La présidente du Parti destourien libre (PDL), Abir Moussi, a publié jeudi 8 mai 2026 une longue lettre adressée aux Tunisiens depuis sa détention, revenant sur sa situation judiciaire ainsi que sur ce qu’elle considère comme une dérive touchant plusieurs institutions de l’État.
Dans ce texte, l’avocate et opposante politique affirme que l’administration pénitentiaire refuse jusqu’à présent de déduire de sa peine la période de détention préventive qu’elle purge depuis le 3 octobre 2023.
Abir Moussi explique que la peine de dix ans prononcée dans l’affaire dite du « bureau d’ordre » n’aurait, selon elle, toujours pas commencé à être comptabilisée par l’administration carcérale. Elle affirme avoir été informée que l’ensemble des condamnations prononcées contre elle prendrait fin en 2036, malgré les mois déjà passés en détention préventive.
Dans sa lettre, elle considère que cette situation constitue une violation de l’article 15 du Code pénal, qui prévoit la déduction de la période de garde à vue et de détention préventive de la peine définitive, sauf décision contraire explicitement mentionnée par le tribunal.
La dirigeante du PDL affirme également qu’aucun document officiel, décision écrite ou fondement juridique ne lui aurait été communiqué pour justifier la non-prise en compte de sa détention depuis octobre 2023.
Elle estime ainsi que sa situation dépasse le cadre d’un simple différend judiciaire et s’inscrit, selon ses termes, dans une logique de « persécution politique » visant à la priver durablement de ses droits politiques et civiques.
Une offensive par les « voies institutionnelles »
Dans sa lettre, la dirigeante du PDL affirme vouloir poursuivre son combat « par les voies institutionnelles », à travers des recours, correspondances officielles et plaintes adressées à plusieurs institutions de l’État.
Elle indique avoir saisi la présidence du Parlement, le Conseil supérieur provisoire de la magistrature ainsi que l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie), appelant notamment les autorités concernées à examiner la situation juridique et administrative de l’instance électorale.
Abir Moussi remet en question la conformité de la composition actuelle de l’Isie avec les textes régissant l’instance depuis la Constitution de 2022 et les réformes intervenues après le 25 juillet 2021. Elle estime que certains mandats de membres de l’instance seraient arrivés à expiration, ce qui, selon elle, pourrait soulever des interrogations sur certaines décisions administratives et échéances électorales à venir, notamment les législatives partielles prévues dans la circonscription de Kabaria.
Une opposition maintenue depuis la prison
Arrêtée en octobre 2023, Abir Moussi fait l’objet de plusieurs poursuites judiciaires ayant conduit à des condamnations successives.
Dans son message, elle affirme avoir réorganisé sa vie en détention afin de poursuivre la défense de ses droits et de continuer à intervenir dans le débat public à travers des correspondances adressées aux institutions de l’État.
Cette nouvelle prise de parole intervient dans un contexte marqué par la multiplication des poursuites et des peines visant plusieurs figures de l’opposition, journalistes, avocats et militants critiques du pouvoir en place. Abir Moussi affirme, pour sa part, que les affaires engagées contre elle sont directement liées à ses positions politiques et à son opposition au processus engagé par le président Kaïs Saïed depuis 2021.
S.H










