Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

IA et banques tunisiennes : une modernisation à deux vitesses sur fond de fragilités structurelles

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Abdelwaheb Ben Moussa

    Par Abdelwaheb Ben Moussa

    L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans le secteur bancaire tunisien. Portée par des discours de modernisation et d’efficacité, elle est présentée comme un levier de transformation majeur.

    Mais cette dynamique masque une réalité plus contrastée : celle d’un secteur profondément hétérogène, où les capacités d’adaptation diffèrent fortement selon les établissements.

    Un secteur bancaire structurellement dual

    Le système bancaire tunisien ne constitue pas un ensemble homogène en transformation.

    Il se caractérise par une dualité persistante.

    D’un côté, les banques privées disposent de marges de manœuvre leur permettant d’investir dans des solutions d’intelligence artificielle appliquées au scoring, à la détection de fraude ou à l’analyse prédictive.

    De l’autre, les banques publiques restent contraintes par des fragilités structurelles : qualité des actifs, systèmes d’information vieillissants et capacité d’investissement limitée.

    Les états financiers récents de la Société Tunisienne de Banque illustrent cette réalité. Bien que certifiés, ils demeurent assortis de réserves importantes dépassant les 200 millions de dinars, traduisant un niveau d’incertitude non négligeable.

    Dans ce contexte, l’idée d’une transformation uniforme portée par l’IA apparaît difficilement soutenable.

    Une technologie qui intensifie davantage qu’elle ne remplace

    L’intelligence artificielle ne se traduit pas systématiquement par une réduction de la charge de travail.

    Elle en modifie la nature.

    Les conseillers bancaires sont amenés à traiter davantage de dossiers dans des délais plus courts, tout en conservant la responsabilité de valider les décisions issues des systèmes automatisés.

    Cette évolution se traduit par une intensification des rythmes de travail et une augmentation de la charge cognitive, encore peu documentées dans le contexte tunisien.

    Des impacts différenciés sur l’emploi

    Les effets de l’IA ne sont pas homogènes selon les catégories professionnelles.

    Les profils qualifiés — analystes, gestionnaires de risques, cadres — voient leurs fonctions évoluer vers davantage de supervision et d’analyse.

    En revanche, les métiers à forte composante répétitive ou administrative apparaissent plus exposés aux effets de l’automatisation.

    Dans un contexte marqué par un chômage structurel élevé, la question de l’accompagnement des reconversions professionnelles reste posée.

    Une transformation qui ne corrige pas les fragilités structurelles

    L’intelligence artificielle ne constitue pas une réponse aux déséquilibres fondamentaux du secteur bancaire.

    Elle ne résout ni les problématiques de créances douteuses, ni les insuffisances de gouvernance, ni les contraintes liées à la structure des bilans.

    Dans certains cas, elle peut même renforcer une forme d’opacité dans l’évaluation des risques, en complexifiant les mécanismes de décision.

    Dépendance technologique et enjeux de souveraineté

    Le recours à des solutions d’intelligence artificielle développées à l’étranger est aujourd’hui largement dominant.

    Cette situation soulève des questions en matière de gouvernance et de maîtrise des outils.

    La capacité à auditer les algorithmes, à identifier les biais et à adapter les modèles aux spécificités du marché tunisien demeure limitée.

    Or ces systèmes peuvent influencer directement des décisions sensibles, notamment en matière d’octroi de crédit.

    Un rôle central pour la Banque Centrale de Tunisie

    Dans ce contexte, le rôle de la Banque Centrale de Tunisie apparaît déterminant.

    L’encadrement de l’intelligence artificielle dans le secteur financier nécessite la mise en place de dispositifs adaptés, notamment en matière de transparence, d’auditabilité et de contrôle des systèmes automatisés.

    Une transformation encore incomplète

    L’intelligence artificielle agit davantage comme un amplificateur que comme un facteur de correction.

    Elle renforce les dynamiques existantes : les acteurs les mieux structurés en bénéficient davantage, tandis que les établissements fragilisés voient leurs contraintes accentuées.

    Dans ces conditions, la réussite de cette transformation dépendra moins de l’adoption technologique que de la capacité à engager une réforme globale du secteur bancaire.

    BIO EXPRESS

    Abdelwaheb Ben Moussa – Ingénieur en informatique / Cadre dans une banque publique

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *