Le prix de la tomate a récemment franchi la barre des cinq dinars sur les étals tunisiens, suscitant incompréhension et agacement chez les consommateurs. Mais du côté des producteurs, le malaise est ancien, profond et loin de se résumer à une simple question de spéculation.
Dans une déclaration accordée, samedi 2 mai 2026, à Mosaïque FM, Mohamed Ben Hassan, secrétaire général de l’Union régionale de la tomate à Nabeul et membre de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche, dresse un constat sans détour. La filière de la tomate destinée à la transformation traverse une zone de fortes turbulences, de la plantation jusqu’à la récolte.
Une campagne agricole plombée par les retards et les pénuries
Dès le départ, les producteurs ont été confrontés à un problème de taille : un retard dans la distribution des plants. En cause, des perturbations dans l’approvisionnement en semences importées, qui ont repoussé le calendrier de mars à avril. Un décalage qui, dans un secteur aussi sensible aux cycles agricoles, n’est pas sans conséquences.
À cela s’ajoute la difficulté persistante d’accès à certains intrants essentiels, notamment le DAP, un engrais clé pour nourrir les cultures. Sur le terrain, les agriculteurs doivent aussi composer avec une autre réalité : la raréfaction de la main-d’œuvre. Le désintérêt croissant des jeunes pour les métiers agricoles, jugés pénibles et peu rentables, accentue la pression sur les exploitants.
Résultat : les surfaces cultivées diminuent d’année en année. Un recul que Mohamed Ben Hassan attribue à un manque de soutien structurel de l’État envers une filière pourtant stratégique pour le marché local.
Comme si cela ne suffisait pas, les producteurs touchés par les inondations de janvier 2026 attendent toujours une indemnisation concrète. Selon le responsable agricole, les commissions chargées de constater les dégâts ne se sont même pas déplacées chez certains exploitants concernés.
Hausse des prix : les producteurs pointent les dysfonctionnements du marché
Face à la flambée des prix, le responsable tient toutefois à nuancer. Pour lui, les agriculteurs ne sont pas les principaux responsables de la hausse des tomates fraîches. Il évoque plutôt un enchaînement de facteurs, dont un recul temporaire de la production coïncidant avec la fin de la saison des primeurs, un phénomène récurrent.
En filigrane, c’est tout un modèle qui semble à bout de souffle. Pour en sortir, Mohamed Ben Hassan plaide pour un investissement accru dans la recherche scientifique, notamment afin de développer des semences locales capables de réduire la dépendance aux importations, régulièrement sujettes à des perturbations.
Derrière la tomate à cinq dinars, c’est donc une réalité plus complexe qui se dessine : celle d’une agriculture fragilisée, confrontée à des défis structurels, et en quête urgente de solutions durables.
R.B.H










