Le Syndicat national des journalistes tunisiens tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué publié lundi 20 avril 2026, l’organisation s’inquiète d’une montée préoccupante des discours de haine dans le traitement médiatique de la migration irrégulière, visant en particulier les migrants originaires d’Afrique subsaharienne.
Le syndicat évoque un glissement dangereux, observé aussi bien dans certains contenus médiatiques que dans les prises de parole de journalistes sur les réseaux sociaux, où les propos discriminatoires et les généralisations se multiplient.
Des campagnes de harcèlement ciblées
Le SNJT dénonce une vague d’attaques coordonnées sur les réseaux sociaux visant plusieurs médias, dont Nawaat, Roots TV, Rachma et Legal Agenda.
Journalistes et collaborateurs y sont pris pour cibles à travers insultes, accusations de trahison et campagnes de dénigrement, notamment après leur couverture de la marche nationale contre le racisme et des questions liées à la migration.
Face à ces dérives, le syndicat indique avoir mobilisé son unité de veille pour documenter les abus et annonce des actions juridiques et syndicales afin de protéger les professionnels concernés.
Une pression qui menace la liberté d’informer
Pour le SNJT, ces attaques ne relèvent pas de simples débordements. Elles participent d’un climat de pression visant à intimider les médias et à les dissuader de traiter des sujets sensibles liés aux droits humains.
Le risque est clair : voir s’installer une autocensure progressive dans les rédactions.
Quand l’information cède à la facilité
Le syndicat ne se limite pas à dénoncer les attaques extérieures. Il pointe aussi des dérives internes à la profession.
Traitement sensationnaliste, recours à des intervenants non qualifiés, reprise de contenus non vérifiés issus des réseaux sociaux : autant de pratiques qui fragilisent la crédibilité du journalisme et brouillent la compréhension d’un dossier déjà complexe.
Le SNJT alerte également sur la prolifération des fausses informations, amplifiée par les difficultés d’accès à l’information officielle, un vide qui alimente les peurs et ouvre la voie aux manipulations.
Des responsables politiques également visés
Autre source d’inquiétude : l’implication de certains acteurs politiques, y compris des députés, dans des discours jugés excessifs, voire à tonalité discriminatoire.
Le syndicat estime que ces prises de position attisent les tensions et détournent le débat des solutions de fond, nécessaires pour traiter une question aux dimensions humaines, sociales, économiques et sécuritaires.
Rappel ferme à l’ordre professionnel
Face à cette situation, le SNJT appelle les journalistes à un sursaut de responsabilité. Il insiste sur la nécessité de rejeter toute forme de discours raciste ou discriminatoire, de traiter l’information avec rigueur sans exagération ni manipulation, de respecter la dignité de toutes les personnes et de s’appuyer sur des sources fiables et diversifiées. Il appelle également à donner davantage la parole aux experts et aux acteurs de terrain afin d’éclairer le débat public.
Le syndicat rappelle que les journalistes restent tenus au respect de l’éthique professionnelle, y compris dans leurs publications personnelles sur les réseaux sociaux.
Un appel aux médias et aux autorités
Le SNJT appelle les médias à produire une information sérieuse et utile, capable d’éclairer le débat public sans céder à la peur ou à la recherche d’audience.
Il exhorte aussi les autorités à garantir un accès réel à l’information, condition indispensable à un journalisme de qualité.
Enfin, il met en garde contre toute instrumentalisation politique de la question migratoire et réaffirme un principe fondamental : la presse est au service de la société, et ne peut exister sans respect de la vérité, de la dignité humaine et du rejet de toute forme de haine.
M.B.Z










