Sur le réseau X, une publication largement partagée affirme présenter un classement des plus grands producteurs d’électricité en Afrique. Le post indique notamment que l’Égypte occuperait la première place avec 62 700 mégawatts, devant l’Afrique du Sud avec 61 200 mégawatts, suivies de l’Algérie, du Nigeria, du Maroc, de la Libye, de l’Éthiopie, de l’Angola, de la Tunisie et du Ghana. Cette liste a été reprise massivement et a suscité de nombreuses réactions, notamment sur la place de certains pays et sur la fiabilité des chiffres avancés. Face à la viralité de cette publication, nous avons vérifié la véracité de ce classement.

Avant toute chose, il est important de rappeler qu’un classement de ce type peut être trompeur si l’on ne précise pas clairement ce qui est mesuré. En effet, il existe une différence majeure entre la capacité installée, exprimée en mégawatts, et la production réelle d’électricité, exprimée en kilowattheures ou gigawattheures par an. La capacité installée correspond à la puissance maximale théorique que les centrales peuvent produire si elles fonctionnent à plein régime. La production réelle dépend, elle, de nombreux facteurs comme la disponibilité des infrastructures, l’accès au carburant, les pannes, les sécheresses dans le cas de l’hydroélectricité, ou encore la demande intérieure.
Or, la publication virale mélange implicitement ces notions. Elle utilise l’unité mégawatts, ce qui renvoie normalement à la capacité installée, mais elle parle de « producteurs d’électricité », ce qui peut être interprété comme un classement basé sur la production annuelle réelle. Ce flou méthodologique rend la publication difficilement vérifiable telle quelle et ouvre la porte à des interprétations erronées.
En examinant les données publiques disponibles sur la production annuelle d’électricité en Afrique, plusieurs sources statistiques montrent que l’Afrique du Sud demeure généralement le premier producteur du continent en volume annuel, suivie par l’Égypte. Une base de données compilant les statistiques de production annuelle indique ainsi que l’Afrique du Sud produit plus d’électricité que l’Égypte sur une année, ce qui contredit l’affirmation du post viral plaçant l’Égypte en tête. Ces données confirment toutefois que les deux pays dominent largement le reste du continent, l’Algérie figurant souvent en troisième position selon les années.
Concernant la capacité installée, certains classements circulant sur internet attribuent effectivement à l’Égypte et à l’Afrique du Sud des niveaux relativement proches, dépassant tous deux les 50 000 MW, ce qui rend plausible l’idée qu’ils occupent les deux premières places. Cependant, les chiffres exacts cités dans la publication virale, notamment les 62 700 MW pour l’Égypte et les 61 200 MW pour l’Afrique du Sud, ne sont pas systématiquement confirmés par des sources officielles facilement consultables et datées les chiffres datent de 2023. Plusieurs listes similaires existent sur des pages communautaires ou des publications reprises sans méthodologie, ce qui laisse penser que ces valeurs peuvent provenir d’estimations, de données anciennes ou d’agrégations non transparentes.
Autrement dit, même si l’idée générale selon laquelle l’Égypte et l’Afrique du Sud dominent largement le continent sur le plan électrique est globalement correcte, le classement viral reste problématique car il ne précise ni l’année de référence, ni la source des chiffres, ni la méthode utilisée. De plus, en matière de production réelle d’électricité, les données disponibles montrent que l’Afrique du Sud conserve souvent la première place, ce qui contredit directement l’ordre affiché dans la publication.
Pour la Tunisie, les données officielles récentes montrent que le pays dispose d’une capacité de production d’électricité d’environ 5 944 mégawatts (MW) installés répartis dans une vingtaine de centrales, principalement thermiques à gaz naturel. Cette capacité est largement dominée par la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) qui contrôle plus de 92 % de la puissance installée et produit l’essentiel de l’électricité nationale. En 2023 et 2024, la Tunisie a produit chaque année plus de 21 000 gigawattheures (GWh) d’électricité, dont seulement une petite fraction provient des énergies renouvelables (solaire, éolien, hydroélectrique), qui représentent encore moins de 5 % de la capacité totale.
Enfin, l’inclusion de pays comme la Tunisie, le Ghana ou l’Angola dans le top 10 peut correspondre à certaines estimations de capacité installée, mais cela dépend fortement de la période étudiée, des projets récemment mis en service, et des données prises en compte. En l’absence de références précises, il est impossible d’affirmer que cette liste reflète fidèlement la réalité actuelle.
R.A.












