La commission des droits et des libertés de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a consacré, mercredi 29 avril 2026, ses travaux à une question devenue centrale dans le débat public tunisien : la montée des discours de violence symbolique, de stigmatisation et de discrimination dans l’espace politique et médiatique.
Réunie sous la présidence de son président le député Thabet El Abed, la commission a dressé un constat préoccupant : celui d’un climat discursif marqué par des dérives répétées, allant de la diffamation politique à des formes de rhétorique excluante, voire ouvertement discriminatoire.
Cette réflexion intervient dans un contexte où le débat public tunisien a, à plusieurs reprises ces dernières années, été secoué par des polémiques liées à des propos à caractère raciste ou stigmatisant, notamment à l’égard des migrants subsahariens. Depuis 2023, après des déclarations officielles ayant évoqué des « flux migratoires » et des risques supposés de « changement démographique », plusieurs épisodes de tensions ont été recensés dans le pays : agressions, campagnes de désinformation, expulsions collectives et rassemblements hostiles aux migrants dans certaines régions.
Ces événements ont également suscité une forte inquiétude des organisations de défense des droits humains, qui ont alerté sur une recrudescence du discours de haine dans l’espace public, y compris sur les réseaux sociaux et dans certains cercles politiques. Le climat s’est accompagné d’une polarisation accrue du débat national sur les questions migratoires et identitaires.
Dans ce contexte déjà sensible, la commission parlementaire a dénoncé que ces dynamiques de langage dépassaient le simple cadre de la liberté d’expression pour toucher à la cohésion sociale et au respect des droits fondamentaux.
Lors de la séance, les députés ont particulièrement insisté sur la montée de ce qu’ils qualifient de « violence symbolique », englobant les discours de discrimination, de dénigrement, de trahison politique et d’exclusion de l’adversaire. Des pratiques qui se manifestent aussi bien dans l’hémicycle que dans le débat public élargi.
Le président de la commission a rappelé que ces dérives étaient contraires aux principes constitutionnels garantissant la dignité humaine, l’égalité et la liberté d’expression, en référence notamment aux articles 23 et 37 de la Constitution. Il a souligné la nécessité de protéger l’espace public contre toute forme d’incitation à la haine ou de remise en cause de la légitimité de l’autre.
Parmi les principales pistes évoquées figure l’élaboration d’un code de conduite destiné aux députés, visant à encadrer les pratiques discursives au sein de l’institution. Ce futur dispositif ambitionne d’instaurer des règles claires contre les discours de haine, les propos discriminatoires et les formes d’agression verbale dans le débat parlementaire.
Un rapport thématique sur la violence symbolique et les discours incitatifs dans l’espace public et institutionnel est également en cours de préparation, selon le communiqué de l’Assemblée. Ce document devrait inclure des recommandations opérationnelles visant à améliorer la qualité du débat démocratique et à renforcer les mécanismes de régulation éthique.
Les discussions ont également porté sur le rôle du paysage médiatique, régulièrement pointé du doigt dans les débats sur la polarisation de la société. Les députés ont évoqué la nécessité d’une meilleure responsabilisation des acteurs médiatiques face à la diffusion de contenus susceptibles d’alimenter les tensions sociales ou les stéréotypes.
Dans la même logique, la commission a annoncé l’organisation prochaine d’une audition consacrée au secteur audiovisuel, en présence d’universitaires, de représentants des journalistes et d’experts des médias.
Cette initiative parlementaire traduit une tentative de réponse institutionnelle à un climat de plus en plus marqué par les crispations identitaires, les tensions sociales et la fragilisation du débat démocratique. À titre de rappel, le lundi 13 avril 2026, lors d’un débat consacré notamment aux politiques migratoires, le député Tarak Mahdi avait suscité une vive polémique après avoir affirmé qu’une femme subsaharienne « ne pouvait pas être violée en Tunisie ». Pour étayer son propos, il avait avancé un argument largement dénoncé, évoquant la présence supposée de « suffisamment de femmes tunisiennes belles », ce qui, selon lui, rendrait improbable la commission de tels actes.
Cette déclaration avait été immédiatement critiquée pour sa dimension réductrice et pour la banalisation implicite des violences sexuelles, indépendamment de toute considération liée à la nationalité ou à l’origine des victimes.
Sur le terrain, des mobilisations publiques à forte charge identitaire, ont été organisées par des individus ouvertement opposés à l’hébergement des migrants subsahariens en Tunisie. Le samedi 28 mars 2026, une manifestation a été organisée devant le siège du gouvernorat de Tunis, réunissant plusieurs dizaines de participants autour du slogan controversé « La Tunisie aux Tunisiens ». Les manifestants y avaient appelé au départ des migrants subsahariens présents sur le territoire national, dans un contexte de crispation croissante autour des questions migratoires.
Ce rassemblement s’inscrivait dans une dynamique plus large de contestation, mêlant critiques des politiques migratoires européennes et remise en cause du cadre juridique encadrant la société civile en Tunisie, notamment le décret-loi n°88 de 2011 relatif aux associations. Celui-ci fait d’ailleurs l’objet d’un projet de révision à l’ARP.
La commission parlementaire a affirmé, dans le même communiqué susmentionné, poursuivre l’examen du projet de loi relatif aux associations, dans une approche qu’elle souhaite participative, en multipliant les consultations avec les acteurs concernés.
Elle a évoqué également sa volonté d’ouvrir une réflexion sur l’intégration de la notion de « droits des générations futures » dans les politiques publiques et les textes législatifs.
N.J











Commentaire
Gg
Le jour où les politiciens accepteront l’idée que les citoyens d’un pays veulent d’abord vivre chez eux et y vivre bien, avant de penser aux autres, sera un grand jour.
Égoïste ce que je dis?
Non, réaliste.
Voyez dans quel état est l’Europe. Ses fondateurs avaient un rêve universaliste, ils imaginaient que toutes les migrations étaient possibles, les immigrants se mélangeant les uns avec les autres et avec les populations d’origine dans la joie et la bonne humeur, sous le couvercle bienveillant des républiques laïques ou des constitutions existantes.
Et bien non, ca ne marche pas. Ce projet ne conduit qu’à faire exploser les sociétés.
Un exemple: que dit un délinquant grave tunisien lorsqu’il passe devant les juges?
Ses premiers mots sont: je ne reconnais pas vos lois, je n’obéis qu’à mon dieu.
Vous rendez vous compte que ces mots sont une déclaration de guerre?
Multipliée par le nombre , rendez vous compte des ravages produits.
Il en est ainsi dans tous les pays. Angleterre, Canada, Allemagne, USA, Japon… tous.
Si bien que les politiciens ne devraient pas forcer les choses à coups de lois et d’invectives.
L’huile et l’eau ne se mélangent pas.
Il faut procéder doucement, faire une mayonnaise.
Ça prend du temps…