Une vidéo a largement circulé ces derniers jours sur Facebook, montrant le président Kaïs Saïed évoquant une « personne venue de l’ancien régime », présentée comme un « sauveur » que certains chercheraient à imposer à la Tunisie. Dans les publications accompagnant cette séquence, de nombreux internautes affirment que le chef de l’État répondrait directement à un article récent du quotidien italien Il Foglio, signé par Luca Gambardella, qui évoque notamment le nom de Kamel Ghribi comme potentiel successeur politique. Selon cette interprétation virale, le président aurait ainsi réagi à une supposée tentative de promotion de cette figure comme alternative politique, voire à des pressions extérieures.
Dans la vidéo, on entend effectivement Kaïs Saïed dénoncer ce qu’il qualifie de « système caché » qui chercherait à revenir sur la scène politique, évoquant des « voleurs » dans le domaine financier présentés aujourd’hui comme des sauveurs, ainsi que des tentatives de réhabilitation de figures impliquées dans des affaires de corruption. Il y mentionne également des accords de réconciliation ayant conduit à des acquittements, et critique l’idée de présenter certains individus comme capables de « sauver » le pays alors qu’ils seraient eux-mêmes impliqués dans des dossiers controversés. Ces propos ont été interprétés, dans le contexte actuel marqué par la polémique autour de l’article italien, comme une réponse directe à cette publication.
Pourtant, cette lecture ne résiste pas à la vérification des faits. La séquence en question n’a aucun lien avec l’article publié récemment par Il Foglio. Elle remonte en réalité au 6 décembre 2021, lors d’une rencontre officielle au palais de Carthage avec plusieurs responsables du pouvoir judiciaire, dont les présidents des différents conseils de la magistrature. À cette occasion, le président tunisien évoquait déjà l’existence de tentatives visant à influencer l’opinion publique et à redorer l’image de personnes impliquées dans des affaires de corruption, dans un contexte politique interne bien différent de celui d’aujourd’hui.
Le décalage temporel est donc central, la vidéo date de plus de trois ans avant la publication de l’article italien et ne peut en aucun cas constituer une preuve ou une réponse à celui-ci. De plus, à aucun moment dans cette intervention Kaïs Saïed ne mentionne ni le nom de Kamel Ghribi, ni l’article de Luca Gambardella, ni même des éléments permettant de faire un lien direct avec cette polémique récente. L’association entre les deux repose uniquement sur un rapprochement opportuniste opéré sur les réseaux sociaux.
Ainsi, la vidéo a été sortie de son contexte et ne fait aucune référence à Kamel Ghribi ni à l’article évoqué.
R.A.












