Six cas de tuberculose bovine ont récemment été identifiés chez des veaux à l’abattoir municipal de Sousse, relançant les interrogations sur la circulation de cette maladie zoonotique et les dispositifs de contrôle sanitaire. Intervenant lundi 20 avril 2026 sur Jawhara FM, le doyen des vétérinaires, Ahmed Rejeb, a tenu à replacer cette découverte dans son cadre scientifique et réglementaire, tout en soulignant les enjeux de santé publique qu’elle implique.
Selon lui, la détection de cas de tuberculose à l’abattoir ne constitue pas une anomalie en soi, mais s’inscrit dans le fonctionnement normal de la chaîne de contrôle vétérinaire. L’abattage en milieu contrôlé permet en effet de procéder à une inspection rigoureuse des carcasses et d’identifier d’éventuelles lésions tuberculeuses, souvent invisibles chez l’animal vivant. Les veaux infectés ne présentent pas nécessairement de symptômes cliniques apparents, a-t-il précisé, expliquant que le diagnostic repose principalement sur l’examen post-mortem.
Ce protocole joue un rôle essentiel dans la prévention des risques sanitaires. Si des animaux infectés venaient à mourir en milieu naturel, leurs carcasses pourraient être consommées par des animaux errants, tels que les chiens ou les chats, favorisant ainsi la propagation de la bactérie et augmentant le risque de transmission à l’être humain. L’abattoir constitue donc un maillon clé pour interrompre cette chaîne de contamination.
Sur l’origine des veaux concernés, le doute subsiste. Bien que l’hypothèse de la contrebande ait été évoquée, aucune confirmation n’a été apportée à ce stade. Ahmed Rejeb a rappelé néanmoins que la présence de la tuberculose bovine en Tunisie était un fait connu, certains animaux pouvant être porteurs sans signes apparents.
D’un point de vue pathologique, deux formes de la maladie sont distinguées. La forme localisée, limitée à certains organes, peut dans certains cas permettre une récupération partielle de la carcasse après retrait des zones atteintes. En revanche, la forme généralisée, caractérisée par une dissémination de la bactérie dans l’ensemble des tissus, impose la destruction totale de la viande, conformément aux normes sanitaires en vigueur.
La question de la prévention reste complexe. Contrairement à d’autres maladies animales, la tuberculose bovine ne fait pas l’objet d’une vaccination généralisée à l’échelle mondiale, en raison notamment de contraintes techniques et épidémiologiques. Des recherches sont toutefois en cours pour développer des stratégies vaccinales efficaces, selon le doyen des vétérinaires.
Il a ajouté, dans ce sens, que certains antibiotiques, classés dans la catégorie A, étaient strictement interdits en médecine vétérinaire, car réservés au traitement de maladies humaines, notamment la tuberculose. Leur utilisation chez l’animal pourrait favoriser l’émergence de souches résistantes, compromettant ainsi l’efficacité des traitements chez l’homme.
Au-delà du cas animal, les données humaines renforcent les inquiétudes. Environ 1 500 cas de tuberculose sont détectés chaque année chez l’homme en Tunisie, dont près de 80% seraient d’origine animale, selon Ahmed Rejeb. La contamination peut, elle, survenir par contact direct avec des viandes contaminées ou par inhalation de bactéries présentes dans l’air.
Selon l’Organisation mondiale de la santé animale, la lutte contre la tuberculose bovine repose sur une stratégie globale et intégrée, fondée sur le triptyque surveillance, biosécurité et maîtrise des mouvements au sein des filières animales. Elle préconise notamment un dépistage régulier et systématique des troupeaux, notamment à travers des tests intradermiques dits de tuberculination.
Lorsque des cas positifs sont identifiés, les recommandations internationales prévoient leur élimination sanitaire immédiate. L’abattage contrôlé des animaux infectés vise à éviter toute diffusion de la bactérie, aussi bien au sein des élevages que vers la chaîne alimentaire humaine. Cette mesure est complétée par un renforcement strict de la traçabilité et du contrôle des mouvements d’animaux, en particulier dans les zones sensibles ou exposées à des circuits informels, où le risque de dissémination est plus élevé.
L’organisation souligne également l’importance du renforcement des normes d’hygiène dans les abattoirs, avec une inspection systématique et rigoureuse des carcasses afin d’identifier toute lésion suspecte.
De son côté, l’Organisation mondiale de la santé met l’accent sur la prévention du côté humain, dans une approche complémentaire de santé publique. Elle recommande en priorité la consommation exclusive de viande contrôlée et correctement cuite, ainsi que la pasteurisation systématique du lait et des produits laitiers afin d’éliminer tout risque de transmission. Elle insiste également sur la nécessité de limiter l’exposition aux aérosols infectieux, notamment dans les environnements à forte concentration animale, ainsi que sur le renforcement de la surveillance des populations les plus exposées, afin de permettre une détection précoce des cas humains et une prise en charge rapide.
N.J










