La cour d’appel de Tunis a condamné l’ancien PDG de BH Bank et de l’ATB, Ahmed Rjiba, à cinq ans de prison ferme, alourdissant la peine prononcée en première instance. Derrière ce verdict, une affaire complexe où se mêlent décisions de crédit, gestion du risque et lecture judiciaire de l’activité bancaire.
Il y a des verdicts qui passent presque inaperçus, noyés dans le flux quotidien de l’actualité judiciaire. Et puis il y a ceux qui, au-delà du sort des personnes concernées, disent quelque chose de plus profond sur une époque, sur la manière dont un pays juge ses élites économiques, sur la frontière (parfois mouvante) entre la faute et le crime.
Celui rendu aujourd’hui, vendredi 17 avril 2026, par la cour d’appel de Tunis appartient clairement à cette seconde catégorie.
La chambre spécialisée dans les crimes financiers a tranché : Ahmed Rjiba écope de cinq ans de prison, contre trois en première instance. Dans le même dossier, l’homme d’affaires opérant dans le secteur de l’huile d’olive, Sofiene Kallel, voit sa peine passer de quatre à six ans. L’accusation repose sur l’octroi de crédits jugés insuffisamment garantis.
Un dossier né au cœur de l’activité bancaire
L’affaire ne relève ni du grand banditisme ni d’une fraude spectaculaire. Elle prend racine dans ce qui constitue le quotidien d’une banque : l’octroi de crédits, l’évaluation des dossiers et la prise de décision face à des projets plus ou moins risqués.
Ahmed Rjiba n’est pas un inconnu. Il fait partie des banquiers les plus réputés du pays et a dirigé deux établissements majeurs de la place, BH Bank puis l’ATB. À ce niveau, chaque décision engage des montants importants, des équilibres financiers fragiles et, surtout, des paris sur l’avenir.
C’est précisément cette zone d’incertitude que la justice a été amenée à examiner.
Une relation bancaire classique… devenue dossier judiciaire
Au moment des faits, Ahmed Rjiba dirige la Banque de l’Habitat. Face à lui, un client bien identifié : Sofiene Kallel, opérateur dans le secteur des huiles, bénéficiant d’une solide réputation dans son milieu.
Entre les deux, rien d’inhabituel en apparence : des demandes de financement, des arbitrages, des lignes de crédit accordées.
Les montants, en revanche, sont significatifs. Selon le dossier, les financements directement examinés dépassent 15 millions de dinars, dans un ensemble de créances atteignant 114,5 millions de dinars, dont seulement 15,5 millions ont été recouvrés. Les pertes avoisinent ainsi les 100 millions de dinars.
Le point central retenu par la justice concerne les garanties associées à ces crédits, jugées insuffisantes au regard des montants engagés. Les conditions d’octroi n’auraient pas respecté les exigences de prudence attendues compte tenu du niveau de risque.
Sur cette base, plusieurs qualifications pénales ont été retenues, notamment l’exploitation de fonction pour obtenir un avantage indu, l’atteinte à l’administration et des éléments liés au blanchiment d’argent.
Le moment où le risque devient une affaire pénale
C’est ici que l’affaire change de nature. Ce qui relevait jusque-là d’une décision économique (discutable, risquée, parfois mal calibrée) est relu à travers une grille pénale. La justice considère que ces décisions dépassent le cadre de la simple gestion et franchissent un seuil.
En première instance, le tribunal prononce trois ans de prison contre Ahmed Rjiba, quatre ans contre Sofiene Kallel et deux ans contre un cadre bancaire, avec des amendes cumulées dépassant treize millions de dinars.
En appel, les peines sont alourdies : cinq ans pour Ahmed Rjiba, six ans pour Sofiene Kallel.
Ce durcissement constitue l’élément central du dossier. Il traduit une lecture plus sévère des faits par la cour.
Une lecture judiciaire face à la logique bancaire
Derrière les chiffres et les qualifications, une réalité s’impose : un crédit n’est jamais une science exacte. Il s’agit d’une décision prise à un instant donné, avec des informations imparfaites, dans un environnement incertain. Certaines réussissent, d’autres échouent.
Toute la difficulté réside dans la qualification de cet échec.
À partir de quel moment un crédit mal évalué devient-il une infraction pénale ? Est-ce le niveau du risque, l’insuffisance des garanties, le résultat final, ou une combinaison des trois ?
Dans cette affaire, la justice ne s’est pas contentée de constater des pertes. Elle a estimé que celles-ci résultaient de décisions initiales ne respectant pas les critères de sécurité attendus, en particulier en matière de garanties.
En aggravant les peines, la cour d’appel considère implicitement qu’il ne s’agit pas d’une simple erreur d’appréciation, mais d’un manquement engageant la responsabilité pénale.
Reste une interrogation : les pratiques reprochées sont-elles exceptionnelles, ou relèvent-elles de méthodes courantes dans le secteur bancaire, qu’il soit public ou privé ?
Une affaire qui dépasse ses protagonistes
Ce verdict rendu public ce vendredi 17 avril 2026 dépasse le cas d’un dirigeant.
Il s’adresse, implicitement, à l’ensemble des décideurs bancaires. Chaque directeur, chaque membre de comité de crédit sait désormais que ses décisions pourront être relues, des années plus tard, avec un regard judiciaire qui ne s’intéresse pas aux intentions, mais aux conséquences.
Dans un environnement où les montants engagés sont élevés et les marges d’erreur limitées, cette perspective ne peut qu’influencer la prise de décision.
Une ligne de crête de plus en plus étroite
Entre la nécessité de financer l’économie et celle de répondre pénalement de ses décisions, la ligne s’est resserrée.
Trop de prudence, et le crédit se contracte. Trop d’audace, et le risque devient personnel.
Dans cette affaire, cette ligne n’a pas tenu.
La condamnation d’Ahmed Rjiba à cinq ans de prison ne se limite pas à un alourdissement de peine. Elle marque une évolution dans la lecture judiciaire du risque bancaire.
Et elle laisse une question ouverte, essentielle pour le secteur : à partir de quel niveau de risque et d’insuffisance de garanties une décision bancaire peut-elle basculer dans le champ pénal ?
Raouf Ben Hédi














9 commentaires
Salah tataouine
Le journaliste Raouf Ben Hédi a fait son travail. Il a rapporté les faits. La Cour d’Appel de Tunis a fait le sien. Elle a rendu son verdict : cinq ans de prison ferme pour Ahmed Rjiba. L’accusation ? « Octroi de crédits jugés insuffisamment garantis. » La preuve ? « Des pertes avoisinant les 100 millions de dinars. » La boucle est bouclée. La Surface a condamné un homme. Le Peuple peut applaudir. Justice est faite. Vraiment ?
Descendons au Sous-Sol. Là où les journalistes ne vont pas, là où les juges ne regardent pas. Le Vrai Coupable n’est pas dans le box. Il est dans le Système lui-même. Le crime originel n’est pas l’octroi de crédits risqués. C’est le Crédit lui-même. Cette mécanique folle où une banque crée de l’argent ex nihilo, en tapant sur un clavier, et exige en retour des Intérêts qui n’ont jamais été créés. Un jeu de Monopoly truqué où la banque imprime les billets, les prête, et réclame plus de billets qu’il n’en existe sur le plateau. Dans ce système, TOUS les crédits sont « insuffisamment garantis ». Parce qu’il est mathématiquement impossible de rembourser le capital ET les intérêts avec la seule masse monétaire en circulation. Quelqu’un, quelque part, doit Faire Faillite.
Ahmed Rjiba est ce quelqu’un. Ce n’est pas un délinquant. C’est un Fusible. Il a été condamné pour avoir joué à un jeu dont les règles sont truquées depuis le départ. On lui reproche de ne pas avoir assez « garanti » des crédits. Mais garantis avec QUOI ? Avec de l’argent qui n’existe pas ? Avec des actifs dont la valeur n’est qu’une convention ? Le journaliste Ben Hédi parle d’une « frontière mouvante entre la faute et le crime ». La seule frontière qui compte est celle entre la Surface (le procès, les pertes, la prison) et le Sous-Sol (la création monétaire, les intérêts impossibles, le vide du système).
La Victime, dans cette tragédie, n’est pas la banque lésée. C’est le Peuple Tunisien. Il regarde le banquier aller en prison, et il croit que Justice est faite. Mais le Système qui a créé cette dette impossible, lui, reste intact. Il continuera demain à prêter de l’argent qui n’existe pas, et à réclamer des intérêts qu’on ne pourra jamais tous rembourser. Le Peuple applaudit la condamnation d’un « puissant ». Mais il ne voit pas que ce sont les Intérêts qu’on lui réclame à lui, chaque jour, sur son prêt automobile, son crédit à la consommation, ou la dette de son pays, qui sont le Vrai Crime Impuni.
Le journaliste a posé toutes les questions, sauf la seule qui vaille : « D’où vient l’argent du crédit ? » . Tant que cette question ne sera pas posée dans un prétoire, tant qu’elle ne sera pas enseignée dans les écoles, les Ahmed Rjiba continueront de tomber. Des Fusibles. Des boucs émissaires d’un système que personne n’ose regarder en face. La Cour d’Appel a condamné un homme. Mais le Vrai Tribunal n’a pas encore siégé. Celui qui jugera le Crédit et le Taux d’Intérêt. En attendant, le Gardien observe, et il rit jaune. « Pauvre Peuple ». Il ne sait pas qu’il est le Créancier de sa propre misère. Et que la facture, un jour, lui sera présentée. Pas par Ahmed Rjiba. Par le Vide qu’on lui a fait prendre pour de l’argent.
Signé : Salah, le Trappeur sans Bac.
Professeur de Sous-Sol à l’Université du Désert. (Grotte, derrière les panneaux).
jamel.tazarki
A) Rappel:
A1) En 2025, le gouvernement et la présidence de la République tunisienne s’attendaient à des recettes de plusieurs milliards de dollars provenant de l’exportation d’huile d’olive, grâce à une récolte exceptionnelle ! On n’en parlait que de cela, on s’était auto-hypnotisé en Tunisie.
a2) Or, les grands agriculteurs oléiculteurs et les producteurs manquaient de capital pour financer la cueillette des olives, trop chère (à la main et au bâton), et produire de l’huile d’olive.
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a3) À partir des prémisses a1) et a2), les PDG de la banque BH, probablement sous une influence gouvernementale et présidentielle implicite, se sont laissés prendre par cette hystérie collective et ont accordé des prêts bancaires pour sauver la récolte exceptionnelle d’olives de 2025.
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a4) La faute des dirigeants de la banque BH est de n’avoir exigé aucune garantie de vente de la récolte de 2025 auprès des partenaires étrangers, en particulier italiens et espagnols, avant d’accorder des crédits aux oléiculteurs et producteurs tunisiens. L’hypnose collective était tellement forte et inévitable.
a5) La faillite est survenue lorsque les marchés espagnol et italien étaient saturés par les récoltes locales et n’avaient nullement besoin d’importer de l’huile tunisienne. La Tunisie ne savait donc plus quoi faire de sa production d’huile d’olive, et elle manquait même de moyens de stockage pour une vente ultérieure
B) Question: La condamnation à cinq ans de prison des directeurs de la banque d’État est-elle justifiée si le gouvernement et la présidence de la République étaient probablement au courant de ce crédit ? En effet, les 450 millions de dinars n’ont pas été accordés en une seule fois.
Réponse:
Dans le cadre d’un État de droit, la justification d’une telle condamnation repose sur la distinction entre la responsabilité politique et la responsabilité pénale individuelle.
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Voici les éléments juridiques et factuels qui éclairent cette situation, notamment concernant l’affaire de la BH Bank et du groupe oléicole Ben Romdhane :
1. La responsabilité pénale face à l’ordre hiérarchique. En droit pénal, le fait qu’un gouvernement ou une présidence soit « au courant » ou exerce une influence ne dédouane pas le dirigeant d’une banque de sa responsabilité propre:
– Indépendance de la gestion : Un directeur de banque publique est légalement garant du respect des règles prudentielles. S’il accepte d’enfreindre ces règles sous une pression politique (même implicite), il commet une faute de gestion qui peut être qualifiée pénalement d’abus de pouvoir ou de mauvaise gestion des fonds publics.
– Le devoir de désobéissance : Dans de nombreuses juridictions, un fonctionnaire ou dirigeant a le devoir de refuser un ordre manifestement illégal ou contraire à l’intérêt de l’institution qu’il dirige.
2. Le non-respect des ratios réglementaires. L’argument selon lequel le crédit n’a pas été accordé en une seule fois peut aggraver la situation plutôt que de la justifier:
– Concentration des risques : Le rapport des commissaires aux comptes de la BH Bank d’avril 2025 a révélé une exposition de 450,7 millions de dinars envers un seul groupe. Cela représentait environ 33 % des fonds propres de la banque, dépassant largement le seuil réglementaire de 25 % fixé par la Banque Centrale de Tunisie.
– Faute professionnelle : Le fait que ce dépassement se soit construit progressivement montre une absence répétée de vigilance et de contrôle des risques à chaque nouveau déblocage de fonds.
3. Les condamnations réelles (Fin 2025). La justice tunisienne a déjà tranché sur des dossiers similaires fin 2025 :
• L’ancien PDG de la BH Bank a été condamné à trois ans de prison ferme pour l’octroi de crédits jugés insuffisamment garantis.
– Un homme d’affaires du secteur a écopé de quatre ans.
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Ces condamnations visent à sanctionner la « prise de risque inconsidérée » avec l’argent public, indépendamment de l’ambiance politique ou des attentes gouvernementales de l’époque.
C) Si les directeurs de la Banque BH avaient reçu un ordre politique verbal d’accorder le crédit de 450 millions de dinars, ils auraient dû obliger le pouvoir politique (gouvernement et présidence de la République) à signer un ordre écrit déchargeant les techniciens de toute responsabilité. Cela aurait laissé une trace indélébile pour la justice. C’est là que réside la faute des dirigeants de la Banque BH.
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C’est exactement là que se situe le point de bascule entre une gestion professionnelle et une dérive coupable. En n’exigeant pas cette trace écrite ou en ne formalisant pas leur opposition technique, les dirigeants de la BH Bank ont accepté de porter seuls la responsabilité juridique d’une décision politique.
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Dans un système où l’État de droit est respecté, cette procédure (appelée « ministerial direction » dans le modèle britannique) sert de fusible de sécurité :
– Le rôle du technicien : Il protège l’institution en signalant que le prêt de 450 millions de dinars viole les ratios de solvabilité et manque de garanties export.
– Le rôle du politique : S’il veut passer outre pour des raisons « stratégiques » (comme sauver la récolte 2025), il doit signer un ordre explicite.
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La conséquence : Si l’affaire tourne au désastre financier, c’est le politique qui répond de ses choix devant la justice ou le parlement, et non le banquier qui a simplement exécuté un ordre après avoir fait son devoir d’alerte.
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En Tunisie, l’absence de cette culture de la protection juridique du technicien crée un vide dangereux. Les dirigeants de la BH ont agi sous « influence implicite », une zone grise où le pouvoir donne des ordres sans laisser de signatures, et où les subordonnés exécutent par crainte. Au final, lorsque la bulle de l’huile d’olive a éclaté, le pouvoir a pu se désolidariser des banquiers, les laissant devenir les boucs émissaires d’une faillite collective.
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C’est la preuve ultime que sans mécanismes de transparence, même l’expert le plus compétent finit par devenir le complice, puis la victime, de l’arbitraire
Conclusion
La condamnation est « justifiée » aux yeux de la loi si le dirigeant a sciemment ignoré les procédures de sécurité bancaire (demande de garanties, respect des quotas de crédit). L’influence du gouvernement peut être considérée comme une circonstance expliquant le contexte, mais elle ne constitue pas une excuse légale pour vider les caisses d’une banque publique sans protection.
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C’est ici que l’absence d’un véritable État de droit se fait sentir : dans un système sain, le banquier aurait dû être protégé par la loi pour dire « non » au politique, au lieu d’être aujourd’hui le seul à payer pour une « hypnose collective » dont il n’était qu’un rouage exécutant.
Salah tataouine
non docteur …permettez moi de vous dire avec espect que vous vous trompez
jamel.tazarki
Question: faut-il d’abord des institutions solides pour protéger la démocratie, ou la démocratie est-elle le seul moyen de construire ces institutions ?
Réponse: dans le contexte tunisien, voici les deux visions qui s’affrontent :
1) L’approche « État d’abord » : Certains pensent qu’il faut commencer par réformer l’administration, la justice et la banque centrale pour en faire des remparts techniques (comme à Singapour). L’idée est que si l’administration est forte et indépendante, elle peut survivre à n’importe quel dirigeant, dictateur ou démocrate.
2) L’approche « Démocratie d’abord » : un dictateur ne permettra jamais à une administration de devenir indépendante, car cela limiterait son propre pouvoir. Dans cette logique, la réforme administrative ne peut être que la conséquence d’un retour à l’État de droit et à la séparation des pouvoirs.
Fazit:
Tant que 99 % de la population ignore ce qu’est un État de droit et que le dirigeant peut changer la Constitution à sa guise, aucune réforme technique (comme la protection des hauts fonctionnaires ou l’ouverture de PayPal) ne sera pérenne. Elle restera une « intuition gratuite » de plus, effaçable au prochain décret. –> Il faut enseigner ce qu’est un État de droit dans nos écoles, comme en Allemagne, en France, aux États-Unis, etc.
– Le drame de 2025 avec l’huile d’olive et la banque BH restera probablement dans l’histoire tunisienne comme le moment où l’absence de science et l’absence de droit se sont rencontrées pour provoquer un désastre économique prévisible.
jamel.tazarki
Introduction: comment certains pays ont réussi à protéger leurs hauts fonctionnaires par des statuts juridiques inaliénables ?
Pour stabiliser l’État et empêcher qu’il ne devienne le jouet d’un seul homme, plusieurs pays ont instauré des mécanismes juridiques qui sanctuarisent la haute fonction publique. Voici comment ils séparent la compétence technique de la loyauté politique :
1. Le Statut de « Haut Fonctionnaire de Carrière » (Le modèle britannique):
– Au Royaume-Uni, on distingue le Political Staff (qui change avec le ministre) du Civil Service (qui reste).
– Le rempart : Le Secrétaire Permanent d’un ministère (le plus haut technicien) a le droit de demander une « direction ministérielle » écrite. S’il juge une décision financière absurde ou risquée (comme le prêt de la BH Bank), il oblige le politique à signer un ordre écrit qui décharge la responsabilité du technicien. Cela laisse une trace indélébile pour la justice.
2. Les Organes Constitutionnels de Contrôle (Le modèle autrichien):
– Certains pays confient la nomination des directeurs de banques publiques ou d’agences stratégiques à des commissions parlementaires multipartites ou à des organes indépendants.
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L’inamovibilité : Une fois nommé, le haut fonctionnaire ne peut être limogé que pour faute grave prouvée devant un tribunal, et non sur simple décret présidentiel. Cela lui donne le courage de dire « non » aux intuitions gratuites du pouvoir.
3. La protection par le Droit Administratif (Le modèle français)
Bien que critiqué, le système du Conseil d’État en France protège les fonctionnaires contre l’arbitraire.
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Le recours : Un fonctionnaire limogé pour avoir refusé d’exécuter un ordre illégal peut faire annuler la décision et obtenir réparation. Cela crée une inertie bénéfique qui freine les pulsions dictatoriales.
4. Le recrutement par concours d’élite (Le modèle d’Asie de l’Est – Singapour):
Singapour a bâti sa réussite sur la Mérittocratie. Les hauts fonctionnaires sont recrutés parmi les meilleurs esprits, payés au prix du marché privé, et protégés par une constitution qui interdit au politique d’interférer dans les processus techniques.
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Résultat : L’administration est plus forte que le politicien. Si un dirigeant veut lancer un projet irrationnel, l’administration lui oppose des chiffres et des études empiriques qu’il ne peut ignorer sans risquer un blocage institutionnel.
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Application à la Tunisie
Pour la Tunisie, sortir du cycle « nomination/prison » nécessite de transformer l’administration :
– Passer d’une allégeance à l’homme à une allégeance à la Loi. Rendre les nominations aux postes clés (Banque Centrale, BH Bank, INS) indépendantes de la Présidence.
– Inscrire dans la Constitution que la haute fonction publique est un corps technique et permanent, non soumis aux humeurs des gouvernements successifs.
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Sans ces verrous, le pays continuera de perdre ses meilleurs cerveaux, qui préfèrent s’expatrier plutôt que de finir en prison pour avoir « obéi » à une intuition présidentielle erronée.
jamel.tazarki
Introduction: C’est toute la Tunisie qui fonctionne sur la base d’intuitions gratuites, et non pas sur des études empiriques solides !
C’est ce que les économistes appellent le pilotage à vue. C’est une faille culturelle et structurelle profonde : en Tunisie, l’intuition politique et le narratif émotionnel (comme celui du « pétrole vert ») remplacent systématiquement la rigueur scientifique et la donnée statistique. Cette absence d’études empiriques a des conséquences concrètes:
– Le déni de la réalité du marché : On a préféré « croire » que le monde entier achèterait de l’huile tunisienne à prix d’or plutôt que de modéliser l’offre mondiale et la saturation prévisible du marché espagnol.
– La culture aléatoire administratif : Au lieu d’utiliser des outils de gestion des risques (assurances récoltes, contrats de vente à terme, diversification), on mise tout sur un coup de chance climatique, puis on transforme l’échec en complot extérieur ou en faute individuelle.
– Le court-termisme des décisions : Accorder 450 millions de dinars de crédits bancaires sans garanties, c’est parier sur un miracle. C’est l’anti-thèse d’une économie de services moderne qui, elle, repose sur la prévisibilité, les infrastructures numériques et le droit.
Fazit: La Tunisie est un pays qui tente de naviguer dans la tempête du XXIe siècle avec une boussole du XIXe. Tant que le « ressenti » du dirigeant prévaudra sur l’analyse d’impact, les mêmes causes (l’ignorance des lois économiques) produiront les mêmes effets (la ruine et la prison).
jamel.tazarki
Introduction: Pour passer de l’intuition à la rigueur empirique, plusieurs pays ont opéré une transformation radicale de leur administration en s’appuyant sur trois piliers technocratiques que la Tunisie ignore encore :
1. L’indépendance des instituts de statistiques (Le modèle scandinave)
Dans des pays comme le Danemark ou la Suède, les décisions ne sont prises qu’après la publication de rapports par des agences totalement autonomes:
Application au cas tunisien : Si l’Institut National de la Statistique (INS) était réellement indépendant et doté de moyens, il aurait publié dès 2024 des projections sur la saturation du marché espagnol. Aucun banquier n’aurait pu justifier un prêt de 450 millions de dinars face à des chiffres prouvant l’absence de débouchés.
2. Le « Evidence-Based Policy » (Le modèle britannique)
Le Royaume-Uni a généralisé l’évaluation d’impact systématique avant toute loi ou grand projet:
– Comment ça marche ? Avant de planter deux millions d’oliviers ou de bloquer PayPal, le gouvernement doit soumettre un « Business Case » à un comité d’experts non politiques. Si l’étude prouve que le coût d’opportunité est trop élevé (par exemple, ce que l’on perd en services numériques vs ce que l’on gagne en huile), le projet est bloqué.
3. La numérisation forcée et l’Open Data (Le modèle estonien)
L’Estonie est passée d’une administration post-soviétique lourde à la société de services la plus avancée au monde:
– La transparence contre l’intuition : En rendant les données publiques (Open Data), n’importe quel citoyen, journaliste ou analyste peut vérifier la santé des banques publiques en temps réel.
– L’interconnexion : Avec un système comme X-Road, la banque BH n’aurait pas pu ignorer l’endettement réel du groupe oléicole, car toutes les informations fiscales et bancaires auraient été croisées automatiquement, sans intervention humaine (et donc sans « influence présidentielle »).
4. La séparation du politique et du technique (Le modèle allemand)
En Allemagne, les hauts fonctionnaires des ministères sont souvent des experts de carrière qui restent en place malgré les changements de gouvernement. C’est ce que l’on appelle la continuité de l’État:
– Le garde-fou : Ils ont le pouvoir légal de bloquer une directive si elle contrevient aux règles budgétaires. C’est ce qui manque en Tunisie : un corps de hauts fonctionnaires capables de dire « non » à une intuition gratuite sans risquer la prison ou le limogeage.
Conclusion pour la Tunisie
Fazit: Pour sortir du cycle de l’hypnose collective de l’exportation de d’huile d’olive à des revenus exceptionnels comme en 2025, la solution n’est pas de trouver un « meilleur » dirigeant, mais de dépouiller le politique de son pouvoir de décision technique. Cela passe par la création d’agences de régulation fortes et la numérisation complète de l’économie, ce qui rendrait l’utilisation de PayPal ou de la signature électronique banale et automatique
jamel.tazarki
Introduction : faire de la Tunsie une « Société de Services » à l’exemple de l’Estonie
L’Estonie est l’exemple le plus fascinant car, au début des années 90, elle était dans une situation de pauvreté et de bureaucratie post-soviétique pire que celle de la Tunisie actuelle. Pourtant, elle est devenue la « Société de Services » par excellence.
Voici comment l’Estonie a brisé le cycle des « intuitions gratuites » des politiciens :
1) Le principe du « Once-Only » : L’État n’a pas le droit de demander deux fois la même information à un citoyen ou à une entreprise. Toutes les administrations sont interconnectées via une plateforme appelée X-Road. Cela élimine la corruption et les « influences implicites » : si un dossier de crédit ne respecte pas les critères, le système bloque automatiquement, sans qu’un ministre puisse intervenir.
2) La E-Résidence : Plutôt que de miser sur l’exportation de produits physiques (comme l’huile), l’Estonie exporte sa juridiction. N’importe qui dans le monde peut devenir résident numérique estonien, ouvrir une entreprise et utiliser PayPal ou Stripe sans aucune contrainte. Cela génère des revenus massifs en taxes et services sans avoir besoin d’une seule goutte de pétrole ou d’huile.
3) Le numérique comme rempart contre la dictature : En numérisant 99 % des services publics (y compris le vote et la justice), l’Estonie a rendu l’État transparent. Il est impossible pour un dirigeant de manipuler les chiffres de la banque centrale ou de cacher des prêts douteux, car chaque action laisse une trace numérique indélébile sur une blockchain publique.
En résumé, l’Estonie a compris que la richesse ne vient pas de la terre, mais de la fluidité des échanges et de la confiance dans la loi. Ils ont remplacé les « hommes providentiels » par des algorithmes de droit.
le financier
tres bien , aux USA les peines sont plus lourdes encore pour les ceo et les responsable du risque .
Il faut les dresser ces incompetents qui prennent plus de risque qu ils auraient pris si l argent leur appartenait