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Une polémique sordide

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Par Houcine Ben Achour

    Qui aurait pu imaginer que la stratégie de développement du mix-énergétique et de réduction de la dépendance du pays à l’énergie fossile allait être mise à mal pour des raisons aussi démagogiques tenant à la souveraineté et l’indépendance de décision ?  

    Pourtant, tout avait bien commencé avec la réunion à la fin de l’année 2025 du Conseil supérieur de la production privée d’électricité ; réunion au cours de laquelle une réelle prise de conscience est constatée sur l’importance stratégique de cette orientation et le retard préjudiciable pris pour développer les énergies alternatives, comme moyen de réduire la dépendance du pays aux énergies fossiles et ses multiples méfaits au niveau des finances publiques et environnementales, au profit d’énergies propres, solaire et éolien, d’autant que le pays recèle un potentiel considérable en la matière. Potentiel qui, s’il venait à être efficacement exploité, ne résoudrait pas seulement la problématique des finances publiques, mais répondrait dans le même temps aux besoins d’investissement, de croissance et d’emploi du pays

    Au début, c’était Prosol

    L’impératif de la transition énergétique s’est imposé à partir du milieu des années 2000 avec la promotion du programme Prosol de chauffe-eau solaire destiné au secteur résidentiel en 2005. A l’époque, le cours du baril avait gravi un énorme pallier puisque le cours moyen du baril a presque doublé par rapport à son cours durant la décennie 1990, passant d’une fourchette de 20-30 dollars le baril à une autre oscillant entre 60 et 75 dollars le baril.

    Dans le même temps des incitations à l’investissement dans le développement d’une part de la cogénération dans les activités industrielles et d’autre part dans la production d’électricité photovoltaïque pour l’irrigation en milieu agricole. La campagne fut l’objet d’une relance en 2008 suite à la flambée du cours du pétrole provoquée par la crise financière des « Subprimes ». Année qui allait enregistrer un record historique du cours du pétrole se situant entre 140 et 147 dollars le baril.

    Cette surchauffe allait persister durant le printemps arabe avec un cours oscillant entre 100 et 125 dollars, période au cours de laquelle le pays a fait appel au FMI pour résoudre ses difficultés structurelles de finances publiques. Il a fallu attendre 2014 pour voir resurgir la problématique de la transition énergétique et la promotion du mix énergétique.

    De lents progrès, mais des progrès quand même

    A la fin de 2016, la Tunisie se dotait d’un cadre législatif de promotion des énergies renouvelables. En janvier 2017, le gouvernement de l’époque annonçait un programme 2017-2020 pour une capacité installée en énergies renouvelables de 1860 Mégawatts (MW) :1070 MW solaire et 790 MW éolien.

    Étrangement, plus d’une année plus tard, en mai 2018, une nouvelle annonce officielle est exprimée par le gouvernement en place portant sur un programme 2018-2021 de projets de production d’électricité photovoltaïque et éolien sous le régime de la concession. S’ensuit la publication des appels d’offres de présélection.

    En juillet de la même année, 58 soumissionnaires se sont manifestés (38 pour les projets photovoltaïques et 20 pour les projets éoliens). Lors du dépouillement en novembre 2018, le gouvernement ne retiendra que 16 candidats pour le photovoltaïque et 12 candidats pour l’éolien. En juillet de l’année suivante, seules 8 offres financières sont proposées parmi les 28 candidats.

    En décembre 2019, seulement 5 projets photovoltaïques sont retenus sur des sites à Tozeur (50 MW), Sidi Bouzid (50 MW), Gafsa (100 MW), Kairouan (100 MW) et Tataouine (200 MW). Toutefois, ce n’est qu’une « adjudication provisoire ». Il faudra attendre la publication d’un décret-loi en décembre…2021 pour rendre définitive ces adjudications.

    Ainsi donc, il aura fallu près de cinq ans pour achever les procédures d’adjudication. Le projet de centrale photovoltaïque de Kairouan qui a vu le démarrage de sa production au mois de décembre a fait partie de la première cohorte des projets sélectionnés en novembre 2018. D’une capacité installée de 100 MW, c’est le seul projet d’une telle capacité qui a abouti. Les centrales de Tozeur ou de Sidi Bouzid font partie de cette cohorte de 2019. Les autres projets de même envergure sont encore dans ce qu’on appelle le « pipe », le tunnel administratif, d’une longueur élastique.

    Concession : l’exemple de la Centrale de Radès

    C’est que les projets de loi d’octroi de concession pour la production privée d’électricité photovoltaïque adopté par récemment par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) ont faits l’objet d’un Appel d’offre en décembre 2022, il y a plus de trois ans. Pourtant, le Conseil supérieur pour la production privée d’électricité avait donné son accord aux cinq projets au plus tard en décembre 2024. Cependant, il faudra attendre au mieux le début de l’année 2028 pour voir les 5 centrales de Khabna (Sidi Bouzid), Mazzouna (Sidi Bouzid), El Ksar (Gafsa), Zogdoud (Gafsa) et Menzel Habib (Gabes) entrées en production effective.

    Cela étant, le développement des énergies renouvelables constitue un des rares sinon le seul projet stratégique qui tient encore le coup, qui progresse cahin-caha, mais progresse malgré tout. Qu’en est-il du Code d’investissement ? Qu’en est-il du Code des changes ?

    Alors, pourquoi cette polémique sordide sur les conditions d’octroi de ces concessions ? Pourtant, elles ont eu cours concernant plusieurs projets auparavant. Celui de la centrale de production d’électricité en cycle combiné de Rades, l’un des piliers du système électrique du pays, en constitue l’exemple le plus éloquent. La concession fut octroyée à une société américaine sous la formule BOT (Bild-operate-transfert), à savoir que la conception, le financement, la construction de la centrale incombe au promoteur. Quant à l’exploitation, il n’en jouira que durant 20 ans. L’expérience fut tellement concluante que les autorités de l’époque ont décidé de l’extension de la centrale.

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    4 commentaires

    1. Vladimir Guez

      Répondre
      3 mai 2026 | 15h11

      La réponse a vos questions est assez évidente.
      Et le cas du Pakistan l’illustre assez bien .
      Vous savez pourquoi le solaire residentiel a explosé au Pakistan ?
      Tout bêtement parce que le prix de l’électricité y a doublé suite a l’arrêt des subventions (préconisations FMI) .
      Donc vous savez maintenant pourquoi les menages tunisiens n’investiront jamais massivement dans des panneaux photovoltaiques. Parce que ce n’est pas rentable face a de l’électricité subventionnée.
      Cqfd.

    2. Rationnel

      Répondre
      3 mai 2026 | 11h53

      Pourquoi la Tunisie n’a-t-elle pas encore libéré le potentiel du solaire distribué, résidentiel, agricole, industriel , qui ne nécessite ni appel d’offres international, ni contrat BOT de 20 ans, ni négociation avec le Parlement ?
      Le Pakistan, dont le PIB par habitant ( $1,360) est inférieur à celui de la Tunisie ($4181), a atteint 5,3 GW (5 fois l’objectif tunisien de 2030) de capacité solaire installée en seulement deux ans, grâce à une explosion des installations sur toiture. Le moteur de ce bond n’a pas été un grand projet d’État ni un investisseur émirati : ce sont les ménages, les agriculteurs et les entreprises qui ont massivement adopté le solaire, importé 17 GW de panneaux en 2024 à eux seuls, faisant du Pakistan le premier importateur mondial de panneaux solaires cette année-là. Le cadre réglementaire pakistanais avait simplement rendu la chose possible : permis allégés, comptage net accessible, retour sur investissement de deux à quatre ans pour les petits systèmes.
      L’Allemagne a suivi le même chemin. Entre 2022 et 2023, les nouvelles installations solaires et éoliennes ont presque doublé, portées en grande partie par des réformes radicales de simplification des permis. Avec le Solarpaket I de 2024, les systèmes sur toiture de moins de 30 kWc sont désormais exemptés de permis de construire au niveau fédéral, et les délais d’instruction pour les petites installations ont été ramenés à quatre à huit semaines. Résultat : 16,2 GW de nouvelles installations solaires en 2024 seul.
      Le Maroc, pour sa part, a mis en place plusieurs régimes de permis différenciés selon la capacité installée, permettant au secteur de progresser en dehors du seul canal des grands appels d’offres centralisés.
      La leçon commune est simple : les pays qui ont décollé sur les énergies renouvelables ne l’ont pas fait uniquement par la voie des concessions accordées à des multinationales, mais en faisant du solaire un acte ordinaire, accessible au citoyen, à l’agriculteur, au chef d’entreprise, sans tunnel administratif élastique.
      La Tunisie possède l’ensoleillement, une classe moyenne encore solvable dans les villes côtières, un secteur agricole en souffrance face à la facture énergétique, et une diaspora capable d’investir dans l’équipement de sa famille. Ce capital est inexploité. Libérer le solaire distribué, par une réforme du régime d’autorisation, une simplification du comptage net, une exonération fiscale sur les équipements, coûte infiniment moins à l’État que de financer des lignes de transport pour des investisseurs qui se retirent. Les operateurs etrangers sont payes en devises.
      Pourquoi la Tunisie continue-t-elle à traiter le solaire comme une affaire d’État réservée aux grands opérateurs, alors que le reste du monde en a fait une affaire de citoyens ?

    3. Vladimir Guez

      Répondre
      2 mai 2026 | 19h00

      L’hypocrisie est tellement profondément ancrée dans ce pays , que tout le monde fait semblant de ne pas comprendre que ces projets ne sont financables que par des investisseurs étrangers parce que les montants en jeu dépassent les sorties de devises et la solvabilité que le pays pourrait se permettre.

      • Roberto Di Camerino

        Répondre
        3 mai 2026 | 15h37

        SVP , ne donnez pas de mauvaises idées au President, en parlant d’investissements etrangers,

        Vous allez voir deferler une horde de Chinois plus affamés que les gens qu’ils veulent »aider »

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