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Régime “Attaybet” : une fausse promesse aux risques bien réels pour la santé

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     Depuis la mort du médecin égyptien controversé Diaa Al Awady survenue à Dubaï le 21 avril 2026, une vive polémique s’est installée sur les réseaux sociaux. Sur Facebook et Instagram, de nombreuses publications affirment qu’il aurait « dit la vérité » et que son décès constituerait une preuve de la validité de ses théories. Ces messages ont été largement relayés en Tunisie, où des centaines d’internautes continuent de promouvoir et de défendre ses recommandations, notamment son régime alimentaire controversé, appelé “Attaybet”.

    Pourtant, bien avant son décès, ce praticien faisait déjà l’objet de critiques soutenues au sein de la communauté médicale. Ses prises de position s’écartaient des connaissances scientifiques établies, il affirmait que boire de l’eau pouvait être nocif, remettait en cause l’intérêt des légumes et proposait une classification des aliments en “bons” et “mauvais”, sans fondement scientifique reconnu. Ce discours reposait davantage sur des convictions personnelles que sur des données cliniques validées.

    Le régime qu’il défendait repose sur une approche restrictive et déséquilibrée. Il exclut plusieurs catégories essentielles d’aliments, notamment les légumes, les légumineuses, les œufs et les produits laitiers, pourtant reconnus comme indispensables à une alimentation équilibrée. À l’inverse, il encourage une consommation élevée de viandes rouges, de graisses animales, et du sucre. Une telle approche contredit les recommandations nutritionnelles internationales.

    Après son décès, une dérive préoccupante a émergé, certains internautes affirment qu’il aurait été « réduit au silence » en raison de ses idées, transformant une controverse scientifique en récit complotiste. Aucune preuve ne vient étayer ces affirmations. Nos vérifications montrent qu’il s’agit d’un mécanisme classique de désinformation, fondé sur la victimisation posthume pour légitimer des propos contestés.

    Face à cette propagation, des médecins tunisiens ont publiquement alerté sur les dangers de ce régime. La professeure Aida Borgi a dénoncé la diffusion de ces idées, rappelant que des patients avaient été affectés par des pratiques similaires et appelant à la responsabilité collective. Le docteur Dhaker Lahidheb a, de son côté, rapporté un cas concret, une patiente diabétique ayant interrompu son traitement à l’insuline après avoir suivi ce régime a été admise en urgence avec une complication cardiaque sévère, nécessitant la pose d’un stent. Ces témoignages illustrent les conséquences directes de l’abandon de traitements validés.

    Sur le plan scientifique, les risques de ce type de régime sont largement documentés. L’Organisation mondiale de la santé recommande une alimentation riche en fruits, légumes et fibres pour prévenir les maladies chroniques. L’exclusion de ces groupes alimentaires expose à des carences en vitamines, minéraux et antioxydants, essentiels au bon fonctionnement de l’organisme. Par ailleurs, l’American Heart Association et la Société européenne de cardiologie soulignent qu’une consommation élevée de graisses saturées augmente le taux de cholestérol LDL et le risque de maladies cardiovasculaires. De nombreuses études cliniques établissent également que l’arrêt des traitements chez les patients diabétiques accroît significativement le risque de complications graves, telles que les accidents cardiovasculaires, l’insuffisance rénale ou les comas métaboliques.

    À ce jour, aucune publication scientifique reconnue ne démontre que ce régime puisse guérir des maladies comme le diabète ou les pathologies rénales. Les allégations avancées par Diaa Al Awady ne reposent sur aucune preuve clinique validée et vont à l’encontre du consensus médical international.

    Cette polémique illustre une nouvelle fois la puissance de la désinformation, notamment lorsqu’elle s’appuie sur une figure perçue comme légitime. La viralité des contenus après son décès montre combien les récits émotionnels peuvent supplanter les faits.

    En l’état actuel des connaissances scientifiques, ce régime est non seulement infondé, mais également potentiellement dangereux pour la santé.

    R.A.

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