Plusieurs annonces sponsorisées sur Facebook affirment proposer aux Tunisiens des prêts « sans intérêts », invitant les internautes à cliquer sur un lien pour bénéficier de cette opportunité présentée comme exceptionnelle. Rapidement, de nombreux Internautes se sont interrogés sur la possibilité réelle d’obtenir un crédit sans aucun intérêt, certains y voyant une alternative attrayante.

Après vérification, il apparaît que l’information n’est pas totalement fausse, mais qu’elle est souvent présentée de manière trompeuse ou incomplète sur les réseaux sociaux.
En effet, un communiqué officiel attribué au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle annonce l’ouverture des inscriptions à un programme d’intégration financière et économique destiné aux catégories vulnérables et à revenu limité. Selon ce communiqué, il s’agit de prêts sans intérêt, dont le montant ne dépasse pas 10.000 dinars par bénéficiaire, destinés à financer des activités dans différents domaines économiques.

Le texte précise également que ces prêts seraient remboursables sur une durée maximale de six ans, avec une année de grâce. L’inscription au programme, selon la même source, doit se faire exclusivement via une plateforme numérique dédiée, avec une période de dépôt fixée du lundi 13 avril 2026 à partir de 16h00 jusqu’au vendredi 15 mai 2026.
Ainsi, contrairement à certaines affirmations virales, il existe bel et bien une annonce liée à des prêts sans intérêts, mais dans un cadre très spécifique : un programme public ciblant des catégories précises, et non une offre générale ouverte à tous sans conditions.
Cependant, plusieurs publications circulant sur Facebook utilisent cette annonce officielle pour attirer des clics en insérant des liens qui ne renvoient pas toujours vers une plateforme gouvernementale authentique. Dans certains cas, ces liens mènent vers des sites inconnus ou des pages non officielles, ce qui alimente le risque de manipulation numérique et de détournement de l’information.
Il est important de rappeler qu’en Tunisie, les banques commerciales ne proposent pas, de manière générale, des crédits totalement gratuits, car leur fonctionnement repose sur la rémunération du prêt, soit par les intérêts, soit par d’autres mécanismes financiers. Lorsqu’un prêt sans intérêt existe, il est généralement lié à un programme public financé ou encadré par l’État, ou à des mécanismes d’appui à l’entrepreneuriat mis en place dans un cadre précis.
En réalité, le modèle économique des banques repose précisément sur le mécanisme des intérêts. Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle mobilise des ressources issues des dépôts de ses clients ou des marchés financiers. En contrepartie du risque pris et du service rendu, elle applique un taux d’intérêt qui constitue sa rémunération principale. Ce taux couvre plusieurs éléments notamment le coût de refinancement, le risque de non-remboursement, les charges de fonctionnement et la marge bénéficiaire. Un prêt totalement dépourvu d’intérêts, accordé de manière généralisée et sans conditions particulières, serait incompatible avec ce fonctionnement structurel.
Il existe certes des dispositifs spécifiques, comme des crédits subventionnés par l’État ou des mécanismes d’aide sociale, dans lesquels une partie des intérêts peut être prise en charge par les pouvoirs publics. Mais dans ces cas, le prêt n’est pas « sans intérêts » par nature, les intérêts sont compensés ou réduits grâce à un soutien budgétaire clairement encadré et annoncé officiellement.
Le cas des banques dites islamiques mérite également d’être précisé, car il est souvent invoqué pour justifier ces publications. En Tunisie, des établissements opèrent selon les principes de la finance islamique. Contrairement aux banques conventionnelles, elles ne pratiquent pas l’intérêt au sens classique du terme. Cependant, cela ne signifie pas que le financement est gratuit. Ces banques utilisent des mécanismes contractuels spécifiques, comme la mourabaha (vente avec marge bénéficiaire connue à l’avance) ou un crédit-bail, dans lesquels la banque achète un bien puis le revend au client avec une marge convenue. Cette marge constitue la rémunération de la banque. Le coût final pour le client existe donc bel et bien, même s’il ne prend pas la forme d’un taux d’intérêt traditionnel.
Les annonces virales promettant des « prêts sans intérêts » sans mention d’un établissement clairement identifié, sans conditions détaillées ni cadre légal précis correspondent davantage à des stratégies de captation de clics, connues sous le nom de « clickbait ». L’objectif principal est d’attirer un maximum d’internautes vers un lien externe, parfois pour collecter des données personnelles, pour générer des revenus publicitaires, voire pour alimenter des tentatives d’escroquerie.
Aucune banque tunisienne n’a lancé de programme généralisé de prêts sans intérêts tel que présenté dans ces annonces Facebook. Le fonctionnement même du système bancaire rend une telle offre improbable en dehors de dispositifs publics clairement encadrés.
R.A.












