs pour 1 retraité, est déjà critique. Dans 20 ans, avec une fécondité en dessous du seuil de renouvellement depuis une décennie, ce ratio deviendra intenable. Le même raisonnement vaut pour l’assurance maladie universelle : pas de cotisants jeunes, pas de système.
La question existentielle, comment une société qui cesse de se reproduire finance-t-elle sa vieillesse? n’est même pas posée.