Une déclaration, puis une réplique. En quelques heures, l’échange entre Zouhair Maghzaoui et Hichem Mechichi a ravivé un débat que beaucoup pensaient clos : celui de la responsabilité des partis dans la gestion de la période pré-25 juillet 2021.
« Une démocratie sans contenu social »
Vendredi 17 avril 2026, le secrétaire général du Mouvement Echaâb a dressé un constat sévère. Selon lui, la démocratie qui a précédé le 25-Juillet était « corrompue », non pas uniquement par ses pratiques, mais surtout parce qu’elle était « vide de tout contenu social ».
Zouhair Maghzaoui explique que le soutien à ce tournant politique (le 25-Juillet) visait à rompre avec ce modèle et à instaurer une « véritable démocratie », fondée sur des programmes et une justice sociale. Mais il le reconnaît lui-même : cette transformation attendue n’a pas eu lieu.
Dans la foulée, il relativise les clivages actuels, estimant que personne, au fond, ne s’oppose aux grands slogans martelés à Carthage : lutte contre la corruption, État social ou encore combat contre les monopoles.
Une réponse cinglante
La réaction de Hichem Mechichi ne s’est pas fait attendre. L’ancien chef du gouvernement choisit de répondre sur le terrain personnel, en ressortant un souvenir précis.
Il affirme que leur unique rencontre s’était tenue à la demande de Zouhair Maghzaoui, venu solliciter la nomination d’un proche à la tête du gouvernorat de Kébili, en expliquant qu’il fallait « quelqu’un des nôtres ».
Puis la chute, mordante : « Elle était effectivement corrompue, cette démocratie qui a permis à des gens comme vous d’accéder à ses institutions. »

Une mémoire politique sélective ?
Au-delà de la passe d’armes, la séquence met en lumière une question plus dérangeante : celle de la place du Mouvement Echaâb dans cette période aujourd’hui décriée.
Car le parti de Zouhair Maghzaoui n’était pas en retrait. Il siégeait au Parlement au sein du bloc démocratique et participait à la majorité, allant jusqu’à intégrer l’exécutif, notamment dans le gouvernement d’Elyes Fakhfakh.
Autrement dit, la « démocratie corrompue » dénoncée aujourd’hui est aussi celle à laquelle le parti a contribué, au moins en partie.
Entre critique du passé et absence d’autocritique
La critique de la période d’avant le 25-Juillet est désormais largement répandue dans le discours politique. Mais elle s’accompagne rarement d’un retour sur les responsabilités individuelles et collectives.
En creux, c’est cette contradiction que la sortie de Zouhair Maghzaoui remet sur la table : peut-on dénoncer un système sans reconnaître le rôle que l’on y a joué ?
La réponse de Hichem Mechichi, au-delà de son ton acerbe, vient précisément rappeler que la mémoire politique, elle, ne s’efface pas aussi facilement.
M.B.Z










