La Ligue tunisienne des droits de l’Homme a fermement condamné les déclarations du député Tarek Mehdi lors de la séance plénière tenue lundi 13 avril 2026 à l’Assemblée des représentants du peuple, les qualifiant de « racistes, sexistes et contraires à la dignité des femmes ».
Dans son communiqué, l’organisation estime que ces propos ne relèvent pas d’un simple dérapage verbal, mais traduisent une « mentalité discriminatoire » susceptible, selon elle, de banaliser les violences sexuelles en les reliant à des critères liés à l’apparence ou à l’origine des victimes.
Elle dénonce également un discours visant les migrants originaires d’Afrique subsaharienne, estimant qu’il alimente des logiques de haine et de discrimination, en contradiction avec la Constitution et les engagements internationaux de la Tunisie.
La Ligue rappelle que ces déclarations pourraient relever de la loi organique n°50 de 2018 relative à la lutte contre la discrimination raciale et de la loi organique n°58 de 2017 sur l’élimination des violences faites aux femmes, y compris les violences symboliques et les discours de justification.
Elle appelle à des excuses publiques du député concerné et exhorte le Parlement à assumer ses responsabilités en prenant des mesures fermes pour prévenir toute dérive similaire au sein de l’institution.
L’organisation exprime par ailleurs sa solidarité avec les femmes migrantes originaires d’Afrique subsaharienne ainsi qu’avec toutes les victimes de violences basées sur le genre, réaffirmant son rejet de toute forme de discrimination.
Réactions au sein du Parlement
Ces déclarations ont suscité une réaction immédiate au sein même de l’Assemblée. Le député et président de la Commission des droits et des libertés, Thabet El Abed, a dénoncé un « précédent grave », estimant que les propos incriminés comportent implicitement des justifications à des crimes de viol sur fond de discours racistes « flagrants ».
Dans une publication sur sa page personnelle, il a affirmé que la Commission ne resterait pas silencieuse face à cette dérive du discours public et qu’elle examinerait les mécanismes juridiques disponibles pour y répondre, dans le respect de la Constitution et de la loi.
Selon lui, ces propos ne relèvent ni de la liberté d’expression ni du débat politique, mais constituent une atteinte directe à la dignité des victimes. Il estime qu’ils minimisent la gravité des violences sexuelles et introduisent des justifications fondées sur des critères raciaux.
Il a également dénoncé la logique selon laquelle certaines femmes pourraient être exclues du champ des violences sexuelles en raison de leur apparence ou de leur origine, qualifiant cette approche de profondément discriminatoire.
Une polémique déclenchée en séance plénière
Les propos controversés ont été tenus par le député Tarek Mehdi lors de son intervention à la suite de la réponse du ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, sur la gestion de l’afflux de migrants subsahariens.
Réagissant aux accusations de violences, notamment de viols visant des migrantes subsahariennes évoquées durant la séance, le député a déclaré : « Ces gens-là doivent partir coûte que coûte. Toutes les lignes rouges ont été dépassées », ajoutant : « Qu’une Africaine soit violée, cela ne peut pas arriver. En Tunisie, on a la beauté. Nous ne manquons de rien. Nous avons tout ».
R.B.H










