Face à la dégradation des conditions d’exercice et à l’accentuation de la migration des compétences, l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT) met en garde et presse les autorités d’engager des réformes urgentes du cadre régissant la profession.
Publié lundi 4 mai 2026, le communiqué issu des travaux du conseil national, tenu à Sousse du vendredi 1er au dimanche 3 mai 2026 sous le thème « L’ingénieur, pilier de la souveraineté et du développement », dresse un état des lieux de la profession et en définit les priorités pour la période à venir, dans un contexte économique et social jugé exigeant.
Réforme législative et crise d’attractivité : les urgences du secteur
Au cœur des décisions figure la question du cadre juridique régissant la profession. L’ordre insiste sur la nécessité d’accélérer l’adoption du nouveau projet de loi destiné à remplacer celui de 1982, considéré aujourd’hui comme obsolète.
Le conseil national estime que ce texte constitue un fondement essentiel pour protéger le statut de l’ingénieur, garantir l’indépendance de l’ordre et moderniser ses structures afin de les adapter aux mutations actuelles.
Dans ce cadre, un appel explicite est lancé aux autorités législatives et exécutives pour hâter le processus d’adoption du projet, présenté comme une condition préalable à toute réforme en profondeur du secteur.
Le conseil national a également réaffirmé ses revendications en matière d’amélioration des conditions matérielles et morales des ingénieurs tunisiens. L’OIT considère ces aspects comme déterminants pour assurer la stabilité et la dignité de la profession.
Le communiqué, signé par le doyen des ingénieurs tunisiens Mohsen Gharssi, met particulièrement en garde contre la poursuite du phénomène de migration des compétences, qualifié de « fuite continue ». Face à cette situation, l’ordre appelle l’État à prendre des mesures immédiates et concrètes pour améliorer l’environnement de travail et instaurer des incitations capables de retenir les talents sur le territoire national.
Réorganisation interne et rôle stratégique dans les politiques publiques
Sur le plan organisationnel, le conseil annonce l’ouverture d’une nouvelle phase de « renouveau structurel ». Celle-ci vise notamment à renforcer la participation des jeunes ingénieurs aux instances décisionnelles de l’ordre.
Le rôle des femmes ingénieures est également mis en avant, avec une volonté affichée de favoriser leur accès aux postes de responsabilité, en cohérence avec leur contribution croissante sur le terrain et les attentes des nouvelles générations.
L’OIT réaffirme par ailleurs sa disponibilité à mettre son expertise au service de l’État dans l’élaboration des grandes politiques publiques. Les domaines ciblés incluent notamment les infrastructures, la transition énergétique, la transformation numérique ainsi que la sécurité hydrique et alimentaire.
Dans cette perspective, le conseil souligne que la souveraineté nationale passe nécessairement par une mobilisation accrue des compétences techniques locales, appelant à une meilleure intégration des ingénieurs dans les processus décisionnels stratégiques.
Indépendance, positionnement institutionnel et appel à la mobilisation
Le conseil national insiste également sur l’indépendance de l’ordre vis-à-vis des tensions et clivages politiques. Il réaffirme son positionnement en tant que force de proposition nationale et défenseur des intérêts de ses membres.
L’OIT indique vouloir poursuivre son action « par tous les moyens légaux et légitimes » afin d’améliorer la place de l’ingénieur dans la hiérarchie sociale et professionnelle.
En conclusion, l’ordre lance un appel à l’ensemble des ingénieurs tunisiens, en Tunisie comme à l’étranger, pour renforcer la cohésion autour de l’institution.
Le communiqué souligne que la construction de la Tunisie de demain repose en grande partie sur les compétences nationales, réaffirmant l’engagement de l’ordre à jouer un rôle actif dans l’élaboration d’un projet national fondé sur la compétence et l’équité.
I.N.










