Pénurie de médicaments, coûts jugés excessifs, difficultés de remboursement, lourdeur administrative de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) et pouvoir d’achat sous pression : quand se soigner devient un luxe, à travers l’exemple d’un patient incapable de financer son traitement, le professeur universitaire en économie, Ridha Chkoundali, a vivement critiqué, jeudi 23 avril 2026, les dysfonctionnements du système de santé et alerté sur l’éloignement de l’État de sa mission sociale.
Dans une publication diffusée sur Facebook, l’universitaire a dressé un constat sévère de la situation sociale et économique, évoquant les tensions croissantes autour de l’accès aux soins, les contraintes liées au système de remboursement et la cherté persistante de plusieurs produits de consommation.
Une remise en cause du rôle social de l’État
Dès l’ouverture de son message, Ridha Chkoundali estime que l’État s’éloigne de son rôle social, en contradiction, selon lui, avec les orientations et slogans affichés.
Selon l’universitaire, une véritable politique sociale devrait garantir aux citoyens un accès normal aux médicaments, notamment ceux liés aux maladies graves ou chroniques. Or, il affirme que de nombreux produits pharmaceutiques seraient absents du marché, y compris des traitements jugés essentiels.
Il considère également que l’accessibilité ne dépend pas seulement de la disponibilité, mais aussi du niveau des prix. À ses yeux, les médicaments devraient rester compatibles avec le pouvoir d’achat des ménages, ce qui ne serait plus le cas actuellement.
L’exemple d’un patient confronté à des coûts élevés
Pour illustrer son propos, l’universitaire rapporte une scène observée dans une pharmacie concernant un citoyen qu’il présente comme appartenant à la classe moyenne et souffrant d’une maladie cardiaque.
Il explique que ce patient devait acheter l’ensemble des médicaments prescrits pour une durée de trois mois afin de déposer un dossier de remboursement auprès de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), celle-ci n’acceptant, selon lui, que des demandes couvrant cette période.
La liste citée comprend les médicaments suivants, à raison d’une boîte par mois :
- Teraglor : 120 dinars
- Divinus : 52 dinars
- Ezemib : 47 dinars
- Vessel : 49 dinars
- Nebilet : 35 dinars
- Triatec : 34 dinars
Selon Ridha Chkoundali, la facture totale pour trois mois dépasserait mille dinars, un montant qu’il juge particulièrement lourd pour un ménage moyen.
Il ajoute que le patient espérait ensuite récupérer une partie des sommes engagées via la Cnam, après plusieurs mois d’attente.
Entre rigidités administratives et renoncement aux soins
Dans son témoignage, l’universitaire affirme que ce citoyen aurait demandé à régler la somme en plusieurs échéances au moyen de chèques de garantie, mais que la pharmacie lui aurait indiqué que la nouvelle réglementation ne le permettait plus.
Le patient aurait alors proposé d’acheter uniquement un mois de traitement, pour un montant de 337 dinars. Toutefois, selon le récit de M. Chkoundali, cette solution n’aurait pas permis de compléter les documents exigés par la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) pour le remboursement.
Face à cette impasse administrative et financière, il indique que l’intéressé aurait finalement renoncé à acheter ses médicaments, prenant ainsi le risque d’interrompre son traitement.
Classe moyenne fragilisée, ménages modestes davantage exposés
À travers cet exemple, Ridha Chkoundali estime que les difficultés ne concernent plus seulement les catégories vulnérables, mais touchent désormais aussi la classe moyenne.
Il s’interroge également sur la situation des ménages les plus modestes affiliés au système du tiers payant. Il souligne que certains assurés rencontreraient des difficultés supplémentaires, plusieurs pharmaciens refusant, selon lui, d’opérer dans ce cadre.
Dysfonctionnements au sein de la Cnam
L’universitaire critique aussi la gestion du système de couverture santé. Il affirme que la Cnam fonctionnerait depuis plusieurs mois sans directeur général.
Il appelle par ailleurs le ministère de la Santé à effectuer des visites de terrain dans les différentes structures de la caisse afin de constater, selon ses termes, l’encombrement et les situations de désorganisation relevées dans certaines zones fortement peuplées, citant notamment Cité Ettadhamen.
Santé, alimentation et coût de la vie
Au-delà du secteur de la santé, l’universitaire élargit sa critique à la hausse générale des prix. Il évoque une flambée persistante du coût de la vie et un relâchement du contrôle des prix, touchant particulièrement les produits agricoles et alimentaires.
Cette pression inflationniste, combinée au coût croissant des soins et aux difficultés d’accès aux médicaments, pèserait lourdement sur le budget des ménages tunisiens.
Un message à portée économique et sociale
À travers cette publication, Ridha Chkoundali dresse le portrait d’un quotidien marqué, selon lui, par l’érosion du pouvoir d’achat, les obstacles bureaucratiques et la fragilisation des services publics.
Son message relance ainsi le débat sur la capacité de l’État à assurer pleinement sa mission sociale dans un contexte économique tendu, où santé, consommation et protection sociale demeurent au cœur des préoccupations des citoyens.

I.N.










