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Filler et injections illégales mortelles : les médecins esthétiques tunisiens tirent la sonnette d’alarme

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Par Nadya Jennene

    L’affaire survenue à Villeurbanne, où une femme a perdu la vie à la suite d’une injection d’acide hyaluronique pratiquée dans un appartement loué, dépasse désormais le simple cadre judiciaire. Si une information a été ouverte par le parquet de Lyon et qu’une suspecte a été mise en examen pour homicide involontaire et exercice illégal de la médecine, l’émotion suscitée par ce drame résonne bien au-delà des frontières françaises.

    En Tunisie, cette tragédie a fait réagir les professionnels. Invitée sur Mosaïque FM mardi 21 avril 2026, la présidente du syndicat des médecins esthétiques, Imene Ben Amara, a livré une analyse sans concession d’un phénomène qui, selon elle, prend de l’ampleur : celui des injections pratiquées hors cadre médical.

    Au cœur de cette mise en garde, un produit devenu presque banal dans l’imaginaire collectif : le « filler », ou produit de comblement. Présenté comme une solution simple pour combler les rides ou redonner du volume à certaines zones du visage ou du corps, ce produit n’a pourtant rien d’anodin. Il s’agit, a rappelé la spécialiste, d’un dispositif médical strictement encadré, soumis au contrôle des autorités sanitaires et destiné à être manipulé exclusivement par des médecins qualifiés.

    Or, c’est précisément ce cadre qui tend à être contourné. La prolifération de produits vendus en dehors des circuits officiels, souvent via des plateformes en ligne ou des réseaux parallèles, constitue une dérive majeure. Ces substances, dont l’origine est parfois inconnue, échappent à toute certification et exposent les patients à des risques graves : complications immédiates, réactions imprévisibles, voire conséquences mortelles.

    Mais le danger ne réside pas uniquement dans le produit. Il tient aussi, et surtout, à celui qui l’administre. L’intervention d’« influenceurs » ou de praticiens autoproclamés, sans formation médicale, est au cœur du problème. Attirés par des prix défiant toute concurrence, certains patients se tournent vers ces offres illégales, sans mesurer les risques encourus.

    Un coût moindre qui, dans certains cas, peut se payer au prix fort : celui de la santé, voire de la vie. Car injecter un filler ne se résume pas à un geste esthétique, selon la médecin. Il s’agit d’un acte médical à part entière, impliquant la pénétration de la peau et nécessitant une parfaite connaissance de l’anatomie humaine.

    En droit tunisien, la règle est claire : seul un médecin — dermatologue, chirurgien esthétique ou médecin formé à ces pratiques — est habilité à réaliser ce type d’injection. Toute autre personne s’y livrant se rend coupable d’exercice illégal de la médecine, une infraction passible de sanctions pénales, incluant des peines de prison et des amendes.

    Pourtant, malgré ce cadre légal, les dérives persistent. Centres non autorisés, prestations à domicile, offres promotionnelles sur les réseaux sociaux : autant de pratiques qui échappent au contrôle et banalisent un acte qui devrait rester strictement médical. Et en l’absence de vigilance, la frontière entre soin et danger peut être rapidement franchie.

    Face à cette situation, la spécialiste ne s’est pas contentée d’alerter. Elle a lancé un appel explicite aux autorités tunisiennes, notamment au ministère de la Santé et celui du Commerce, pour intensifier les campagnes de contrôle. Elle a plaidé pour la fermeture immédiate des centres esthétiques et salons de beauté pratiquant illégalement des injections, ainsi que pour un renforcement strict de la surveillance des produits circulant sur le marché.

    Plus encore, Imene Ben Amara a appelé à une réponse adaptée à l’ère numérique : la mise en place d’un véritable « policier électronique » chargé de traquer et de fermer les pages et comptes en ligne qui commercialisent ces produits de manière illégale. Une proposition qui souligne l’ampleur du phénomène, désormais largement alimenté par les réseaux sociaux et le commerce informel en ligne.

    N.J

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