Ce jeudi 16 avril 2026, les avocats de Sousse ont observé une grève générale, paralysant l’ensemble des juridictions de la région. Décidé par le Conseil de l’ordre lors de sa réunion du 7 avril, ce mouvement s’inscrit dans une contestation croissante face à ce que la profession qualifie de dégradation alarmante du service public de la justice.
Dès les premières heures de la matinée, les robes noires se sont rassemblées dans le hall du tribunal de première instance de Sousse 1, répondant à l’appel du président de la section régionale, Me Zouheir Belhaj Amor. Une mobilisation massive, marquée également par une manifestation organisée à 10 heures devant le même tribunal, témoignant de l’ampleur du malaise.

Au cœur des revendications : un déficit jugé « criant » en ressources humaines, tant au niveau des magistrats que du personnel administratif. Les avocats dénoncent une situation devenue, selon leurs termes, « insoutenable », où l’augmentation du volume des affaires – estimée à plus de 30% ces dernières années – contraste violemment avec la stagnation, voire la régression, des moyens alloués.
Dans un discours prononcé devant ses confrères, le président de la section n’a pas mâché ses mots. Il a décrit un appareil judiciaire « en péril », évoquant des conditions de travail « épuisantes » pour l’ensemble des acteurs du secteur, et des audiences qui se prolongent jusque tard dans la nuit, au détriment des droits les plus élémentaires des justiciables. « La justice, a-t-il insisté, n’est pas une affaire corporatiste. Elle concerne l’ensemble de la société et constitue le dernier rempart de l’État de droit. »
Le bâtonnier régional a également pointé du doigt l’absence de renouvellement des effectifs judiciaires dans la région, affirmant qu’aucun renfort significatif n’a été enregistré ces dernières années, malgré les besoins croissants. À cela s’ajoute le départ non compensé de nombreux greffiers, aggravant davantage les lenteurs administratives et les dysfonctionnements quotidiens.

Autre sujet de discorde majeur : le maintien du recours à la visioconférence dans les affaires pénales. Les avocats estiment que cette pratique porte atteinte aux garanties d’un procès équitable, notamment en limitant l’interaction directe entre l’accusé, son avocat et le juge. « La présence physique demeure une condition essentielle à l’exercice des droits de la défense », a martelé le président de la section, dénonçant une « dérive dangereuse » sous couvert de modernisation.
Tout en affirmant leur attachement à la réforme du système judiciaire, les protestataires ont tenu à préciser que leur mouvement ne poursuit aucun objectif politique ou corporatiste. « Nos revendications sont exclusivement orientées vers l’intérêt du justiciable », a souligné Me Belhaj Amor, insistant sur la nécessité de garantir des conditions minimales pour une justice « digne et acceptable ».
Les avocats ont également affirmé avoir maintenu un service minimum afin de ne pas pénaliser les affaires urgentes, preuve, selon eux, de leur sens des responsabilités.
N.J










