Les récentes augmentations des salaires dans les secteurs public et privé suscitent des réactions mesurées. Pour Hafedh Laâmouri, expert en conflits du travail, ces hausses restent globalement “acceptables” au regard des équilibres économiques actuels et des contraintes pesant sur les finances publiques.
Dans une déclaration accordée à la Tap ce vendredi 1er mai 2026, il souligne que ces ajustements interviennent dans un contexte marqué par les tensions sur la caisse de compensation et la forte dépendance de l’économie tunisienne aux fluctuations internationales.
Des hausses différenciées selon les secteurs
Selon l’expert, les augmentations dans la fonction publique et les structures administratives ont dépassé les attentes initiales, notamment pour les agents de l’État, des collectivités locales et des établissements publics à caractère administratif.
À l’inverse, dans le secteur privé, la progression des salaires apparaît plus contenue. Le salaire minimum agricole a maintenu un rythme stable, tandis que dans les activités non agricoles, les hausses — comprises entre 5% et 6% — restent inférieures à celles enregistrées au cours des trois dernières années.
Un niveau qui, selon lui, reflète les capacités limitées du tissu économique national, dominé à près de 85% par de très petites entreprises employant moins de vingt salariés.
Entre inflation et capacités des entreprises
Pour les entreprises soumises aux conventions collectives, les augmentations ont été jugées en deçà des attentes, sans toutefois descendre sous le seuil de 5%. Un niveau en ligne avec l’inflation, ce qui les maintient dans une fourchette “raisonnable”.
Cette approche traduit un arbitrage entre la nécessité de préserver le pouvoir d’achat et celle d’éviter une pression excessive sur des entreprises déjà fragilisées.
Un cadre réglementaire élargi
Ces mesures s’inscrivent dans le cadre des décrets publiés au Journal officiel du 30 avril 2026, en application de la loi de finances 2026. Elles couvrent une large population : agents publics, entreprises publiques, magistrats et salariés régis par les conventions collectives.
En parallèle, le ministère des Affaires sociales a émis une série de textes réglementaires (n°66 à 69 de 2026) fixant le salaire minimum garanti dans les secteurs agricole et non agricole, tout en étendant les augmentations aux pensions de retraite et en prévoyant des sanctions pour les employeurs contrevenants.
Un équilibre fragile
Au final, ces revalorisations salariales illustrent la difficulté de concilier exigences sociales et contraintes économiques. Si elles permettent d’accompagner, dans une certaine mesure, l’évolution du coût de la vie, leur impact réel dépendra de la capacité de l’économie tunisienne à relancer la croissance et à soutenir durablement son tissu entrepreneurial.
S.H










