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Témoignage : jusqu’à 15.000 dinars de cours particuliers pour un élève du baccalauréat 

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Par Nadya Jennene

    Invité sur les ondes de Jawhara FM mercredi 6 mai 2026, le président de l’Association des parents d’élèves, Ridha Zahrouni, a dressé un constat sans détour de la place grandissante – et de plus en plus problématique – qu’occupent les cours particuliers dans le paysage éducatif tunisien. Derrière ce phénomène, devenu quasi incontournable pour de nombreuses familles, se dessine une crise plus profonde : celle d’une école publique fragilisée et d’inégalités sociales en constante aggravation.

    D’emblée, l’intervenant a évoqué des chiffres qui donnent le vertige et illustrent l’ampleur du phénomène. Certaines familles n’hésitent pas à dépenser jusqu’à 10.000, voire 15.000 dinars par an pour assurer un accompagnement scolaire à leurs enfants, notamment en classes d’examen comme le baccalauréat. À l’échelle nationale, le marché des cours particuliers représenterait entre 1,5 et 3 milliards de dinars, soit jusqu’à 20% du budget du ministère de l’Éducation. Une économie parallèle d’une ampleur considérable, qui interroge sur ses mécanismes et ses effets.

    Dans le détail, les coûts mensuels pour un élève peuvent varier entre 300 et 600 dinars, atteignant facilement 200 dinars par matière sur une période de dix mois. Pour de nombreuses familles, cet investissement devient un passage obligé. « Ce n’est pas toujours l’enseignant qui impose ces cours, mais bien souvent les parents et les élèves eux-mêmes qui y recourent », a expliqué Ridha Zahrouni, soulignant la pression sociale et académique qui pousse à cette surconsommation éducative.

    Le phénomène s’inscrit dans une réalité plus large : la reconnaissance implicite de la nécessité des cours de soutien par les autorités elles-mêmes. Des dispositifs encadrés existent au sein des établissements publics, à des tarifs plus accessibles. Pourtant, ils peinent à concurrencer les cours dispensés en dehors de l’école, souvent jugés plus efficaces ou plus adaptés aux exigences des examens.

    Mais au-delà de la question de l’offre, c’est celle de l’équité qui inquiète le plus. « Ceux qui ont les moyens peuvent se permettre ces dépenses. Les autres, eux, se privent de l’essentiel pour offrir cette chance à leurs enfants », a alerté Ridha Zahrouni. Certains ménages vont jusqu’à réduire leurs dépenses alimentaires ou leurs besoins de base pour financer ces cours. Une situation qui creuse davantage le fossé entre les élèves.

    Dans ce contexte, les cours particuliers ne sont plus seulement un outil d’amélioration, mais deviennent un levier de différenciation. S’ils ne conditionnent pas nécessairement la réussite – qu’un élève peut atteindre par ses propres efforts – ils apparaissent souvent comme déterminants pour accéder à l’excellence et aux meilleures moyennes. « Ne pas suivre de cours particuliers, c’est souvent renoncer à se distinguer », a-t-il avancé notant qu’à défaut d’une réforme en profondeur de la pédagogie et du fonctionnement de l’école publique, la dépendance aux cours particuliers continuera de s’ancrer, au risque de transformer durablement l’éducation en un service à plusieurs vitesses.

    N.J

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