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Tataouine : une société chinoise licencie des employés et accuse l’Etap de retards de paiement de neuf mois

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Par Imen Nouira

    Une vive inquiétude entoure désormais le projet gazier de Tataouine après la diffusion d’un courrier attribué à la société chinoise Jereh Oil & Gas Engineering Corporation annonçant la rupture de contrats de travail de plusieurs cadres, ingénieurs et ouvriers affectés au chantier. Le document, révélé mardi 5 mai 2026 par le député de Tataouine-Sud, Bir Lahmar et Ghomrassen ainsi que membre de la Commission des finances et du budget à l’Assemblée des représentants du peuple, Mustapha Boubakri, évoque explicitement des difficultés financières liées au projet ainsi que des impayés attribués à l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (Etap).

    Daté du vendredi 24 avril 2026, le courrier porte pour objet : « Notification de licenciement pour des difficultés financières liées au projet ». Adressée aux employés concernés, la lettre indique que la société se voit contrainte de mettre fin à plusieurs contrats de travail dans le cadre du projet gazier GTP-T.

    Dans ce document signé par Zhen Liu, présenté comme représentant légal de Jereh Oil & Gas Engineering Corporation, l’entreprise affirme que « le maître d’ouvrage, Etap, n’a pas effectué ses paiements depuis plus de neuf mois », une situation qui aurait provoqué « une grave crise de trésorerie » pour la société chinoise.

    « De ce fait, nous sommes contraints de mettre fin à votre contrat de travail avec la société Jereh Oil & Gas Engineering Corporation, à compter du 10 mai 2026 », peut-on lire dans le courrier. La société précise également que les employés concernés ne seront plus tenus de se présenter au travail à partir de cette date et que les soldes de tout compte devraient être disponibles à partir du 30 mai 2026.

    Le document remercie par ailleurs les salariés pour leur « dévouement » et leur « précieuse contribution » au projet GTP-T, estimant que leur professionnalisme et leur engagement ont joué « un rôle essentiel dans l’avancement du projet ».

    Une affaire aux implications économiques et énergétiques

    La publication de cette lettre intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le secteur énergétique tunisien, marqué par une forte pression sur les finances publiques, une dépendance croissante aux importations énergétiques et des besoins importants en investissements dans les infrastructures gazières et pétrolières.

    Au-delà de l’aspect social lié aux licenciements annoncés, cette affaire soulève des interrogations plus larges sur la situation financière des projets énergétiques stratégiques et sur les relations entre les entreprises publiques tunisiennes et leurs partenaires étrangers.

    Lorsqu’une société étrangère impliquée dans un projet énergétique affirme officiellement subir des difficultés de trésorerie en raison d’impayés prolongés, les conséquences potentielles peuvent dépasser le seul cadre du chantier concerné. Une telle situation est susceptible d’affecter le rythme d’avancement des travaux, les capacités opérationnelles des sous-traitants, la stabilité de l’emploi local ainsi que la perception du risque tunisien par les investisseurs internationaux actifs dans le secteur de l’énergie.

    Le projet gazier de Tataouine revêt par ailleurs une importance particulière dans un contexte marqué par une dépendance énergétique croissante de la Tunisie et par une forte volatilité des marchés internationaux des hydrocarbures depuis le déclenchement des grandes tensions géopolitiques mondiales de ces dernières années. La hausse des cours du pétrole et du gaz continue de peser lourdement sur les équilibres financiers du pays, alors que la dépendance énergétique tunisienne poursuit sa progression. Selon les dernières données officielles, la dépendance énergétique de la Tunisie a atteint 64% à fin février 2026, contre 63% un an auparavant. Sans comptabilisation de la redevance, cette dépendance grimperait même à 72%, contre 71% à fin février 2025, illustrant la forte exposition du pays aux importations énergétiques dans un environnement international toujours marqué par la volatilité des marchés pétroliers et gaziers.

    Mustapha Boubakri interpelle les autorités

    Dans le statut Facebook publié mardi 5 mai 2026, Mustapha Boubakri a relayé le contenu du courrier tout en mettant directement en cause la gestion du dossier.

    Le député affirme que cette correspondance adressée aux travailleurs, cadres et ingénieurs du projet montre « en toute transparence et clarté » que l’Etap n’aurait pas réglé ses engagements financiers envers la société chinoise depuis plus de neuf mois.

    « Qui porte la responsabilité et qui protège l’État tunisien des conséquences de cette négligence envers les institutions tunisiennes ? », s’est interrogé le parlementaire dans sa publication.

    Ces déclarations interviennent alors que les questions liées à la gouvernance des entreprises publiques, à la gestion des grands projets énergétiques et aux équilibres financiers du secteur continuent d’alimenter les débats politiques et économiques.

    Pas de réaction officielle de l’Etap à ce stade

    Au moment de la rédaction de cet article, aucune réaction officielle de l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières n’avait été publiée concernant les accusations évoquées dans le courrier diffusé par le député.

    L’absence de clarification officielle laisse ouvertes plusieurs questions, notamment sur la nature exacte des paiements évoqués, l’état d’avancement du projet, l’ampleur des difficultés financières mentionnées par Jereh ainsi que les éventuelles répercussions sur la poursuite des travaux.

    Dans l’attente d’éventuelles explications des parties concernées, la diffusion de cette lettre place désormais le projet gazier de Tataouine au centre des interrogations sur la soutenabilité financière des projets énergétiques stratégiques et sur les capacités des acteurs publics à maintenir des relations contractuelles stables avec leurs partenaires industriels internationaux.

    I.N.

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    Commentaire

    1. Gg

      Répondre
      6 mai 2026 | 10h56

      Eh oui, ils sont gentils les Chinois.
      Aimables, polis, mais en affaires c’est clac-clac!
      Les Tunisiens devront s’en souvenir lors de la construction de la grande cité médicale des Aglabides…

    Répondre

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