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64 milliards de consommation par mois : l’intox virale qui attise la haine contre les migrants en Tunisie

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Une publication largement relayée sur les réseaux sociaux affirme : « Imaginez 64 milliards de consommation des Africains en produits subventionnés chaque mois : lait, pain, huile… alors que c’est à l’origine le droit du pauvre et du nécessiteux. »

Présentée comme une évidence chiffrée, la formule a rapidement enflammé les commentaires, nourrissant colère et indignation. Dans son sillage, certains internautes accusent ouvertement les migrants subsahariens d’être responsables de la pression sur les produits de base et, plus largement, du déséquilibre des finances publiques.

Pourtant, derrière l’effet d’annonce, l’affirmation ne repose sur aucun fondement.

Aucune donnée officielle ne vient corroborer l’existence d’une prétendue « consommation mensuelle de 64 milliards » de produits subventionnés attribuée aux migrants. Ni le ministère du Commerce, ni la Caisse générale de compensation, ni aucune institution publique ou indépendante n’ont jamais avancé un tel chiffre. La publication ne cite d’ailleurs aucune source, se contentant d’énoncer un montant spectaculaire sans la moindre preuve, un procédé typique des contenus trompeurs.

Au-delà de l’absence de source, le chiffre lui-même ne résiste pas à l’analyse. Évoquer des dizaines de milliards de dinars de consommation mensuelle supposerait une population extrêmement nombreuse, dotée d’un pouvoir d’achat conséquent et bénéficiant d’un accès stable et généralisé aux circuits de distribution. Une hypothèse en total décalage avec la réalité des migrants en situation précaire, dont les ressources sont le plus souvent limitées et irrégulières, et dont les conditions de vie ne permettent pas d’occuper une place significative dans la consommation globale de produits subventionnés.

Cette lecture occulte par ailleurs un fait essentiel : ces produits sont consommés quotidiennement par l’ensemble de la population tunisienne, des ménages aux professionnels, en passant par les commerces et les circuits de restauration. Faire porter la responsabilité des tensions sur ces produits à une minorité vulnérable relève d’un raccourci qui confine à la désignation d’un bouc émissaire.

D’autant que les difficultés du système de compensation ne datent pas d’aujourd’hui. Elles s’inscrivent dans un contexte bien documenté, marqué par l’inflation, la hausse des coûts d’importation, les déséquilibres budgétaires et les dysfonctionnements des circuits de distribution. Ces fragilités existaient bien avant que la présence de migrants subsahariens ne devienne plus visible dans certaines régions du pays.

La mécanique à l’œuvre dans cette publication est connue : un chiffre choc, asséné sans preuve, associé à une généralisation abusive, « les Africains », avant de déboucher sur une accusation directe. Le procédé vise moins à informer qu’à orienter la colère en construisant une cible.

Enfin, la formulation elle-même révèle une confusion troublante. En parlant des « Africains » comme d’un groupe extérieur, la publication occulte une évidence géographique et identitaire : la Tunisie est un pays africain, et les Tunisiens sont, eux aussi, des Africains.

🟠 Verdict : Trompeur
Le chiffre avancé est infondé et économiquement incohérent. Il est mobilisé pour alimenter un discours stigmatisant qui ne repose sur aucune donnée vérifiable.

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2 commentaires

  1. Mhammed Ben Hassine

    Répondre
    16 avril 2026 | 17h34

    64 milliards /mois
    [Ni le ministère du Commerce, ni la Caisse générale de compensation, ni aucune institution publique ou indépendante n’ont jamais avancé un tel chiffre]
    1. L’unique pays au monde qui ne sait pas compter sa propre monnaie.,don 64… de dinars ou millimes
    2. Impossible que les autorisés avance de chiffre :
    – ils nont pas le chiffres exacte ou approximatifs du nembre de nos frères afriquains donc impossible de chiffrer leurs consommations
    Donc frustration

  2. zaghouan2040

    Répondre
    16 avril 2026 | 17h17

    Delire de bougnouls
    Évidemment ils ne s’en rendent pas compte

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