Par Mohamed Salah Ben Ammar
Quiconque a posé le pied au Liban le sait et ne peut plus feindre de l’ignorer. On n’y passe pas. On s’y attache. Malgré soi. Contre toute raison.
Il y a, à Beyrouth, quelque chose d’indéfinissable. Une douceur de vivre qui frôle l’insolence. Une manière presque irrévérencieuse de défier le chaos par la vie. Là où d’autres villes plient, Beyrouth s’étire, bâille, rit trop fort, veille trop tard. Elle donne l’illusion que rien n’est jamais tout à fait grave jusqu’au moment où tout le devient.
On y tombe amoureux sans prévenir.
De la mer, vaste échappée qui borde la ville comme une promesse jamais tenue.
De la montagne, immobile et souveraine, comme si elle pouvait, à elle seule, contenir les débordements de l’histoire.
De ces villages suspendus dans le temps, où chaque pierre semble porter une mémoire que l’on n’ose ni effacer ni réparer.
Et puis il y a les Libanais.
Leur élégance parfois excessive, souvent désarmante. Leur goût du paraître, si souvent moqué : ces “m’as-tu vu”, ces démonstrations ostensibles de réussite, presque provocantes. Comme un défi lancé au destin. Comme si exhiber le luxe, la fête, l’abondance, c’était refuser d’être assigné à la guerre, à la crise, à la survie.
Oui, cela peut irriter.
Mais au fond, cela bouleverse.
Car derrière cette mise en scène, il y a une faille. Une fragilité nue. Une phrase muette répétée à l’infini : nous sommes encore là. Une manière obstinée de rester debout quand tout conspire à vous faire tomber.
Le Liban est ainsi : paradoxal, excessif, parfois épuisant. Une société figée et mouvante à la fois. Sclérosée dans ses structures, mais vibrante dans ses élans. Un pays toujours au bord de quelque chose du gouffre ou du miracle, souvent des deux à la fois.
Et c’est précisément pour cela qu’on l’aime.
On le quitte toujours avec un pincement. Avec cette sensation étrange de laisser derrière soi plus qu’un lieu presque une part de soi-même. On se promet d’y revenir. Pas par politesse. Par nécessité intime.
Parce que le Liban ne se visite pas.
Il vous habite.
Et peut-être est-ce là, au fond, sa tragédie la plus cruelle aujourd’hui : continuer d’être aimé avec une telle intensité, alors même qu’il est sans cesse meurtri, traversé, dépossédé.
Le Liban martyr.
Le Liban profané.
Mais, envers et contre tout,
le Liban toujours debout.
BIO EXPRESS
Mohamed Salah Ben Ammar est un médecin et universitaire tunisien, ancien ministre de la Santé en 2014
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.











5 commentaires
Salah tataouine
Mon Hommage à Fayrouz et au Liban
La voix de Fayrouz s’élève dans le désert, et chaque mot de cette chanson est une Pierre de la Muraille.
« Je t’aime, ô Liban, ma patrie, je t’aime… Ton Nord, ton Sud, ta plaine, je t’aime. »
Je m’incline devant cette Dame. Fayrouz n’est pas une chanteuse. Elle est la Voix du POC Immuable d’un peuple. Elle chante l’amour absolu, celui qui ne pose pas de conditions. Celui qui dit : « Je t’aime dans ta pauvreté, je t’aime dans ta gloire. »
Je l’ai vue, un soir de 1979, à l’Olympia de Paris. J’étais ce jeune homme perdu, débarqué du désert, sans repère parmi ces dames et ces messieurs habillés comme à la télé. Je ne comprenais pas grand-chose aux codes de la ville des lumières. Mais quand elle a ouvert la bouche, j’ai compris tout. Elle chantait la Racine. Elle chantait ma mère, mon père à la fenêtre, les ruelles de Tyr et les oliviers de Nabatiyeh. Dans cette salle parisienne, j’étais chez moi. Elle a fait de mon exil un Retour.
Elle a chanté :
« Le monde redevient mensonge, et la couronne de la terre n’est que poussière. »
C’est la définition même de la Value face au Prix. Les honneurs, les richesses, les Dubai 5 étoiles sont des mensonges éphémères. Seule la Terre, la Racine, est vraie. Ce soir-là, à l’Olympia, je l’ai su pour toujours.
« Le Liban de la dignité et le peuple tenace. »
C’est le Support Hebdomadaire qui ne casse jamais. Même bombardé, même ruiné, le peuple est Debout. C’est le Sniff & Reject ultime face au destin.
Fayrouz a traduit l’âme du Liban en musique. Moi, le Gardien, j’essaie de traduire la Value du marché en règles. Nous deux, nous sommes des Passeurs. Nous prenons l’invisible — l’amour, la peur, l’enchère — et nous lui donnons une forme que le monde peut entendre.
Salah, le Trappeur sans Bac.
Témoin de l’Olympia, 1979. Fidèle à la Racine, fidèle à la Voix.
Salah tataouine
Et puisque nous parlons de Value et de Prix, permettez-moi cet ajout, en forme de pont entre les salles de marchés et les ruelles de Beyrouth.
Dans mon autre vie, je passe mes nuits à lire le NQ, le Nasdaq. Un désert froid où les algorithmes traquent les stops des petits porteurs. Là-bas, la seule chose qui compte, c’est la Value : là où le volume s’accumule, là où les mains fortes construisent leurs murailles invisibles.
Le Liban m’a appris que la Value d’un peuple fonctionne exactement de la même manière.
Les bombes, les crises, l’inflation… c’est le Prix qui s’effondre. Le bruit. Le spike baissier.
Mais l’âme, la culture, cette manière unique de défier le vide par un éclat de rire ou un livre posé sur un trottoir… c’est le POC. Immobile. Invisible aux graphiques. Mais terriblement solide.
Les marchés financiers ont une règle d’or : « On trade la Value, pas le Prix. »
Le peuple libanais l’applique sans le savoir. Il ne trade pas sa survie au prix du désespoir. Il la cale sur la Value de ses ancêtres, de ses poètes, de ses imprimeries.
Alors oui, le Liban est au bord du gouffre. Mais c’est un Support Hebdomadaire qui a tenu face aux Croisés, aux Ottomans et aux guerres civiles. Il tiendra. Parce que le POC de la Montagne Verte et de la Mer n’a jamais migré vers le bas.
Signé : Salah, le Trappeur sans Bac.
Salah tataouine
LIBAN : LA VALUE D’UN PEUPLE NE SE TRADE PAS
Ce matin, mes cousins rentrent chez eux. Après les nuits de bruit et de peur, le cessez-le-feu leur ouvre la route. Ils retrouvent la montagne verte, celle qui plonge dans la mer dans un même regard. Ils retrouvent l’odeur du thym et du pain chaud, le son des cloches et des minarets mêlés. Ils rentrent dans ce pays que l’on aime jusqu’à l’épuisement.
Le Liban est un POC immobile au milieu du chaos des prix. Tout s’effondre autour de lui, mais son centre de gravité ne bouge pas. La livre libanaise est passée de 1 500 à 85 000 pour un dollar. C’est le krach le plus violent de l’histoire moderne. On a volé l’épargne, on a éteint les lumières, on a fait exploser le port et les cœurs. Mais le peuple est toujours là. Debout. Traduisant tout, imprimant tout.
Je me souviens des trottoirs de Hamra ou d’Achrafieh. Des caisses de livres posées à même le sol. On y trouvait tout : la poésie arabe, les romans français, la philosophie allemande traduite en trois langues. Bayt al-Hikma n’était pas un musée, c’était chaque coin de rue. Un peuple ouvert qui avait compris que la seule richesse qui ne se dévalue pas, c’est l’esprit.
Alors oui, ils ont détruit la beauté. Parce qu’ils ne supportent pas ce qui brille sans leur permission. Ils ont pillé les banques et fracturé les écoles. Mais ils n’ont pas pu fermer les imprimeries de l’âme. Le Liban est ce Support Hebdomadaire que les marchés ne voient pas. Cassé en apparence, mais intact en profondeur.
Aujourd’hui, à 50 kilomètres de Damas, le village de Maaloula veille. On y parle encore la langue du Christ, cet araméen qui a traversé 4 000 ans sans jamais se rendre. Cette langue est le souffle même du Liban : ancien, blessé, mais vivant.
Que cette voix couvre la route de mes cousins. Que les oliviers soient encore debout. Et que le monde sache que la Value d’un peuple ne se mesure pas en dollars. Elle se mesure au nombre de livres sur les trottoirs, et au courage qu’il faut pour rentrer chez soi et recommencer.
Bienvenue chez vous. Le Liban est éternel, parce qu’il a déjà tout traduit de la douleur, et qu’il sait la transformer en poésie.
Salah, le Trappeur sans Bac.
Héritier de Tyr et de Carthage. Pilote de son cockpit intérieur. Élève de la Value, pas du Prix.
Celui qui boit l’eau de source et mange les fruits du potager bio. Celui qui a offert un manuel de vol à son fils, sans jamais avoir passé le diplôme.
Le Libanané mezballah, le Liban bullchiité, mais le Liban bientôt libéré...
Libéré par lui-même, libéré par son peuple, avec le concours des conciences indéboussolables et des circonstances à point nommé heureuse destinée , avec l’appui et le concours des peuples frêres de la région tout entière, du Levant CHAMpion qui se bat, de l’unique et seul CHAMoiré, du vrai Cham, du Cham éternel garantie sans puanteur de tréfond Mezballah tout Qôm sans nasrsatanerie libanicidaires et satanyahurissement enragé rabi(ni)que suprémaciste expansioniste.
Mhammed Ben Hassine
Tant que le corps libanais est colonisé par corps étranges voire virale il n’a aucune chance de s’en sortir.
Une idée folle tant que le Liban ne peut se débarrasser de se corps étranger il n’a qu’à se retirer et abandonne le sud qu’il assume seul son engagement de resistance