Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

La loi 52 sur les stupéfiants revient au cœur du débat parlementaire

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Sarra Hlaoui

    La commission de la législation générale de l’Assemblée des représentants du peuple a poursuivi, mercredi 6 mai, les auditions autour de la proposition de loi visant à amender la loi n°52 de 1992 relative aux stupéfiants.

    Cette séance a réuni les représentants du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens ainsi que ceux du Syndicat tunisien des propriétaires de pharmacies privées, dans un contexte marqué par la montée des inquiétudes liées à la consommation de drogues, notamment chez les jeunes et les élèves.

    Le débat parlementaire met en lumière une volonté de réévaluer l’approche tunisienne de lutte contre les stupéfiants, en opposant deux visions : une logique sécuritaire fondée sur la répression et une approche sanitaire centrée sur le traitement des addictions.

    Les pharmaciens plaident pour une approche médicale de l’addiction

    Les représentants des pharmaciens ont insisté sur le fait que l’addiction constitue avant tout un problème de santé publique et un phénomène social complexe. Selon eux, le recours exclusif aux sanctions carcérales ne permet pas d’endiguer efficacement la consommation de drogues, en particulier pour les consommateurs dépendants souhaitant bénéficier d’un accompagnement thérapeutique.

    Ils ont ainsi appelé à alléger les peines privatives de liberté visant les consommateurs et les personnes dépendantes, tout en renforçant les sanctions contre les réseaux de trafic et les organisations criminelles.

    Les intervenants ont également mis en garde contre l’essor des drogues synthétiques et la difficulté croissante à les détecter via les analyses classiques. Ils ont aussi alerté sur le détournement de certains médicaments à propriétés addictives.

    La question sensible des médicaments détournés

    Les pharmaciens ont souligné que certains médicaments circulant illégalement proviennent de circuits inconnus, tandis que d’autres sont obtenus grâce à des prescriptions médicales multiples utilisées frauduleusement dans différentes pharmacies.

    Face à cette situation, les professionnels du secteur ont plaidé pour une numérisation du suivi de la délivrance des médicaments dans les pharmacies publiques et privées afin de mieux tracer les prescriptions et limiter les abus.

    Ils ont également demandé un renforcement du contrôle des ventes de médicaments via les réseaux sociaux, dénonçant la prolifération de substances dangereuses commercialisées en dehors des circuits réglementaires.

    Des capacités sanitaires jugées insuffisantes

    Lors de l’audition, les représentants des pharmaciens ont estimé que les structures actuelles de prise en charge des addictions demeurent limitées face à l’ampleur croissante du phénomène.

    Ils ont appelé à développer les centres spécialisés dans le traitement des addictions, à élargir leurs capacités d’accueil et à intégrer davantage l’accompagnement psychologique et social dans les parcours thérapeutiques.

    Les intervenants ont également évoqué les limites des centres existants, souvent focalisés sur certaines catégories de substances, alors que les formes de consommation évoluent rapidement.

    Les députés divisés entre répression et accompagnement

    Les échanges au sein de la commission ont révélé des divergences parmi les députés.

    Une partie des parlementaires considère que le maintien de peines de prison pour les consommateurs reste nécessaire afin de renforcer l’effet dissuasif, notamment face à la propagation de la drogue dans les établissements scolaires et les quartiers populaires.

    Ces élus ont insisté sur la nécessité de durcir les sanctions contre les trafiquants et de démanteler les réseaux criminels, estimant qu’un assouplissement excessif pourrait favoriser l’élargissement du phénomène.

    À l’inverse, d’autres députés ont défendu une approche davantage thérapeutique, considérant le consommateur comme une personne vulnérable nécessitant prise en charge et accompagnement plutôt qu’une réponse uniquement punitive.

    Vers une réforme globale du cadre législatif

    Au-delà de la loi 52, les discussions ont également porté sur la nécessité de revoir le cadre réglementaire encadrant les substances toxiques, notamment la loi n°54 de 1969, jugée inadaptée aux nouvelles réalités du marché des stupéfiants et des médicaments psychotropes.

    Les participants ont enfin insisté sur l’importance d’une stratégie nationale multidimensionnelle associant les secteurs sécuritaire, sanitaire, éducatif, social et culturel.

    La commission parlementaire a affirmé rester ouverte aux différentes propositions afin d’aboutir à une réforme conciliant prévention, traitement et répression dans la lutte contre les drogues en Tunisie.

    S.H

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Contenus Sponsorisés

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *