Dans une interview consacrée à la question des chiens errants, le vétérinaire Ayman Bahrouni a appelé à la mise en place d’un plan national structuré combinant vaccination, stérilisation et création de refuges, estimant que la situation actuelle en Tunisie constitue un enjeu à la fois sanitaire, social et sécuritaire.
Intervenant sur les ondes de la Radio nationale, mardi 28 avril 2026, le médecin a avancé que la prolifération des chiens errants dans l’espace public ne pourrait plus être abordée par des réponses ponctuelles ou locales. Le phénomène, qualifié de « préoccupant » par le praticien, s’est amplifié au fil des années dans plusieurs régions du pays, avec des conséquences directes sur la sécurité des citoyens et la santé publique.
Un phénomène en expansion et des risques bien réels
Il évoqué notamment des cas de morsures et des risques de transmission de maladies, rappelant que les chiffres annuels liés aux agressions canines et aux suspicions d’infection restent significatifs et nécessitent une réponse coordonnée des autorités.
Le vétérinaire a insisté d’abord sur plusieurs causes structurelles majeures. De nombreux chiens sont, selon lui, laissés dans la nature par leurs propriétaires, ce qui favorise leur reproduction incontrôlée et l’augmentation rapide des populations errantes. Cette dynamique, combinée à l’absence de dispositifs systématiques de contrôle, conduit à une saturation progressive de certains espaces urbains et périurbains.
Face à cette situation, Ayman Bahrouni a rejeté l’idée que la seule méthode de régulation puisse être l’élimination systématique des animaux. Il estime que les opérations de capture ou d’abattage ne constituent pas une solution durable, car elles ne traitent pas la source du problème.
Selon le médecin, dans les zones où des groupes de chiens sont déjà installés, toute élimination partielle est rapidement compensée par l’arrivée d’autres animaux, attirés par les territoires laissés vacants.
Stérilisation, vaccination, refuges : la piste d’une stratégie durable
Le spécialiste a plaidé donc pour une stratégie différente, fondée sur la stérilisation massive et la vaccination des chiens errants, ainsi que la création de centres de prise en charge qui permettraient, selon lui, de contrôler progressivement la reproduction des animaux tout en réduisant les risques sanitaires.
Il a souligné, par ailleurs, que la stérilisation aurait également un impact comportemental, en diminuant certains facteurs hormonaux liés à l’agressivité et aux comportements territoriaux.
Dans le même esprit, Ayman Bahrouni a insiste sur l’importance de la vaccination systématique, en particulier contre les maladies transmissibles à l’homme. Un programme de recensement et d’identification des animaux est également jugé indispensable afin d’assurer un suivi efficace et une meilleure traçabilité.
Le praticien a proposé en parallèle la création de refuges structurés pour la prise en charge des animaux capturés, ainsi que la promotion de l’adoption par les citoyens. Selon lui, ces dispositifs doivent être intégrés dans une politique publique cohérente et durable, associant les municipalités, les services vétérinaires, les ministères concernés et la société civile.
Le vétérinaire a rappelé que plusieurs expériences menées localement dans certaines municipalités n’avaient pas abouti à des résultats durables, faute de continuité et de coordination nationale. Il a appelé ainsi à dépasser les initiatives isolées pour instaurer une stratégie globale, à l’image d’autres programmes nationaux de santé animale ou de lutte contre certaines épidémies.
Il avancé que l’État devrait jouer un rôle central dans la mise en œuvre de ce plan, en coordination avec les collectivités locales et les professionnels du secteur vétérinaire, car, sans cadre national clair, les efforts dispersés risquent, selon lui, de rester insuffisants face à l’ampleur du phénomène.
Ayman Bahrouni a mis en garde contre les effets de la polarisation du débat sur les réseaux sociaux, où s’opposent régulièrement défenseurs des animaux et partisans de mesures plus radicales, appelant à replacer la discussion dans une logique de santé publique et de sécurité collective, loin des surenchères émotionnelles.
N.J










