Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

La Tunisie au travail… ou presque : l’absentéisme en chiffres

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Nadya Jennene

    Ils sont là sur les feuilles de calcul, dans les colonnes bien alignées des rapports et des bilans. Mais derrière ces chiffres, il y a des bureaux vides, des machines à l’arrêt et une question : où sont passés les travailleurs ? L’absentéisme, souvent relégué au rang de simple indicateur de gestion, s’impose aujourd’hui comme un symptôme plus profond du malaise professionnel en Tunisie, entre fatigue sociale, conditions de travail dégradées et angles morts du cadre légal.

    C’est ce constat que dresse Hatem Helal, président de l’Association tunisienne des inspecteurs du travail, en s’appuyant sur des données qui, sans être officielles, esquissent une réalité difficile à ignorer.

    Lors d’une intervention sur les ondes de la radio Express FM, lundi 27 avril 2026, Hatem Helal, a dressé un état des lieux préoccupant de l’absentéisme au travail en Tunisie, sur la base de statistiques non officielles issues d’une étude de l’Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives.

    Une hémorragie silencieuse pour l’économie

    Selon ces données, le taux d’absentéisme dans la fonction publique serait nettement supérieur à celui observé dans le secteur privé, oscillant entre 10 et 15%. Ce phénomène représenterait, à l’échelle de l’administration publique, près de deux millions de journées de travail perdues, soit environ 2% du budget de l’État. 

    Dans le secteur privé, le taux est estimé entre 5 et 10%, avec une incidence particulièrement marquée dans le textile et les industries transformatrices. Les pertes économiques sont évaluées à environ 2,1 % du chiffre d’affaires global du secteur privé. 

    Sur le plan des causes, Hatem Helal a distingué les absences justifiées et injustifiées, en soulignant que, dans le secteur privé, près de 60% des cas seraient liés à des raisons de santé. 

    Au-delà des chiffres, les failles d’un système

    Les conditions de travail arrivent également en tête des facteurs explicatifs, notamment le manque de motivation, les environnements professionnels jugés peu favorables ou encore l’absence de dispositifs d’amélioration du bien-être des salariés.

    Le responsable a également pointé du doigt certaines insuffisances législatives. Il a notamment évoqué des zones d’ombre dans le Code du travail concernant la reconnaissance des maladies graves et la prise en charge des traitements complexes, laissant une marge d’appréciation importante aux certificats médicaux délivrés, sans mécanismes de contrôle suffisamment harmonisés. Les procédures administratives en matière de suivi et d’inspection des arrêts maladie ont, elles aussi, été jugées lourdes. 

    Hatem Helal a estimé que la seule approche législative ne saurait suffire à endiguer le phénomène de l’absentéisme. Il a plaidé pour une stratégie globale intégrant un accompagnement psychologique et social des salariés, une meilleure communication interne au sein des entreprises, ainsi qu’une révision des horaires de travail dans les secteurs public et privé, notamment pour les femmes. 

    Il a également insisté sur l’importance d’améliorer les conditions de travail et de renforcer les politiques de motivation, à travers notamment des primes de productivité et d’assiduité, afin de favoriser un climat professionnel plus stable et plus engageant.

    N.J

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *