À l’approche des examens nationaux, les autorités tunisiennes intensifient leur lutte contre les réseaux spécialisés dans la fraude scolaire. Oreillettes miniatures, stylos modifiés, cartes de connexion et même drone saisi : les réseaux de triche aux examens, notamment au baccalauréat, misent sur des outils de plus en plus sophistiqués.
Derrière ces pratiques se cachent désormais de véritables organisations structurées, lucratives et technologiquement outillées, actives sur les réseaux sociaux et motivées par le gain financier. Certaines vont jusqu’à proposer des packs “VIP”, une assistance à distance et divers gadgets dissimulés destinés à contourner les contrôles.
Lundi 27 avril 2026, au micro de Lilia Housseini dans l’émission Yahdouthou Fi Tounes sur la Radio nationale tunisienne, Sahbi Amri a détaillé les rouages de ces réseaux ainsi que la riposte engagée par les autorités.
Une vigilance maintenue tout au long de l’année
Dès le début de son intervention, M. Amri a tenu à préciser que la lutte contre la fraude ne se limite pas à la période des examens. Selon lui, les services concernés travaillent tout au long de l’année sur ce dossier, considéré comme prioritaire en raison de son impact direct sur l’égalité des chances entre les candidats ainsi que sur la crédibilité du système éducatif. Il a souligné que les affaires rendues publiques ne représentent qu’une partie du travail accompli, plusieurs opérations étant conduites de manière continue et souvent dans la discrétion.
Un premier réseau démantelé en mars
Le responsable a notamment évoqué deux dossiers récents traités par les unités spécialisées. La première affaire remonte, selon ses déclarations, au 17 mars 2026, lorsque les enquêteurs ont exploité des informations relatives à des pages actives sur les réseaux sociaux et utilisées pour commercialiser du matériel électronique destiné à la fraude pendant les examens. Les investigations ont permis d’identifier les personnes impliquées puis de remonter progressivement la filière d’approvisionnement. M. Amri a expliqué que les recherches ne s’arrêtent jamais au simple revendeur, mais visent également les sources d’entrée du matériel et l’ensemble des intervenants du réseau.
Cette opération a conduit à la saisie de plusieurs équipements, parmi lesquels figuraient des cartes de connexion téléphonique, deux batteries, 62 protections d’oreillettes, 66 mini-oreillettes ainsi que des stylos équipés de dispositifs Bluetooth dissimulés. Il a également indiqué qu’un ressortissant étranger originaire d’un pays voisin était impliqué dans cette affaire.
Des offres commerciales ciblant les candidats
Sahbi Amri a ensuite détaillé une seconde opération visant un réseau qui proposait directement ses services à des candidats à travers des pages en ligne publiant des offres commerciales structurées. Selon lui, certains groupes vont jusqu’à présenter des formules complètes promettant un accompagnement durant les examens, avec des appellations marketing destinées à séduire les élèves et leurs familles. Le principe repose sur la transmission des sujets vers l’extérieur puis l’envoi des réponses au candidat équipé de matériel discret.
Dans cette seconde affaire, les services sécuritaires ont procédé à la saisie de huit cartes de connexion, d’une bombe de gaz incapacitant, d’une somme de 5.000 dinars, de dix oreillettes discrètes, de 200 batteries ainsi que d’un drone. Des mesures judiciaires ont également été engagées à l’encontre des personnes concernées.
Des réseaux structurés à but lucratif
À travers ses explications, M. Amri a insisté sur le fait que ces réseaux ne relèvent pas d’initiatives isolées, mais d’organisations structurées dont l’objectif premier est le profit financier. Il a affirmé que certains équipements, acquis à faible coût à l’étranger, sont revendus en Tunisie à des prix largement majorés, parfois sous forme de packs ciblant spécifiquement les candidats au baccalauréat. Il a également rappelé que l’introduction de ce matériel s’effectue souvent hors des circuits légaux, à travers des filières de contrebande.
Une technologie de fraude en constante évolution
Interrogé sur la nature des dispositifs utilisés, il a expliqué que les techniques évoluent rapidement. Mini-oreillettes presque invisibles, stylos modifiés, kits Bluetooth miniaturisés, lunettes connectées ou autres accessoires dissimulés sont conçus, selon lui, pour contourner les contrôles dans les centres d’examen et compliquer la tâche des surveillants. Cette évolution technologique impose, a-t-il estimé, une adaptation permanente des moyens de détection et de prévention.
Les familles appelées à jouer un rôle central
Dans ses propos, le responsable du ministère de l’Intérieur a également adopté une lecture plus nuancée du phénomène, estimant que certains élèves peuvent être attirés ou manipulés par ces réseaux. La pression de la réussite scolaire, combinée à la promesse d’un succès rapide, peut pousser certains candidats à céder à ces offres. Il a néanmoins insisté sur la nécessité de valoriser l’effort personnel et le mérite.
Sahbi Amri a particulièrement insisté sur le rôle des familles, qu’il considère comme central dans la prévention. Selon lui, les parents doivent suivre la scolarité de leurs enfants tout au long de l’année, les encourager à travailler régulièrement et refuser toute banalisation de la fraude. Il a également appelé à la vigilance face à la présence éventuelle de matériel suspect et à toute dépense inhabituelle liée à ce type de pratiques.
Des sanctions judiciaires prévues
Sur le plan judiciaire, il a rappelé que plusieurs qualifications peuvent être retenues contre les personnes impliquées, notamment la contrebande de matériel électronique, l’assistance à la fraude ou encore la participation à des réseaux organisés. Il a assuré que ces dossiers font l’objet d’un traitement rigoureux par les autorités compétentes.
Le brouillage, une solution complexe
Questionné sur la possibilité de brouiller les communications autour des centres d’examen, M. Amri a estimé que cette solution restait bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il a expliqué qu’un brouillage ciblé pourrait affecter d’autres structures voisines, qu’il s’agisse d’entreprises privées, d’administrations ou de services publics situés à proximité des établissements scolaires. Une telle option nécessiterait, selon lui, des études techniques poussées ainsi que des équipements adaptés à l’évolution constante des méthodes de fraude.
Un enjeu national collectif
En conclusion, Sahbi Amri a insisté sur la dimension collective de cette lutte. À ses yeux, la protection des examens nationaux ne peut reposer uniquement sur les services sécuritaires, mais suppose une mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés, notamment les structures éducatives, les services douaniers, les autorités chargées des technologies de communication ainsi que les familles. L’objectif, a-t-il souligné, demeure la préservation de l’égalité des chances entre candidats et de la valeur des diplômes nationaux.
I.N.










