Par Mohamed Salah Ben Ammar
Il y a des moments où le réel cesse de demander la permission, comme il y a des échecs immédiats et des échecs tardifs.
Les premiers sont rapidement visibles et ne prennent même pas la peine d’attendre les analyses économiques pour s’imposer dans le quotidien des Tunisiens, les pénuries, les files d’attente, les marchés et les fins de mois impossibles.
Les seconds, plus douloureux, arrivent plus lentement, comme des héritages politiques dont personne ne veut mais que tout le monde finit par payer.
Les Tunisiens finiront par les payer un jour. Malheureusement, seuls certains le réalisent, d’autres les ignorent ou ne veulent pas les voir.
Entre les deux, une certitude : les décisions erratiques, prises dans la précipitation, coupées du réel, non étudiées, ont toujours une excellente mémoire et leurs conséquences finissent toujours par devenir une réalité douloureuse.
Face à la vie chère, il aurait été possible de corriger, d’ajuster, de comprendre et d’atténuer les conséquences de la hausse du prix du pétrole ou des années de sécheresse. Mais c’est une option manifestement trop simple. On lui a sciemment préféré la narration. À défaut de politique économique étudiée, une politique de personnages. Spéculateurs, réseaux occultes, conspirations de la faim. Une galerie très pratique : elle explique tout sans jamais rien résoudre.










