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Le jour où viol et racisme ont siégé ensemble

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Par Synda Tajine

    « Une Africaine ne peut pas être violée. Cela ne peut pas arriver. En Tunisie, nous avons la beauté, nous ne manquons de rien. »

    Une scène d’un autre temps

    Hier, dans l’enceinte de ceux censés représenter le peuple, le député Tarak Mahdi a dérapé de la pseudo-esthétique à la négation d’un crime. Sans trembler, l’élu de Sfax a déroulé son plaidoyer habituel pour l’évacuation des migrants subsahariens, glissant au passage cette phrase que personne n’a jugé utile d’interrompre.

    Ni la salle, ni ses collègues n’ont semblé troublés. Quelques sourires, à peine retenus. Pas de rupture. Pas de seuil franchi. Comme si le seuil avait déjà été déplacé.

    Une phrase ordinaire, au fond. De celles qu’on prononce sans réfléchir, sans même soupçonner ce qu’elles charrient. En quelques mots, on bascule d’un fait — un crime — à une sélection — une victime qui ne remplirait pas les critères pour en être une.

    Quand dire devient un crime

    Ce type de propos ne choque plus lorsqu’il se présente comme une évidence. Il aura fallu que médias et réseaux sociaux s’en emparent pour que l’indignation émerge, et que le Parlement découvre, avec un léger temps de retard, qu’il n’est peut-être pas tout à fait acceptable de suggérer qu’une femme mérite, ou non, d’être violée en fonction de son apparence ou de sa couleur de peau.

    Au même moment, Sonia Dahmani, avocate et chroniqueuse, était condamnée en appel à un an et demi de prison pour avoir affirmé que le racisme existe encore en Tunisie. Le décret 54 s’est chargé du reste, la renvoyant en prison après des mois d’un calvaire déjà bien lourd. « Fausses informations », tranche-t-on, comme on referme un dossier encombrant.

    Dire que le racisme existe devient une infraction. Le pratiquer, en revanche, ne l’a jamais été.

    Une mécanique bien rodée

    Les propos racistes ne sont pas nouveaux. Les appels à la stérilisation des migrantes avaient déjà circulé sans provoquer de rupture. Mais cette fois, quelque chose s’additionne. Le racisme ne se contente plus d’être exprimé. Il se combine à une culture du viol, assumée, formulée par un élu, au cœur même du Parlement.

    Et pourtant, rien d’exceptionnel dans cette sortie. Elle ne fait que reprendre une logique largement répandue : celle qui lie le viol au désir, à une prétendue valeur esthétique, plutôt qu’à ce qu’il est — un acte de domination et de violence. Une logique qui déplace la responsabilité, interroge la victime, et finit par absoudre l’agresseur. Partout, contre toutes les femmes, quels que soient leur apparence, leur situation ou les accusations qu’on fabrique après coup pour expliquer l’injustifiable. « Qu’avez-vous fait pour le provoquer ? Ne l’avez-vous pas bien cherché au fond ? ».

    Mais le propos ne s’arrête pas là. « En Tunisie, nous avons la beauté. » Sous-entendu que « ces autres » ne l’auraient pas. Les femmes subsahariennes sont ainsi reléguées à une humanité inférieure, inscrites dans une hiérarchie implicite où certaines mériteraient protection, et d’autres non. Ceci n’est plus un dérapage. C’est une construction.

    Une construction qui n’est pas sans rappeler les tristement célèbres propos présidentiels sur un prétendu complot de remplacement démographique. Même logique, même obsession, même besoin de désigner un « autre » à exclure, à rabaisser, à craindre.

    Le symptôme, pas l’exception

    Les excuses sont venues, timides, tardives, mécaniques de la part du député et de sa consœur, au sourire approbateur. « Si mes propos ont heurté… ». Ce « si » qui dit tout. Rien n’est vraiment remis en question. On s’excuse pour la réaction, pas pour ce qui a été dit.

    Dans tout cela, les premières concernées disparaissent. Ces femmes subsahariennes, étudiantes, travailleuses, parfois sans statut, souvent précaires, exposées à une double vulnérabilité. Femmes, et perçues comme étrangères et noires. Une situation qui les rend plus exposées aux violences, et plus éloignées encore de toute possibilité de recours à cause de la peur, de l’isolement, des barrières administratives et d’une méfiance plus que justifiée.

    Ce qui a été dit ne parle pas d’elles. Cela parle de nous.

    D’une société où la dignité devient conditionnelle. Où certains droits se discutent encore. Où nommer le racisme est puni, mais où l’exprimer peut encore faire sourire. Où on se gargarise des droits des femmes, mais on justifie encore leur viol.

    Ce n’est pas un dérapage. C’est un symptôme.

    Et comme tous les symptômes, il dérange moins que le diagnostic.

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    4 commentaires

    1. Gg

      Répondre
      16 avril 2026 | 20h50

      C’est curieux, je ne comprends pas sa phrase comme il est dit dans les articles.
      Il a dit:
      « Une Africaine ne peut pas être violée. Cela ne peut pas arriver »
      N’est il pas tout simplement incrédule?
      Et:
      « En Tunisie, nous avons la beauté, nous ne manquons de rien »
      Il n’a pas dit que les africaines ou les tunisiennes seraient les unes plus b belles ou désirables que les autres du fait de leurs origines, mais qu’en tunisie on ne manque pas de belles femmes désirables.

      Je suis peut etre naïf, mais je ne vois pas de racisme dans ses propos, juste une forme de machisme ordinaire.

    2. Hannibal

      Répondre
      14 avril 2026 | 20h22

      Le vrai zoo n’est pas au Belvédère mais au Bardo.
      La visite se fait avec un pot pour gerber.
      A quand une piscine infestée de 🐊 au Bardo?
      On l’appellera CroKS.

      • Mhammed Ben Hassine

        Répondre
        15 avril 2026 | 15h51

        La politique de deux poids deux mesures appliquée par les occidentaux condamnée par les pays sous développés et c’est leur droit mais le comble c’est ses pays non développés non civilisés la pratique avec joie

    3. zaghouan2040

      Répondre
      14 avril 2026 | 19h40

      Le diagnostic est sans appel: la civilisation est train de larguer la Tunisie au déshonneur collectif et aux oubliettes

    Répondre

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