Alors que le FMI table sur une croissance de 2,1% en 2026 pour la Tunisie, Mohamed Nekhili estime que l’économie nationale fait preuve de résilience malgré les chocs extérieurs. Il revient aussi sur le paradoxe d’une inflation en baisse sans amélioration ressentie par les ménages.
L’enseignant universitaire en droit bancaire, Mohamed Nekhili, a estimé, ainsi, que le maintien par le Fonds monétaire international (FMI) d’une prévision de croissance de 2,1% pour la Tunisie en 2026 constitue un signal relativement positif, malgré un environnement mondial marqué par les tensions géopolitiques, la hausse des coûts énergétiques et les fragilités persistantes des économies émergentes.
Intervenant par téléphone dans l’émission Yaoum Saïd sur Radio Nationale, animée par Nabila Abid, il a également apporté des éclairages sur la baisse récente du taux d’inflation, tout en expliquant pourquoi les ménages continuent de ressentir une forte pression sur leur pouvoir d’achat.
Une croissance maintenue malgré les turbulences internationales
Selon Mohamed Nekhili, le fait que le FMI ait conservé sa prévision de 2,1% de croissance pour la Tunisie en 2026 traduit une certaine capacité de résistance de l’économie nationale, alors même que plusieurs facteurs extérieurs continuent de peser sur les perspectives mondiales.
Il a rappelé que la conjoncture reste dominée par des conflits régionaux, une volatilité persistante des marchés des matières premières, ainsi qu’un renchérissement possible des prix du pétrole et des céréales. Dans ce contexte, maintenir une perspective de croissance positive demeure, selon lui, un indicateur encourageant.
Cette lecture rejoint les récentes déclarations du gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fethi Zouhaier Nouri, qui a alerté lors des réunions de printemps du Fonds monétaire international à Washington sur la vulnérabilité accrue des économies les plus exposées aux chocs extérieurs.
Le poids de la facture énergétique reste déterminant
Mohamed Nekhili a souligné que la Tunisie demeure sensible à l’évolution des prix de l’énergie, compte tenu de sa dépendance aux importations dans ce domaine. Une hausse durable des cours internationaux pourrait alourdir le déficit commercial et accentuer les tensions sur les finances extérieures.
Il a rappelé que cette fragilité énergétique limite la marge de manœuvre de l’économie tunisienne, notamment dans un contexte où les besoins de financement restent importants et où les équilibres budgétaires demeurent sous pression.
Inflation en baisse : pourquoi les ménages ne le ressentent pas
L’universitaire est également revenu sur le repli du taux d’inflation observé ces derniers mois. Il a expliqué qu’un ralentissement de l’inflation ne signifie pas une baisse des prix, mais simplement un ralentissement de leur rythme d’augmentation.
Autrement dit, les prix continuent d’augmenter, mais moins vite qu’auparavant. C’est ce décalage qui nourrit, selon lui, l’incompréhension d’une partie des citoyens, confrontés quotidiennement à des dépenses toujours plus lourdes.
Il a insisté sur le fait que, même avec une inflation moins rapide, le niveau général des prix reste élevé après plusieurs années de hausses successives. Ce phénomène entretient un sentiment durable d’érosion du pouvoir d’achat.
Les produits alimentaires au cœur des tensions
Mohamed Nekhili a relevé que la pression inflationniste reste particulièrement visible sur les produits de consommation courante, notamment l’alimentation, ainsi que certains services liés à la restauration, aux cafés ou à l’hébergement.
À l’inverse, certains secteurs comme l’habillement ou les équipements électroniques peuvent connaître des phases de stabilisation, voire de recul des prix, notamment en dehors des périodes de forte demande.
Mais ces baisses ponctuelles pèsent peu dans le ressenti global des ménages, dans la mesure où les dépenses contraintes — alimentation, transport, logement, services essentiels — occupent une place beaucoup plus importante dans le budget familial.
Appel à la lutte contre les pratiques spéculatives
L’intervenant a également évoqué la nécessité de poursuivre les efforts de contrôle du marché et de lutte contre les pratiques spéculatives ou les situations d’abus. Il a estimé que les campagnes de surveillance économique peuvent contribuer à freiner certaines flambées injustifiées.
Il a aussi plaidé pour une consommation plus rationnelle et un comportement d’achat mieux orienté, considérant que la régulation de la demande peut jouer un rôle dans certains segments marqués par des tensions artificielles sur les prix.
Une économie encore exposée aux chocs extérieurs
Les propos de Mohamed Nekhili interviennent alors que la Tunisie évolue dans un environnement international particulièrement incertain. Le FMI considère que les pays importateurs d’énergie et disposant de marges budgétaires réduites restent parmi les plus sensibles aux crises géopolitiques, aux perturbations logistiques et aux poussées inflationnistes importées.
Dans ce cadre, la croissance attendue de 2,1% en 2026 reste modeste, mais elle confirme que l’économie tunisienne conserve un potentiel de résilience, à condition d’accélérer les réformes structurelles, de renforcer la compétitivité et de réduire les vulnérabilités externes.
Entre stabilisation et prudence
En filigrane, l’analyse de Mohamed Nekhili met en lumière un double constat : d’un côté, certains indicateurs macroéconomiques montrent des signes de stabilisation ; de l’autre, les difficultés concrètes des ménages et les risques internationaux imposent une grande prudence.
La Tunisie aborde ainsi l’année 2026 avec une croissance positive attendue, mais encore fragile, dans un contexte où la maîtrise de l’inflation, la sécurité énergétique et la relance de l’investissement resteront des enjeux centraux.
I.N.










