Invitée sur les ondes de la radio nationale lundi 4 mai 2026, Sondos Beji Kraiem, présidente-directrice générale de l’Agence de réhabilitation et de rénovation urbaine, a dressé un état des lieux détaillé des politiques publiques de requalification des quartiers en Tunisie, tout en mettant en avant les orientations stratégiques du programme national de réhabilitation et d’intégration des quartiers d’habitation dans sa deuxième génération.
Lancé en 2019, ce programme est axé, selon la responsable, sur une approche participative, intégrant les citoyens dans le processus décisionnel, notamment dans le choix des équipements collectifs et des priorités d’intervention. Cette démarche vise à renforcer l’appropriation des projets par les habitants et à garantir leur durabilité.
Le programme couvre actuellement 160 quartiers répartis sur 99 communes, avec un souci affirmé d’équité territoriale englobant les 24 gouvernorats du pays. Doté d’une enveloppe globale de 852 millions de dinars, il bénéficie d’un financement mixte associant le budget de l’État, des prêts de la Banque européenne d’investissement et de l’Agence française de développement, ainsi qu’un appui de l’Union européenne.
Sur le plan opérationnel, les résultats sont jugés probants : plus de 130 quartiers sont actuellement en cours de réalisation, dont 38 déjà achevés. Les interventions ont permis l’amélioration de dizaines de milliers de logements, la création d’équipements collectifs et une nette élévation de la qualité de vie des habitants, perceptible tant sur le plan environnemental que social.
Par ailleurs, l’Agence de réhabilitation et de rénovation urbaine déploie un nouveau mécanisme visant à contenir l’expansion de l’habitat informel : la création de lots sociaux aménagés. Cette composante consiste à mobiliser des terrains, majoritairement relevant du domaine de l’État, situés à proximité des quartiers concernés, afin de les viabiliser puis de les attribuer à des ménages à revenus modestes selon des critères d’éligibilité précis. Les bénéficiaires sont tenus d’y édifier leur logement dans un délai maximal de quatre ans, sous supervision institutionnelle.
Selon Sondos Beji Kraiem, trois communes pilotes ont été retenues dans ce cadre : Meknassy, Nefta et Mhamdia. Ce dispositif, doté d’un budget de 30 millions de dinars, prévoit l’aménagement de près de 2000 parcelles et constitue un levier opérationnel pour prévenir les extensions anarchiques consécutives aux opérations de réhabilitation.
Toutefois, la mise en œuvre de ces programmes reste confrontée à des contraintes foncières et techniques significatives, notamment en matière de régularisation des situations immobilières, de gestion des réseaux d’assainissement ou encore d’adaptation aux extensions non planifiées. Depuis 2011, la prolifération des constructions sans autorisation a accentué la pression sur les infrastructures existantes, complexifiant davantage les interventions publiques.
Face à ces défis, la responsable a souligné la nécessité d’une coordination renforcée entre les différents acteurs institutionnels, ainsi qu’une révision continue des documents d’urbanisme. Elle a insisté également sur le rôle central du citoyen dans la préservation des acquis, appelant à une responsabilisation accrue des habitants dans l’entretien des équipements et le respect des règles d’urbanisme.
À l’horizon 2028, l’ambition affichée est de parvenir à une meilleure structuration du paysage urbain, à travers une réduction significative de l’habitat informel et une amélioration durable du cadre de vie. Un troisième cycle du programme est d’ores et déjà à l’étude dans le cadre du plan de développement 2026-2030, avec plusieurs centaines de propositions en cours d’évaluation.
N.J











2 commentaires
HatemC
L’IMPACT CACHÉ de l’exode rural et ses conséquences sur l’habitat
Ce qu’on ne dit jamais :
– Biens invendables
– Valeur immobilière en chute libre
– Épargne détruite
Un patrimoine construit “à la sueur du front”… effacé
Deux réalités qui s’opposent :
– On intègre les populations issues de l’exode rural
– On ignore les pertes des propriétaires historiques
Qui rendra aux Tunisiens ce qu’ils ont perdu ?
Ou faut-il accepter que …. Respecter la loi soit devenu une erreur économique ?
L’exode rural a mutilé la Tunisie ….
On parle d’habitat. Jamais de patrimoine.
– Biens historiques dévalorisés
– Investissements anéantis
– Héritages détruits
Une richesse nationale évaporée ….
HatemC
On réhabilite les quartiers… mais qui réhabilite les propriétaires ?
Depuis des années, on nous parle de “réhabilitation”, “intégration”, “inclusion”.
Très bien.
Mais une question dérangeante reste soigneusement évitée :
Qui rembourse la destruction silencieuse du patrimoine des Tunisiens ?
Des milliers de familles ont acheté, construit, économisé toute une vie pour posséder un bien.
– Un actif.
– Une sécurité.
– Un héritage.
Et puis…
– L’anarchie urbaine
– Les constructions illégales
– L’absence totale de contrôle
– L’explosion de l’habitat informel post-2011
Ont transformé des quartiers autrefois harmonieux en zones dégradées.
Résultat ?
– Des biens devenus invendables
– Une valeur divisée, parfois détruite
– Un déclassement social subi
Et aujourd’hui, que propose-t-on ?
– Des routes
– De l’éclairage
– Des réseaux
Parfait. Mais insuffisant.
Car pendant qu’on “intègre”, on oublie une chose essentielle :
On a laissé se produire un transfert de richesse massif et silencieux.
Des propriétaires vers… la dégradation.
On parle d’inclusion sociale.
Très bien.
Mais depuis quand l’inclusion se fait-elle au détriment de ceux qui ont respecté les règles ?