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Affaire Zeghidi : l’image de la Tunisie se dégrade à l’international

Capture d'écran de Marianne

Par Maya Bouallégui

Pendant que certains pays font la une des médias internationaux parce qu’un de leurs chercheurs décroche un prix Nobel, qu’un de leurs athlètes monte sur un podium olympique, qu’un ingénieur lance une innovation majeure ou qu’un artiste triomphe dans un festival international, la Tunisie, elle, continue de se retrouver dans la presse étrangère pour des raisons infiniment moins glorieuses : l’emprisonnement de ses journalistes.

Cette semaine encore, son nom a circulé dans plusieurs grands médias internationaux à propos du procès en appel de Mourad Zeghidi, devenu malgré lui le symbole d’un pays dont l’image se ternit à mesure que se durcit la politique répressive du régime.

Le contraste est cruel, et il dit beaucoup de l’état du pays. Avant la révolution de 2011, la Tunisie de Ben Ali faisait régulièrement parler d’elle à l’étranger pour ses atteintes à la liberté d’expression, ses opposants emprisonnés, ses journalistes muselés. Quinze ans après cette révolution née justement pour rompre avec cet ordre-là, le pays se retrouve une nouvelle fois cité dans la presse internationale pour les mêmes raisons. Non pour ses réussites, non pour ses talents, non pour ses enfants qui innovent ou brillent, mais pour un procès devenu le symbole d’une politique répressive qui ternit gravement son image.

L’affaire Mourad Zeghidi n’est plus seulement une affaire tunisienne. En quelques jours, elle a fait l’objet d’une couverture remarquée dans plusieurs grands médias étrangers, chacun décrivant, à sa manière, la même réalité : celle d’un pays redevenu préoccupant pour la liberté de la presse.

BFMTV-RMC : l’affaire tunisienne sort du cercle militant

Dans son article du mardi 14 avril 2026, consacré à l’ouverture du procès en appel, BFMTV-RMC raconte la détresse de la famille Zeghidi face à une condamnation prolongée. Le média insiste sur le sentiment d’incompréhension autour d’un dossier perçu comme vide sur le fond, et montre une Tunisie où un journaliste peut être maintenu en prison dans des circonstances largement dénoncées comme politiques.

Marianne :le symbole d’un autoritarisme assumé

Pour l’hebdomadaire de droite Marianne, dans son édition d’aujourd’hui, mercredi, l’incarcération de Mourad Zeghidi dépasse largement le cas individuel. Le magazine en fait le symptôme d’un durcissement autoritaire du régime tunisien. La Tunisie n’y apparaît plus comme la jeune démocratie issue du printemps arabe, mais comme un pays qui renoue avec les réflexes de répression qu’on croyait révolus.

L’Humanité : emprisonné pour avoir fait son métier

Lundi dernier, le journal de gauche, L’Humanité, présente Zeghidi comme un journaliste puni pour avoir exercé sa profession. L’article souligne le fossé entre l’espérance démocratique née en 2011 et la réalité actuelle d’un système où la parole critique expose à la prison.

Ouest-France : une affaire devenue nationale en France

Quand Ouest-France, l’un des quotidiens les plus lus de France, s’empare de l’affaire, cela signifie que celle-ci a dépassé le cadre des ONG et des spécialistes des droits humains. Hier, mardi, le journal replace le procès dans le contexte général du recul des libertés publiques en Tunisie, contribuant à installer durablement cette image négative dans l’opinion française.

So Foot : du football européen à la prison tunisienne

Le papier de So Foot frappe par sa dimension symbolique. Mourad Zeghidi y est rappelé comme l’ancienne voix de la Serie A sur Canal+, connue des amateurs de football francophones. Voir cette figure familière associée aujourd’hui à une affaire de prison politique donne à la Tunisie une visibilité internationale particulièrement embarrassante.

L’Équipe :une condamnation qui devient un signal politique

Dans L’Équipe, le traitement est tout aussi sévère. Le quotidien sportif le plus lu en France, évoque explicitement la radicalisation du pouvoir tunisien contre la liberté d’expression. Lorsqu’un journal sportif de référence en vient à parler de la Tunisie sous cet angle, c’est que le dommage réputationnel est déjà profond.

RSF et FIJ : le dossier tunisien devient un cas d’école

Cette semaine également, Reporters sans frontières a diffusé un reportage poignant donnant la parole aux filles de Mourad Zeghidi, tout en rappelant que son cas est indissociable de celui de Borhen Bssais, son confrère également poursuivi et emprisonné dans la même affaire. La Fédération internationale des journalistes, aux côtés du Syndicat national des journalistes tunisiens, a elle aussi renouvelé son appel à la libération immédiate des deux journalistes. Ce double rappel, venant des principales organisations internationales de défense de la presse, consacre désormais Mourad Zeghidi et Borhen Bssaïs comme les visages les plus visibles de la répression actuelle contre les journalistes tunisiens, et inscrit leur dossier parmi les cas emblématiques de criminalisation du journalisme suivis bien au-delà des frontières du pays.

Une image nationale de nouveau abîmée

Ce qui se joue ici dépasse le cas d’un homme. Chaque article publié à Paris, Washington, Rome ou Bruxelles sur Mourad Zeghidi ou Borhen Bssaïs renvoie au monde une image dégradée de la Tunisie : celle d’un pays qui enferme ses journalistes au lieu de célébrer ses créateurs, ses chercheurs, ses artistes ou ses champions.

C’est cela, au fond, le plus inquiétant. Quinze ans après une révolution censée tourner la page de la peur, la Tunisie recommence à être connue à l’étranger pour ce qu’elle croyait avoir laissé derrière elle : la répression, les procès politiques et les journalistes emprisonnés. Et cette régression-là coûte cher — non seulement aux victimes directes, mais à la réputation entière du pays.

M.B.

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