Invité sur les ondes de la Radio nationale jeudi 16 avril 2026, Samir Khalfaoui, directeur des recherches économiques au ministère du Commerce, a livré une analyse détaillée des récentes perturbations observées sur les marchés, notamment la hausse des prix des légumes, des fruits et autres denrées alimentaires, notamment les volailles.
Pour expliquer ces perturbations, le responsable a évoqué une « période de creux structurel printanier », une phase transitoire bien connue du cycle agricole. Cette période se caractérise par une baisse temporaire de l’offre, durant laquelle la production saisonnière n’a pas encore pris le relais, contraignant le marché à dépendre essentiellement des cultures précoces, dites primeurs. Or, ces dernières présentent des coûts de production plus élevés, ce qui se répercute directement sur les prix.
Cette contraction de l’offre a mécaniquement entraîné une hausse des prix de la tomate et du piment notamment, accentuée par une demande soutenue.
L’intervenant a également insisté sur le rôle déterminant des conditions climatiques. L’année 2026 a été marquée par des épisodes météorologiques extrêmes — inondations, vagues de froid et chutes brutales de température — ayant affecté plusieurs zones de production. Ces aléas ont entravé la croissance des cultures, en particulier celles des primeurs, nécessitant des conditions climatiques spécifiques pour atteindre leur maturité. En conséquence, la production a enregistré un recul notable par rapport à la même période en 2025.
Les chiffres avancés par Samir Khalfaoui indiquent : une baisse de 12% des quantités globales approvisionnant les marchés de gros, des reculs de 8% pour les légumes, 23% pour les fruits et 13% pour les produits de la pêche.
Sur le terrain, les services du ministère ont intensifié les opérations de contrôle et de suivi, couvrant l’ensemble des maillons de la chaîne d’approvisionnement, du transport jusqu’aux marchés de gros. L’objectif étant de contenir les dérives spéculatives observées et d’éviter des hausses excessives des prix dont les niveaux restent, selon Samir Khalfaoui, préoccupants pour les consommateurs.
Un autre facteur aggravant réside dans les dysfonctionnements des circuits de distribution. D’après le responsable, une part importante des produits agricoles continue d’être écoulée en dehors des circuits légaux, via des intermédiaires non autorisés, ce qui perturbe la formation des prix et favorise les pratiques spéculatives. Il a rappelé que la réglementation en vigueur interdisait formellement la commercialisation des produits agricoles hors des espaces organisés, tels que les marchés de gros.
Concernant des produits spécifiques, la situation varie. Pour la tomate, les prix oscillent officiellement autour de 3,100 dinars au niveau du gros, mais peuvent atteindre entre 4,500 et 4,800 dinars en raison de ventes parallèles. Le piment connaît une évolution similaire, bien qu’une amélioration progressive de la production soit attendue. Quant aux agrumes, leur offre a reculé d’environ 12%, contribuant à la hausse des prix, tandis que les stocks de pommes, utilisés pour réguler le marché, sont désormais en nette diminution.
S’agissant des viandes blanches, Samir Khalfaoui a reconnu des perturbations survenues durant et après le mois de Ramadan, en raison d’une forte demande liée à la baisse de consommation des viandes rouges et du poisson. Des mesures ont été prises pour rétablir l’équilibre, notamment la fixation des marges bénéficiaires, la régulation des prix et l’autorisation d’importations ciblées de produits congelés en prévision de la saison estivale.
Les produits de base subventionnés — farine, semoule, sucre, lait — demeurent disponibles à des prix stables, malgré certaines tensions ponctuelles observées durant le Ramadan, notamment sur le sucre. Samir Khalfaoui a indiqué, dans ce sens, que le ministère avait renforcé l’approvisionnement afin d’éviter toute rupture.
À plus long terme, un programme de réforme ambitieux visant à digitaliser les circuits de distribution, depuis l’importation jusqu’à la vente au détail sera mis en place, selon le responsable. Cette initiative vise à renforcer la transparence, à mieux cibler les bénéficiaires des produits subventionnés et à limiter les détournements.
N.J










