La Société tunisienne de banque (STB) reste bénéficiaire en 2025, mais ses résultats reculent nettement. Les commissaires aux comptes valident les états financiers avec réserve, pointant des montants importants logés dans des comptes anciens non apurés et des faiblesses dans le système comptable.
À l’instar de plusieurs autres banques, la Société tunisienne de banque (STB) a publié cette semaine ses états financiers pour l’exercice 2025.
Banque publique, contrôlée majoritairement par l’État tunisien, la STB occupe une place centrale dans le paysage bancaire national, ce qui confère à ses résultats et à la qualité de ses comptes une importance particulière.
À première vue, les chiffres de la STB pour 2025 restent positifs : la banque demeure bénéficiaire, aussi bien au niveau individuel qu’au niveau consolidé. Mais derrière cette apparente stabilité, les évolutions ne racontent pas exactement la même histoire.
Au niveau consolidé, le résultat net s’établit à 58,7 millions de dinars, contre 91,1 millions de dinars en 2024, soit un recul net de la rentabilité.
Dans les comptes individuels, en revanche, le bénéfice ressort à 65,93 millions de dinars, contre 63,665 millions de dinars en 2024. Un niveau légèrement supérieur à celui de l’année précédente, mais uniquement après prise en compte des modifications comptables, ce qui donne une lecture plus nuancée de la performance.
Les deux approches — individuelle et consolidée — ne racontent donc pas exactement la même évolution, l’une faisant apparaître une légère progression, l’autre un recul marqué.
Cette divergence s’explique en partie par le poids du coût du risque et des ajustements opérés au niveau du groupe. Car dans le même temps, l’activité commerciale ne fléchit pas. Le produit net bancaire progresse, traduisant une dynamique toujours soutenue.
Mais cette progression est absorbée par la hausse des provisions, qui viennent peser sur le résultat consolidé. Autrement dit, la STB continue de générer du produit, mais une part importante de ce produit est mobilisée pour couvrir les risques et assainir le bilan.
Ce mouvement se traduit concrètement par la poursuite des opérations de nettoyage. En 2025, la banque a ainsi procédé à la radiation et à la cession de créances pour un montant global de 98,8 millions de dinars, dont une partie au dinar symbolique. Mais au-delà des chiffres, c’est la lecture du rapport des commissaires aux comptes qui change la perspective.
Une validation… sous réserve
Les commissaires aux comptes de la STB, Abderrazak Gabsi et Abderrazak Souei, ne rejettent pas les comptes. Mais ils ne les valident pas pleinement non plus.
Leur conclusion est claire : une opinion avec réserve.
Dans le langage de l’audit, cela signifie que les états financiers sont globalement fiables, mais qu’ils comportent des éléments suffisamment importants pour être signalés. Et ces éléments ne sont pas anecdotiques.
La réserve formulée par les commissaires aux comptes porte principalement sur deux rubriques : “autres actifs” et “autres passifs”.
Derrière ces intitulés techniques se cachent des comptes anciens, des soldes figés et une accumulation de comptes d’attente et de régularisation. Des écritures en suspens, en quelque sorte, qui n’ont pas été totalement apurées.
Les montants sont significatifs : 94,176 millions de dinars à l’actif, 114,125 millions de dinars au passif. Soit plus de 200 millions de dinars.
Ces comptes regroupent notamment des opérations liées à la télécompensation, à la monétique ou encore à des traitements internes.
Pour le lecteur, cela signifie une chose simple : une partie des comptes repose encore sur des écritures en attente de clarification.
Un problème qui dépasse les écritures
Les commissaires aux comptes précisent que ces anomalies sont liées notamment à certaines composantes du système d’information et au contrôle comptable de la banque.
Autrement dit, le problème ne se limite pas à quelques lignes de bilan. Il touche à la manière dont les opérations sont enregistrées, suivies et fiabilisées.
Les auditeurs indiquent d’ailleurs qu’un rapport détaillé sur ces faiblesses a été remis à la direction.
Les commissaires aux comptes relèvent également une situation de participations croisées. Certaines filiales de la STB détiennent des actions de la banque mère, en contradiction avec les règles en vigueur. Dans l’attente de régularisation, ces participations sont privées de droits de vote.
Là encore, il ne s’agit pas d’un élément central des comptes, mais d’une situation non conforme qui doit être corrigée.
Une banque qui avance, mais qui n’a pas tout réglé
Abderrazak Gabsi et Abderrazak Souei prennent soin de préciser qu’ils n’ont pas identifié de déficiences majeures remettant en cause l’ensemble des états financiers, en dehors des éléments ayant motivé leur réserve et cette nuance est importante en cette période où la suspicion est présente partout. En termes plus simples, ils disent que les comptes sont valides, mais ils ne sont pas encore totalement propres.
La STB n’est pas une banque en difficulté immédiate. Elle reste bénéficiaire, elle poursuit son activité et elle continue d’assainir son bilan. Mais elle n’a pas encore totalement tourné la page.
Entre la baisse du résultat, la hausse du coût du risque et la présence de plus de 200 millions de dinars dans des comptes non apurés, le constat est clair : le nettoyage est engagé, mais il reste incomplet.
Bien entendu, les commissaires aux comptes ne formulent ni de jugement politique ni stratégique, ils se contentent de constater.
Mais leur réserve résume à elle seule la situation : les comptes sont globalement fiables, mais ils reposent encore, en partie, sur des éléments qui nécessitent d’être clarifiés.
Et tant que ces montants resteront en suspens, la question de la qualité réelle du bilan continuera de se poser.
En résumé, la STB n’est pas en situation d’alerte, mais elle n’est pas non plus totalement sortie de ses fragilités. Les commissaires aux comptes ne remettent pas en cause les comptes dans leur ensemble, mais ils rappellent, noir sur blanc, que certains chantiers restent ouverts et qu’ils doivent être traités.
Raouf Ben Hédi













