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Barrages pleins, mécanique de délestage : la Tunisie face à ses extrêmes hydriques

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Par Nadya Jennene

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Les images ont fait le tour des réseaux sociaux en quelques heures, accompagnées de leur lot d’angoisses et de scénarios catastrophes. À Jendouba, les sirènes du barrage de Beni M’tir ont résonné, réveillant chez certains internautes la crainte d’un danger imminent. Pourtant, derrière cette séquence virale, la réalité est bien moins alarmiste et surtout, parfaitement maîtrisée.

Ces derniers jours, les pluies abondantes ont profondément modifié le paysage hydraulique du nord-ouest tunisien. Les barrages, longtemps en souffrance après des années de stress hydrique, affichent désormais des niveaux de remplissage rarement atteints. À Beni M’tir, l’eau a même atteint sa capacité maximale, frôlant les 60 millions de mètres cubes. Une situation qui, loin d’être exceptionnelle, relève d’un cycle attendu, mais qui impose une gestion rigoureuse.

C’est précisément dans ce contexte qu’intervient ce que les spécialistes appellent le « délestage hydraulique ». Derrière ce terme technique, une opération de régulation essentielle : libérer une partie des eaux stockées pour éviter toute pression excessive sur l’ouvrage. Une mécanique préventive, anticipée, loin de toute improvisation.

Invité sur Express FM vendredi 17 avril 2026, l’ancien secrétaire d’État à l’Agriculture Abdallah Rabhi a tenu à clarifier les choses. Les sirènes qui ont tant fait réagir ne signalent pas une catastrophe, mais une procédure de sécurité. Elles servent à prévenir les riverains en amont du déversement contrôlé des eaux, afin d’éviter tout incident sur les berges.

Dans le cas de Beni M’tir, une partie des volumes excédentaires a été redirigée vers le barrage de Bouhertma, via le réseau hydraulique interconnecté de l’oued Medjerda. Un système pensé pour équilibrer les niveaux entre les différentes retenues, optimiser les ressources disponibles et prévenir les débordements incontrôlés.

Selon les données confirmées par BN Check dans un récent article, le débit de décharge avoisine les 50 m³ par seconde, avec un objectif clair : abaisser progressivement le niveau du barrage à un seuil plus stable, autour de 57 millions de mètres cubes. Une marge indispensable pour absorber d’éventuelles nouvelles précipitations annoncées dans les jours à venir.

À l’échelle du gouvernorat de Jendouba, la situation dépasse le seul cas de Beni M’tir. Selon Abdallah Rabhi, l’ensemble des barrages de la région affichent aujourd’hui un taux de remplissage de 100 %, signe d’une pression hydrique maximale mais aussi d’une gestion particulièrement sollicitée.

Dans ce dispositif, le barrage de Bouhertma joue un rôle clé. Contrairement à Beni M’tir, il dispose encore d’une capacité d’absorption, ce qui en fait une sorte de “réservoir tampon” dans cette mécanique interconnectée. C’est vers lui que sont redirigés les excédents, dans une logique de rééquilibrage à l’échelle du bassin de la Medjerda.

L’interconnexion des barrages, colonne vertébrale d’un équilibre fragile

Cette interconnexion, souvent méconnue du grand public, constitue pourtant l’un des piliers de la stratégie hydraulique tunisienne. Elle permet non seulement d’éviter les débordements localisés, mais aussi de redistribuer l’eau vers des zones qui en manquent, limitant ainsi les pertes et les déséquilibres régionaux. Une architecture pensée sur le long terme, mais qui montre aujourd’hui toute son utilité face à des épisodes météorologiques de plus en plus intenses.

Sur le terrain, cette gestion se traduit par une mobilisation continue. Des cellules de suivi, réunissant les différents acteurs du secteur hydraulique ainsi que la protection civile, assurent une surveillance permanente de l’évolution des niveaux. Les interventions sont coordonnées en temps réel, avec un objectif clair : anticiper plutôt que subir.

Car derrière la technicité des opérations, l’enjeu reste profondément humain. Une montée brutale des eaux, mal maîtrisée, peut rapidement se transformer en crue dangereuse. D’où l’importance de ces procédures préventives, parfois spectaculaires comme les sirènes, mais essentielles pour sécuriser les zones en aval.

Abdallah Rabhi insiste d’ailleurs sur un point souvent relégué au second plan dans ce type de séquences : la responsabilité collective. Si les infrastructures permettent aujourd’hui de gérer les excédents et d’éviter le pire, elles ne dispensent pas d’un usage raisonné de la ressource.

Car le paradoxe demeure entier. En quelques jours, la Tunisie est passée d’une logique de pénurie à une situation de saturation. Une bascule brutale, qui rappelle à quel point l’équilibre hydrique du pays reste fragile. Et que, derrière chaque opération de délestage, se joue en réalité une équation plus large : celle d’un pays contraint d’apprendre à gérer, dans l’urgence comme dans la durée, une ressource aussi précieuse qu’imprévisible.

N.J

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